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Villes du futur, futur des villes : quel avenir pour les villes du monde ? (Analyses)

9 juin 2011 : Villes du futur, futur des villes : quel avenir pour les villes du monde ? (Analyses) ( rapport d'information )
6. DAKAR : les enjeux d'une ville africaine

Le Sénégal, depuis son accession à la souveraineté internationale, a opté pour une politique de décentralisation progressive. Face aux difficultés de gestion des communes (endettement chronique, insignifiance des prestations de services en direction des populations, ...) constatées dans les départements de Dakar et de Pikine, consécutives à une croissance démographique très rapide, les autorités décidèrent en 1964, la communalisation intégrale de la région de Dakar par la loi 64-02 du 19 janvier 1964. La loi du 26 juillet 1972 étendit le régime dérogatoire au droit commun à l'ensemble des communes chefs-lieux de régions.

Mais, l'innovation majeure apportée par cet acte a été la création de la fonction d'administrateur municipal. Il convient de signaler que l'Etat avait élaboré pour la première fois un code de l'administration communale (30 juin 1966). Plus tard, la loi n° 83-48 du 18 février 1983 réorganise la région de Dakar par la création de départements : Dakar, Pikine et Rufisque. A partir de ce moment, chaque département correspondait à une commune, à l'exception de Rufisque. La création des communes d'arrondissement avait pour objectif principal de parachever la décentralisation et la déconcentration entamées il y avait plus de 30 ans dans la région de Dakar. C'est dans cette optique que la loi 96-07 du 22 mars 1996 a transféré certaines compétences aux régions, communes et communautés rurales :

a) Domaines ;

b) Environnement et gestion des ressources naturelles ;

c) Santé, population et action sociale ;

d) Jeunesse, sports et loisirs ;

e) Culture ;

f) Education ;

g) Planification ;

h) Aménagement du territoire ;

i) Urbanisme et habitat.

En décembre 2001, un amendement voté par l'Assemblée Nationale provoqua la dissolution des conseils municipaux et ruraux sur l'ensemble du territoire national et leur remplacement par des délégations spéciales composées essentiellement de fonctionnaires qui présidèrent jusqu'en avril 2002 aux destinées des communes.

En 2002, une nouvelle réforme territoriale, confère à la commune de Guédiawaye, le statut de département et érige Diamniadio en commune. Le transfert des compétences confère aux collectivités locales des responsabilités, notamment dans l'élaboration des schémas et plans d'urbanisme, et des documents de planification urbaine (qui fixent les dispositions d'aménagement et les orientations (PDU, SDAU) ainsi que les plans de détail (PUD).

Si les PUD et les SDAU sont rendus exécutoires par arrêté du Président du Conseil Régional après approbation du représentant de l'Etat, les PDU le sont après arrêté du Ministre de l'Urbanisme et de l'Aménagement du Territoire. Les PDU sont approuvés par décret. Les collectivités locales sont également compétentes pour la délivrance de certains documents d'urbanisme tels que les permis de bâtir, de démolir ou les certificats d'urbanisme ou de conformité.

Toutefois l'Etat reste maître de l'exécution des équipements publics nationaux, de la programmation des investissements urbains de concert avec les régions et les communes, de la recherche des financements, de la maîtrise d'oeuvre des opérations relatives aux monuments historiques et de l'approbation des Plans Directeurs d'Urbanisme élaborés par les communes. En sus de leurs nouvelles compétences en matière d'urbanisme, les communes sont également et de manière directe impliquées dans le choix des opérations de restructuration des quartiers, dans leur programmation, leur réalisation voire leur fonctionnement. La loi n° 96-06 du 22 mars 1996, subdivise la région de Dakar en six communes, quarante trois communes d'arrondissement, deux communautés rurales et quatre départements et une région.

L'évolution de Dakar s'inscrit donc à la fois dans l'histoire de sa création et dans cette longue tradition sénégalaise de décentralisation administrative dont l'esprit et le champ d'application ont épousé des contours variables au cours de son histoire mais qui restent des données fondamentales, nécessaires pour évoquer et comprendre son état actuel et son développement futur.

C'est donc dans cette perspective que la présente étude est réalisée.

1- Quels sont les atouts de Dakar aujourd'hui ?

Dakar bénéficie d'une situation géographique très favorable. La région de Dakar dont l'espace se confond, au sens large, avec celui du Grand Dakar, est située dans la presqu'île du Cap Vert et s'étend sur une superficie de 550 km², soit 0,28 % du territoire national. Elle est comprise entre les 17° 10 et 17° 32 de longitude Ouest et les 14° 53 et 14° 35 de latitude Nord. Elle est limitée à l'Est par la région de Thiès et par l'Océan Atlantique dans ses parties Nord, Ouest et Sud (Source : ANSD, SES 2007). Elle est un carrefour international et le passage obligé pour tous les moyens de transport faisant la liaison entre l'Europe et les Amériques. Elle est le siège du gouvernement et de la plupart des établissements commerciaux, industriels et financiers, la région de Dakar reste la principale aire métropolitaine du Sénégal. Son rayonnement s'étale aussi sur toute la sous-région. C'est ce qui explique la forte attraction qu'elle suscite. Elle connaît donc une forte croissance démographique du fait d'un flux migratoire national et régional et du dynamisme interne de sa population. Son climat est un climat tropical à deux saisons (sèche et humide) propre à la bande sahélo-soudanienne, mais sa position en façade océanique tempère la chaleur et la sécheresse du climat. La ville se trouve entre les isohyètes 625mm (Ouakam) et 635mm (Mbao). La température moyenne en saison sèche est d'environ 23 ° et au-dessus de 27 ° pendant la saison humide de juillet à octobre. Le climat de la zone qualifié de sub-canarien est plus frais et sec. Le sol est d'une grande variété et il est constitué de terrains permettant l'extraction de matériaux de construction et de comblement. Ces matériaux ont l'avantage de constituer de bonnes assises de fondations superficielles. Enfin, les zones humides des Niayes permettent le développement des cultures maraîchères. Rappelons à cet égard qu'en 2006, près de 26 % de la population active s'adonnait encore à l'agriculture. La production maraîchère de la région est importante.

En matière économique, Dakar (région et ville) est incontestablement le moteur de l'économie sénégalaise. Dakar occupe une place charnière dans le secteur du commerce aussi bien sur le plan national qu'international. Le port autonome de Dakar, l'aéroport international, le centre international du commerce au Sénégal (CICES), le tourisme et ses grands marchés constituent des atouts pour le secteur économique. La région de Dakar concentre plus de 46% des fonctionnaires sénégalais, 97% des salariés du commerce et des transports, 96% des employés de banques, 95% des entreprises industrielles et commerciales et 87% des emplois permanents. Dakar contribue pour près de 55% au PIB national.

Avec une population active de près de 591.790 habitants environ (MUAT 2007) et un taux de croissance annuel de 4 % dont 2,5% de croissance naturelle, il est prévu un doublement de sa population d'ici 2025 d'après le PDU de « Dakar 2025 ». Dakar est restée une plaque tournante, sa position stratégique renforce son rayonnement culturel et politique, son attractivité touristique et sa position militaire malgré le départ programmé des militaires français. Il n'est qu'à se promener dans Dakar pour constater combien la ville bouge, vit, se développe. Par ailleurs, d'importants projets (Plan Sectoriel Eau, Programme d'Appui au Secteur des Transports, Nouvel aéroport de Diass, Université du Futur Africain, Plateforme de Diamniadio, Autoroute à péage, Centre international des affaires, Voie de Dégagement Nord et Nouvelle Ville (Centre Administratif et Politique...) dont certains sont déjà réalisés ou très avancés contribuent à rendre l'agglomération dakaroise attractive.

2- A quelles difficultés la ville de Dakar doit-elle faire face ?

Urbanisme, occupation spatiale

Dakar est située sur une presqu'île, elle est donc obligée de s'étendre en périphérie sinon à utiliser les dernières et rares réserves foncières et/ou à s'orienter vers un habitat plus vertical comme c'est le cas à l'heure actuelle. L'érosion marine sur son littoral est très importante et rapide. Par ailleurs, si la structure urbaine de l'agglomération dakaroise, dont le port est le centre névralgique et stratégique, procède en son coeur ancien d'une logique coloniale bien établie, elle s'est anarchiquement modifiée dans les années qui ont suivi sa création. Elle est marquée par un déséquilibre spatial et une incohérence du découpage territorial exacerbés par l'absence d'une réelle planification stratégique à l'échelle régionale. L'occupation spatiale est caractérisée par l'habitat spontané, généralement dans les départements de Pikine et de Rufisque, ainsi que dans les localités dénommées «villages traditionnels» comme Ouakam, Yoff et Ngor.

A Dakar, l'habitat irrégulier occupe plus de 30% des superficies habitées et la ville se caractérise par une urbanisation à double registre : celle de la ville dite régulière, jouissant d'un statut légal d'occupation du sol et celle de cette «autre ville» dite irrégulière dont la création se fait en dehors des cadres légaux.

L'accroissement rapide de la population ne s'est malheureusement pas accompagné d'une croissance économique conséquente.

Les investissements urbains consentis par l'Etat en faveur de la région sont le plus souvent limités à la seule ville de Dakar, qui concentre l'essentiel des activités, au détriment de la banlieue, bassins d'emplois et villes dortoirs, qui regroupe plus de la moitié de la population métropolitaine. La ville ne possède pas les possibilités d'accueil, tant en emplois qu'en logements correspondant à ses besoins. Cette croissance incontrôlée, jointe au manque de réserves foncières a donné naissance aux bidonvilles et à des taudis manquant de tout type d'infrastructures.

La politique de « grands projets » menée par l'Etat sans réelle concertation avec les populations locales a entraîné un bouleversement sans précédent dans les rapports ville centre et périphérie. La ville connaît un « boom immobilier » sans précédent, dû notamment à la mise en oeuvre d'une politique libérale par le gouvernement issu de l'alternance qui a favorisé l'arrivée de promoteurs privés et de spéculateurs. Cela a conduit à une très forte hausse des coûts des terrains nus ou construits et par voie de conséquence à une forte augmentation des loyers. Les familles modestes qui habitent les quartiers centraux sont évincées vers la périphérie, ce mouvement touche désormais aussi les classes moyennes. Enfin, malheureusement, les capitaux qui ont permis ce développement ne proviennent pas du développement local de l'économie mais essentiellement de l'extérieur, en particulier des migrants installés en Europe ou aux Etats-Unis.

Gouvernance urbaine

Depuis l'avènement de la décentralisation en 1996, l'organisation territoriale s'est complexifiée avec la superposition de plusieurs échelons de collectivités décentralisées (région, communes, communes d'arrondissement et communautés rurales) et plusieurs niveaux de collectivités territoriales déconcentrées (régions, départements, arrondissements).

Il y a un flou entre les hiérarchies au niveau local entraînant des conflits de préséance, de compétence et de pouvoir.

A cela s'ajoutent les nouvelles coopérations intercommunales, nouveaux acteurs de l'aménagement dans un contexte déjà marqué par une multitude d'intervenants, aux actions non concertées, à la collaboration timide avec les populations, le secteur privé et le milieu associatif. L'avènement des grands chantiers et la multiplication des structures chargées de leur mise en oeuvre plus connues sous le nom d'« agences » entraînent des dysfonctionnements et des conflits liés au manque de coordination.

Dans une remarquable thèse (Paris Nanterre 2010 « Périurbanisation différentielle : mutation et réorganisation de l'espace à l'est de la région dakaroise »), Momar DIONGUE indique : « Même entre l'État et les collectivités locales, il est question de rapport de force, de défiance pouvant aller jusqu'à l'adoption par le premier de pratiques de confiscation de l'espace, de blocage de l'action du second, voire d'une relégation pure et simple. L'État sénégalais a encore du mal à s'accommoder des territoires de la décentralisation.

Il ne veut rien changer dans ses pratiques d'interventions même dans un contexte de décentralisation plus poussé, ce qui confère à ses interventions un aspect autoritaire vis-à-vis des collectivités locales dont la participation est rejetée en aval tant dans le pilotage des grands projets que dans le cadre des politiques sectorielles....Les pouvoirs publics locaux, en fonction des marges de manoeuvres dont ils disposent, réajustent comme ils le peuvent leurs pratiques gestionnaires par rapport à celles de l'État. C'est le cas également de groupes sociaux qui négocient âprement, avec l'État l'expropriation foncière de leur terroir et muent en acteur territorial pour défendre leurs intérêts. Ceci révèle la difficulté de pilotage du grand projet. Ce dernier, par sa dimension foncière, est capable de réveiller un acteur que l'on pensait avoir réussi à endormir pour une longue période en promouvant la décentralisation.... Ainsi, si le grand projet urbain introduit une mutation dans les représentations associées à une certaine portion d'espace au point de conférer une valeur au foncier, il ne laisse pas inerte le groupe social qui s'est jusqu'ici approprié l'espace en question. Selon les capacités et la volonté de l'État, les capacités à faire ou non des concessions, les rapports de force peuvent être favorables ou défavorables au groupe social. [...]

Quant aux rapports entre les pouvoirs publics locaux du périurbain dakarois, ils sont encore au stade de la méfiance et de la défiance. Le cloisonnement des pratiques gestionnaires à l'échelle des territoires de la décentralisation consacre la fragmentation de la gestion du périurbain dakarois. Ce n'est pas par manque d'existence d'un dispositif institutionnel encadrant les relations entre les territoires, encore moins d'outils de coopération entre ces derniers comme la CAR (Communauté d'agglomération de Rufisque). Le problème réside plutôt dans l'appropriation de la structure intercommunale (certes à parfaire et à ancrer dans son territoire), le rejaillissement des relations politiques partisanes sur son fonctionnement et son faible portage politique par les élus locaux.

Pourtant, la régulation de l'étalement urbain dakarois n'est à la portée d'aucun des pouvoirs publics locaux. Ceci est d'autant plus problématique que les actions de régulation spatiale préconisée par le pouvoir central privilégient des arbitrages en termes de localisation dans l'espace des activités non agricoles sous forme d'encouragement ou de blocage pour donner plus de chance au déploiement de ses propres projets. La régulation par la coordination des logiques d'acteurs et la cohabitation entre activités agricoles et non agricoles ne figurent pas dans les priorités du pouvoir central. Quant aux pouvoirs publics locaux, incapables d'encadrer de manière efficace la périurbanisation en l'absence de dispositifs techniques performants de régulation du processus, ils développent des arrangements locaux. Dépassés par les enjeux gestionnaires techniques, les pouvoirs publics locaux privilégient une gestion politique et sociale du processus ».

Documents de planification existants

L'urbanisation effrénée de la région n'est pas maîtrisée ce qui pose d'énormes problèmes quant à la satisfaction des besoins essentiels de base, en logement, en foncier, des problèmes de mobilités, de dégradation du cadre de vie et de pauvreté urbaine et ceci malgré l'existence d'une multitude de documents de planification qui sont sectaires et sous intégrés dans l'espace régional.

De 1946 à 2001, Dakar a connu trois plans directeurs d'urbanisme (PDU) élaborés en 1946, 1961, et 1967 dont la couverture territoriale était limitée au centre ville et à la Médina plus tard. Le dernier, dit Plan Ecochard, couvrait Dakar jusqu' à la forêt classée de Mbao. Depuis cette date, aucun plan d'ensemble n'a été mis en oeuvre pour guider le développement urbain de l'agglomération si ce n'est en 2001 le PDU Dakar 2025.

Les PDU jusqu'ici sont insuffisamment appliqués pour guider l'évolution spatiale de la région. Le Plan de Déplacements urbains pour l'agglomération de Dakar (PDUD) n'est pas forcément pris en compte dans le cadre de la réalisation des grands travaux routiers souvent gérés par l'Etat au travers des agences spécialisées. Le Plan Directeur d'Aménagement et de Sauvegarde des Niayes et Zones vertes du Sénégal (PDAS) peine à asseoir sa véritable place dans la planification urbaine globale. Le schéma régional d'Aménagement du territoire (SRAT) prévoit des orientations globales qui ne sont pas forcément prises en compte dans la réalisation des actions sur le terrain.

Enfin les actions prévues dans le Plan Régional de Développement Intégré (PRDI) ne sont jusqu'à présent pas effectives.

Agriculture

L'agriculture qui occupe encore 26% de la population dakaroise est menacée par l'urbanisation rapide, la baisse et la salinisation progressive des nappes souterraines, ainsi que la faible intensification de la production.

Face à ces contraintes, les surfaces cultivables se sont considérablement réduites dans Dakar centre et les communes immédiatement limitrophes, l'agriculture est essentiellement pratiquée à l'extrême est de l'agglomération.

Outre l'inconvénient de la distance qui sépare cette zone des grands marchés dakarois, il faut considérer que cette réserve d'une agriculture de proximité est en diminution constante.

3 Quelles mesures pour promouvoir le développement socio- économique ?

Problèmes identifiés

Les trois secteurs économiques sont actuellement en difficulté.

Le secteur primaire est en perte de vitesse à cause d'un manque de modernisation et de la diminution rapide et brutale de l'agriculture urbaine et périurbaine du fait de la pression de l'urbanisation, de la baisse des niveaux des nappes souterraines et de leur salinisation.

Le secteur secondaire a été profondément affecté par la désindustrialisation massive qui a touché l'agglomération de Dakar à compter de la mise en oeuvre des ajustements fonctionnels en 1994.La crise qui a suivi n'a pas été compensée par les mesures d'incitation à l'investissement et à la création d'entreprises qui auraient dû être prises à l'époque et depuis.

Si les fonds ont évidemment manqué du fait des ajustements imposés par les institutions de Bretton Woods, le pays disposait de ressources suffisantes à partir des années 2000 pour mettre en oeuvre une réelle politique de développement industriel. Malheureusement rien n'a été entrepris et il est désormais nécessaire de rattraper le temps perdu en soulignant que les lois de décentralisation en leur état actuel ne laissent qu'une très faible marge de manoeuvre aux collectivités locales pour prendre des mesures incitatives.

Le parc industriel est donc dans son ensemble vétuste.

L'attractivité touristique de l'agglomération est, elle, nettement insuffisante.

On note un grave dysfonctionnement du secteur commercial lié à son caractère largement informel.

Enfin, aucune mesure d'incitation à la création d'entreprises industrielles, artisanales ou commerciales n'a été prise.

Enjeux

- Développer de façon équilibrée sur l'ensemble de l'agglomération les secteurs de l'artisanat, de l'industrie, du commerce, du tourisme, de l'agriculture ;

- Sauvegarder les activités économiques locales et promouvoir la création d'entreprises ;

- Doter la métropole d'un label de qualité par la souplesse des procédures de traitement des affaires dans un contexte d'infrastructures haut de gamme dignes d'une métropole attractive du 21eme siècle.STLOPPEMENT

Stratégies

Toutes mesures devront être prises pour améliorer les conditions de production, de distribution, de conservation et de transformation du secteur primaire (terre, eau, équipements, méthodes, etc.).

En effet, le développement urbain a entraîné une demande extrêmement forte de matériaux de construction.

Cette demande a entraîné elle-même une exploitation désordonnée des carrières d'extraction, de même qu'une installation désordonnée des usines cimentières et plus généralement des entreprises fabriquant des matériaux de construction.

Du fait d'une urbanisation galopante et également désordonnée, certaines usines qui se trouvaient hors des centres urbains sont désormais en pleine ville et entraînent une grave pollution.

Il est donc nécessaire de revoir les schémas d'urbanisme en tenant compte de ces données et en y ajoutant, celle, gravissime, de l'érosion côtière que l'extraction des sables génère ou amplifie.

Pour restructurer et réglementer le secteur du commerce (contrôle qualité, prix, lieux d'exercice des activités commerciales, etc.), il conviendra de créer des initiatives intra-régionales de développement de circuits de commercialisation (marchés d'intérêt régional, foires, salons), de renforcer les capacités techniques, organisationnelles et financières des acteurs du commerce, d'aménager des infrastructures et des équipements marchands. Un effort particulier est entrepris à l'heure actuelle pour que les marchands ambulants se sédentarisent : un espace aménagé leur a été attribué.

Dans le souci de rapprocher le consommateur du producteur et de promouvoir l'entretien de zones vertes, trop peu nombreuses et menacées dans l'agglomération il conviendra de prendre toutes mesures pour développer l'agriculture urbaine et péri urbaine de façon à faire vivre une agriculture de proximité. Les secteurs de l'élevage et de la pisciculture devront faire l'objet des mesures appropriées qui permettront une meilleure organisation. Toutes mesures seront prises pour promouvoir la création et/ou le développement d'entreprises liées au secteur halieutique : réparation et construction navales, marché de frais, entreprises frigoristes, alimentation préparée ...

Les artisans sénégalais sont réputés pour leur savoir faire et leur imagination, il convient donc de valoriser et de promouvoir ce savoir faire. Il faudra former les acteurs et renforcer leurs capacités techniques et organisationnelles, renforcer les structures d'appui et d'accompagnement, améliorer les conditions de production, de distribution des produits artisanaux. Comme pour les commerçants, un effort particulier a été entrepris pour délocaliser un espace occupé irrégulièrement par des artisans mécaniciens (en grand nombre au Sénégal) afin de les installer sur un espace pertinent par rapport à leur activité et pourvu d'équipements d'assainissement et de sécurité.

Il faudra appuyer techniquement et promouvoir le secteur touristique qui se trouve à l'heure actuelle en grande difficulté du fait notamment du poids que fait peser sur les prix une taxe d'aéroport qui est parmi les plus élevées au monde et au sous-équipement des zones pouvant être affectées au tourisme par rapport à leurs potentialités.

Il faudra renforcer les structures d'appui et d'accompagnement du secteur.

Il faudra encore faciliter l'accès au financement des artisans, commerçants et industriels, acteurs du tourisme et promouvoir des pôles de développement dans un espace maîtrisé tel qu'exposés au point 6.

La démarche participative adoptée dans le cadre du projet « Grand Dakar » prend ici tout son sens : les décisions exécutoires qui sont prises par les collectivités locales, par exemple très récemment pour délocaliser les commerçants ambulants et les mécaniciens, ont désormais une réelle légitimité et s'il est toujours difficile de les faire appliquer, la négociation qui s'engage permet au citoyen en cause de comprendre que la décision prise a un fondement parce qu'elle s'inscrit dans un plan d'ensemble destiné au « mieux vivre » tel qu'arrêté par les schémas d'urbanisation.

Il faut comprendre aussi que le dynamisme de l'administration communale actuelle qui a engagé cette démarche tente de faire pièce à ce que les urbanistes sénégalais constatent et regrettent : malheureusement depuis de nombreuses années « l'urbanisme court après l'urbanisation » .En ce domaine il est évidemment plus difficile de mettre en cause une situation acquise que de promouvoir ou d'accompagner un aménagement !

4 - Quels transports pour assurer une bonne mobilité urbaine ?

Problèmes identifiés

Le quartier du Plateau situé au sud de Dakar reçoit toutes les grandes administrations, le Palais présidentiel, le Sénat, l'Assemblée nationale, les établissements culturels, de santé, les sièges des grandes banques et des entreprises. Il est saturé et entraîne un déplacement massif de travailleurs depuis la banlieue où les emplois n'ont pas été développés en nombre suffisant. Ce quartier comprend désormais cinq entrées dont certaines aménagées récemment mais les embouteillages y sont considérables. La situation s'est un peu améliorée depuis la construction de la VDN (voie de dégagement nord) ouverte sur des terrains pour une large part encore en voie d'aménagement et le long de laquelle ont pu s'installer des établissements qui ont entrepris une délocalisation.

Il est donc nécessaire de développer d'autres pôles d'aménagement et de planifier le réseau de transport en commun qui est insuffisant, de mauvaise qualité et d'inégale répartition spatiale.

Par ailleurs l'offre de transport ne répond pas aux normes de sécurité et de confort. Les véhicules de transport en commun sont trop souvent vétustes et surchargés.

La pollution liée au trafic routier est très importante du fait du développement considérable de ce dernier et de la vétusté du parc automobile, que ce soit les véhicules de transport en commun ou les véhicules individuels.

Enjeux

Il est nécessaire de faciliter la mobilité urbaine, désenclaver certains quartiers de l'agglomération dakaroise pour promouvoir le développement harmonieux du secteur socio économique et de rendre les services de transport plus fiables, plus efficaces et plus sûrs.

Stratégies

Il est nécessaire de rationaliser le réseau routier et de réaliser des voies structurantes reliant les infrastructures existantes ou à réaliser (Autoroute, VDN, voies transversales nord sud et est ouest gares, parking, embarcadères, PTB, etc.).

La presqu'île est pourvue d'un réseau routier qui paraît dans l'ensemble suffisant bien que souvent en mauvais état mais les créations s'imposent dans les quartiers périphériques.

Il est proposé de promouvoir un transport en commun local et périurbain qui impliquera une analyse précise du réseau de transport en commun existant de façon à le rendre plus performant par une identification des besoins des habitants (trajets quotidiens, zones de résidence, zones d'activité économique) et des flux journaliers. Seront  à prévoir des procédures régulières d'évaluation afin de tenir compte des changements rapides qui interviennent dans cette agglomération très vivante.

Celle-ci voit, en effet, naître en continu des quartiers nouveaux, des infrastructures nouvelles auxquels il est nécessaire d'adapter le réseau de transport en commun. La création de pôles multimodaux facilitera les connexions. Dans la perspective d'aménagement de l'agglomération telle qu'elle apparaît dans le rapport la création de nouveaux pôles multifonctionnels par délocalisation permettra de désengorger les voies de circulation. Le montage sur place de véhicules neufs de qualité permettrait d'assurer un service après vente performant lequel présenterait l'intérêt supplémentaire d'être une source d'emplois. Pour rendre la ville attractive il conviendra de lutter contre l'occupation anarchique des emprises. Pour ce qui concerne la réglementation, il conviendra de renforcer l'application des dispositifs réglementaires, la rigueur du contrôle technique des véhicules, la formation des acteurs du transport afin de sensibiliser les populations à la prévention routière, le nombre d'accidents dans l'agglomération étant très élevé. Dans le même sens il conviendra d'améliorer le dispositif de signalisation routière et d'éclairage public. A titre d'exemple de la difficulté de mise en oeuvre des mesures préconisées dans le présent rapport l'on notera que les feux de signalisation sur DAKAR sont quasiment inexistants mais que l'éclairage public est une compétence qui n'a pas été décentralisée, elle échappe donc malheureusement au contrôle de la ville. Une nécessaire harmonisation des textes réglementaires s'impose ainsi qu'un renforcement de leur dispositif d'application (code de la route, code de l'environnement, code de l'hygiène, code de l'urbanisme, code forestier, code des collectivités locales, etc.) Cela implique que les administrations analysent le travail à entreprendre et le mettent en oeuvre. Cela implique également un renforcement des capacités en ressources humaines et financières des institutions chargées de la régulation (la Direction des Transports terrestres, le CETUD, la Gendarmerie routière, la Police de la Circulation, les villes et les communes, etc.).

Enfin, une attention particulière devra être apportée à la sensibilisation de la population aux problèmes de transport et d'environnement notamment par la limitation drastique de la pollution automobile, et à la promotion de l'utilisation des modes alternatifs de déplacement (la marche, le vélo, etc.)

5 - Comment faciliter l'accès de la population aux services sociaux de base ?

Problèmes identifiés

Il a été relevé des difficultés d'accès à l'éducation entraînant un faible niveau scolaire de la population, des difficultés d'accès aux soins à cause de leur coût et du manque d'infrastructures, la défaillance des réseaux d'eau et d'électricité, des lacunes en équipements sportifs et socioculturels et enfin un manque de moyens pour assurer la sécurité de la population.

Enjeux

L'amélioration de la santé des populations passe par la construction de nouveaux équipements et la réhabilitation des équipements existants, avec une meilleure polarisation (case de santé, centre de santé, hôpitaux) ainsi que de la création d'une nouvelle carte sanitaire pour tenir compte des évolutions sur le terrain. Cela passe aussi par la réduction des coûts d'accès aux soins de santé et aux traitements et à la généralisation d'un système de sécurité sociale et mutualiste. Par ailleurs, il conviendra d'augmenter et de renforcer les capacités du personnel soignant ainsi que d'améliorer la gestion des structures de santé. Ces dispositions ne relèvent pas dans leur grande majorité, des compétences des villes ou des agglomérations mais la Ville de Dakar espère, par la dynamique qu'elle initie, une mobilisation de tous les acteurs concernés.

Pour ce qui concerne l'enseignement, et pour tenir compte de la jeunesse de la population dakaroise (55% de moins de 20 ans), la création de nouveaux établissements scolaires et universitaires s'impose pour faciliter l'accès à l'enseignement et créer les conditions d'un service de qualité.

De Grandes Ecoles ont été déjà délocalisées sur la ville de THIES à 40 km de Dakar, et l'université du futur africain (UFA) a été construite à DIAMNADIO à l'extrême est de la grande agglomération (elle ne fonctionne pas, elle a seulement été construite), il conviendra sans aucun doute d'accompagner ce mouvement dans la perspective retenue de la création d'un réseau de villes dans la grande agglomération, pour désengorger l'université CHEIKH ANTA DIOP située dans la presqu'île.

L'accent sera mis sur l'amélioration des conditions d'apprentissage, la dotation des élèves en matériels didactiques, l'amélioration de la qualité de l'enseignement (relèvement du niveau des enseignements, du matériel didactique, taux d'encadrement en veillant sur le respect du ratio : élèves / enseignants) et la mise en place d'outils performants de gestion des établissements scolaires.

En ce qui concerne le développement des activités socioculturelles et le sport, il conviendra de construire des équipements nouveaux et/ou de réhabiliter les équipements existants par une révision de la carte de ces équipements, de renforcer les capacités des acteurs en gestion, administration et animation, de diversifier et généraliser la pratique sportive par la création de plateaux multisports et de parcours sportifs lesquels, bien que souvent créés sans équipement particulier et de manière spontanée sur des terrains encore accessibles, connaissent un grand succès et contribuent à l'amélioration sensible du cadre de vie et par conséquent de la qualité de vie.

Cette qualité de vie passe aussi par une amélioration de la qualité des services en eau et électricité dont les équipements vétustes entraînent des coupures à répétition, entravant gravement la vie économique et causant des troubles dans la vie des habitants. Compte tenu de l'augmentation très importante et rapide de la population, du développement économique, il conviendra de répondre à la demande correspondante en quantité. Enfin, pour faciliter l'accès à l'eau et à l'assainissement de l'ensemble de la population une baisse sensible des coûts des branchements et des facturations de l'eau et de l'électricité doit être entreprise.

La jeunesse de la population nécessite que soient prises très rapidement des mesures spécifiques la concernant notamment par la mise en oeuvre de projets générateurs d'emplois et de revenus.

La sécurité de la population passe par la construction d'équipements nouveaux et la réhabilitation des équipements existants, la mise en service de postes de police, de gendarmerie, et de sapeurs pompiers de proximité. De graves incendies intervenus récemment ont attiré l'attention des populations sur la vétusté des équipements des sapeurs pompiers, leur manque de formation et les difficultés d'accès aux réseaux d'eau.

Enfin, les services d'urbanisme et de police devront être équipés de manière à pouvoir faire les contrôles nécessaires pour ce qui concerne le respect des normes de construction et de protection civile.

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6- Quelle gouvernance métropolitaine ?

Problèmes identifiés

On constate un manque d'efficacité des services administratifs et leur sentiment de non considération de la part de la population. Il ya des problèmes d'identification des priorités à retenir. Il est nécessaire d'impliquer la population et les acteurs dans les projets. Le manque de concertation et de coordination entre les acteurs de l'intercommunalité crée une perte d'efficacité des actions.

Enjeux

Il faut donc améliorer la qualité des services administratifs, concevoir l'agglomération dans son ensemble et réduire les déséquilibres entre les communes.

Stratégies

Pour pallier les difficultés de gouvernance évoquées ci-dessus, il conviendra de renforcer et de moderniser l'administration locale et le service public déconcentré.

Cette réforme nécessite que soient promus la coopération décentralisée et le partenariat des acteurs institutionnels.

Un renforcement et une harmonisation du cadre juridique des institutions locales s'imposent (mise à niveau des lois et règlements régissant le fonctionnement des différentes collectivités locales) pour permettre une meilleure efficacité des acteurs.

Enfin, pour une administration performante il sera nécessaire de renforcer les moyens des services techniques, de mettre en place les outils pour une bonne gouvernance (transparence, responsabilité, respect de l'état de droit, gestion participative) de promouvoir une approche participative et de renforcer le système de gouvernance participative (mécanisme de participation et de contrôle citoyens, engagement des populations) d'assurer aux collectivités des ressources financières stables et pérennes (budget, coopération décentralisée) et de mettre en place des mécanismes de suivi-évaluation.

Pour que puissent être mises en oeuvre les stratégies de développement territorial arrêtées il est nécessaire de renforcer les compétences transférées aux structures intercommunales, et d'harmoniser les interventions des différents acteurs (Etat, CL, ONG...)

7 - Quelle évolution de la ville ?

A partir des constats faits dans le cadre du projet « Grand Dakar » plusieurs projets ont été élaborés tendant à organiser l'agglomération dakaroise en un réseau de villes multipolaires à fonctions multiples.

A partir de la géographie de l'agglomération, du constat rappelé ci-dessus et des grandes infrastructures réalisées par l'Etat, le plan prévoit une évolution multipolaire avec la création de grands pôles de développement.

Projet 1 : Création de pôles économiques de développement

Le développement de ces pôles s'articule autour de logiques de cohérence territoriale et s'intègre dans le cadre du développement spatial, de la gestion du foncier et de l'habitat dans l'espace de la métropole dakaroise avec pour objectifs de développer les grappes locales (clusters) pour un meilleur développement économique local.

Ces pôles seront ainsi répartis :

1) Pôle d'émergence agro- industriel sur l'est de l'agglomération: Mbao, Sébikotane, Sangalkam, Yène, Bargny et Rufisque ;

2) Pôle de développement industriel sur l'extrême est : Bargny, Diamniadio, Rufisque ;

3) Pôle d'émergence des activités commerciales et de services - Centre d'affaires- au nord de la presqu'île : Ville de Dakar (Sicap-Liberté, Grand Yoff et Derklé), Parcelles Assainies ;

4) Pôle de développement culturel et sportif en banlieue nord est : Guédiawaye et Pikine.

La création de ces pôles permettra une délocalisation des activités économiques, la promotion de filières porteuses, une amélioration des conditions de vie des populations par la création de richesse et d'emplois, et une amélioration de l'assiette fiscale locale. Il sera évidemment nécessaire de prendre les mesures d'incitation et d'accompagnement des entreprises pour qu'elles s'installent dans ces pôles et de créer un environnement favorable à leur développement.

Projet 2 : Aménagement d'un quai de pêche moderne et d'un marché central de poisson

Au niveau du pôle agro-industriel, l'aménagement d'un quai de pêche moderne et d'un marché central de poisson » peut augmenter le potentiel de production, de valeur ajoutée et de productivité du secteur avec un développement des activités périphériques : production, conservation et commercialisation des produits halieutiques.

Ce quai de pêche et ce marché pourraient être localisés sur la côte sud est de l'agglomération (Mbao, Yène, Bargny et Rufisque). La mise en place de ces infrastructures d'envergure sera accompagnée par l'ouverture d'établissements financiers et d'une représentation de la Chambre de Commerce de Dakar.

Cela devrait contribuer à l'augmentation des débarquements, à la pérennisation des activités du secteur, à la création de nouveaux emplois, à une meilleure gestion des stocks et une diversification de la production locale.

Il sera nécessaire de prendre toutes les mesures qui s'imposent pour enrayer la diminution très importante des ressources halieutiques et de rechercher activement les débouchés qui permettront de développer le secteur de la pêche et celui des activités qu'elle peut induire.

Projet 3 : Promotion de systèmes financiers décentralisés.

Ces systèmes financiers décentralisés, créés sur le modèle des crédits municipaux de Dakar et de Guédiawaye et de SEN Finances, de la Chambre de Commerce de Dakar, accompagneront le développement des activités agro-industrielles et de service dans les quatre pôles.

Projet 4 : Amélioration du transport inter et intra-urbain

L'amélioration du transport inter et intra urbain permettra de renforcer la compétitivité de ces zones. Il s'agira de réaliser des sites propres et des routes transversales tels que :

- réaliser la « berge » Hann-Rufisque à l'est qui conduira vers les pôles industriel et agroindustriel ;

- prolonger la voie de dégagement nord sud (VDN) ;

- élargir et prolonger la route des zones humides (Niayes jusqu'à Deni Biram Ndao) ;

- réaliser des perpendiculaires reliant la VDN à la route des Niayes puis à la RN1 et à la Berge à Pikine, Guédiawaye, Keur Massar, Diamniadio, Sangalkam ;

- prolonger la voie ferrée vers l'est jusqu'à Diamnadio, carrefour de deux routes importantes conduisant vers les pôles du « Grand Dakar » tel qu'il résulte du PDU de DAKAR : THIES et MBOUR.

Ce projet a pour objectif de permettre de réduire les consommations d'énergie, d'améliorer le cadre de vie, la qualité de l'air, de réduire les distances à parcourir, d'améliorer la sécurité des passagers et de réduire les risques d'accidents de voiture.

Projet 5 : Amélioration de l'accessibilité aux transports collectifs

Ce projet prévoit d'améliorer l'accessibilité aux transports collectifs et de favoriser la promotion et la diversification de ce mode de transport rendu plus attractif par une augmentation de la vitesse commerciale et une diminution du temps de parcours. Il est prévu une meilleure desserte des communes périurbaines et meilleure mobilité à l'intérieur de celles-ci.

Projet 6 : Réhabilitation et aménagement des lacs de Léona et Mbeubeuss

La réhabilitation de ces lacs permettra de restaurer la continuité du réseau hydrographique, d'installer un système adéquat de canalisation afin de résoudre les problèmes d'inondation et de valoriser les plans d'eau.

Sur la zone de Mbeubeuss se trouve actuellement une immense décharge à ciel ouvert sur laquelle vivent des familles qui font de la récupération.

Cette décharge sera évidemment éliminée.

Projet 7 : Protection du littoral

Ce projet vise à consolider et à améliorer la protection du littoral dans les départements de l'est de l'agglomération (Pikine, Guédiawaye et Rufisque) avec pour principal objectif de consolider et d'améliorer la protection du littoral nord, zone d'horticulture et de tourisme.

Cette zone fragile devra être protégée de l'extraction de sable qu'elle connaît actuellement. Il inclut un projet d'intensification de l'agriculture urbaine de façon que l'agglomération dakaroise puisse bénéficier d'un approvisionnement de proximité. Sont également prévus un projet d'aménagement des bassins et des lacs, un projet de reboisement et de stabilisation des côtes. Une particulière attention sera apportée à la prévention et à la gestion des inondations. Enfin, une étude sera menée pour l'implantation et la valorisation des énergies marine.

CONCLUSION

Quelles solutions pour un développement harmonieux du « Grand Dakar » ?

Comme indiqué dans l'introduction, l'agglomération dakaroise est composée d'un « mille feuilles » administratif qui rend sa gestion difficile.

Rappelons qu'elle est composée de 43 communes, 2 communautés rurales, 4 départements, une région, et deux communautés de communes : la CADAK (DAKAR et périphérie) et la CAR (Rufisque et périphérie).

Pour la définition de projets communs, leur mise en oeuvre et l'élaboration d'une stratégie intercommunale de développement, il est vital qu'une instance chargée de l'articulation et de la coordination entre ces différentes entités soit rapidement créée.

Comme l'indique Momar DIONGUE dans sa thèse déjà citée : « Cette décennie a battu tous les records en matière de production de documents de planification du développement socioéconomique et spatial dans la région dakaroise. Pourtant leurs effets sur l'encadrement de la périurbanisation sont jusqu'ici limités. L'absence d'un véritable système de gouvernance de la région urbaine dakaroise y est pour beaucoup ».

Cette nécessité s'entend non seulement pour donner cohérence aux projets de l'agglomération dakaroise dite « Grand Dakar », pour les porter et les mettre en oeuvre mais aussi pour que celle-ci puisse jouer un rôle d'interface avec le « territoire métropolitain d'agglomération » qui se développe dans le triangle formé avec Dakar par les villes de THIES (70 km de Dakar) et MBOUR ( 80 km de Dakar) avec comme ville médiane reliant ces deux villes la commune de DIAMNADIO, carrefour important de routes vers le continent africain. Ce territoire a fait l'objet d'un très important développement, l'un à THIES, comme pôle universitaire et industriel, l'autre à MBOUR dans le développement du secteur halieutique, le dernier à DIAMNADIO, point de jonction des routes continentales vers l'ouest ou le nord africain et vers le sud (Casamance et Gambie) comme plateforme de vente de produits agricoles provenant soit des vergers de Sébikotane située dans son immédiate périphérie, soit de Casamance soit encore de l'étranger : Guinée, Mali, Côte d'Ivoire, Maroc ...

A ce développement fait, semble-t-il, sans planification réelle du territoire, il faut ajouter les grands projets en cours ou à réaliser de l'Etat avec de puissants partenaires : plateforme artisanale et industrielle à Diamnadio, Université du Futur Africain (UFA) transfert de l'aéroport international à NDIASS (20 km de DIAMNADIO), et grands projets autoroutiers reliant toutes ces villes entre elles et à Dakar.

Seule une instance intercommunale dont les compétences sont clairement définies avec une capacité forte d'intervention sera à même de remplir ce rôle.

Il existe déjà deux communautés d'agglomération, la CADAK et la CAR dont les compétences limitées ne permettent pas en l'état une gouvernance pertinente mais la question se pose d'une meilleure complémentarité entre ces deux instances ? Cela permettrait de ne pas bouleverser brutalement les schémas au sein desquels chacun des partenaires du projet « Grand Dakar » a travaillé mais assurerait peut-être une transition vers la création d'une instance intercommunale dont les membres seraient élus directement au suffrage universel sur les projets qu'ils entendent développer.

Une autre question se pose qui relève de la compétence de l'Etat : celui-ci envisage-t-il un développement harmonieux de l'ensemble du territoire sénégalais pour éviter le développement macro céphalique du Grand Dakar et du territoire métropolitain qui le jouxte au détriment du reste du pays ? En l'état, fixé sur ses « grands projets » élaborés et mis en oeuvre sans grande concertation avec les communes, départements et région sur lesquels ils sont créés, il ne semble pas que ce soit le cas.

Comme ces projets sont majoritairement situés dans la région dakaroise il y a un risque d'explosion démographique sur cette région avec tous les dysfonctionnements que cela peut entraîner notamment si, comme cela a été le cas et l'est encore, les aménagements nécessaires ne peuvent pas suivre, faute de projets cohérents et surtout de moyens techniques et financiers.

Dans ce pays dont la jeunesse constitue environ 50 % de la population, une nouvelle génération politique émerge qui a soif de bonne gouvernance et souhaite prendre son avenir en main. Mais quel pays a les moyens, de soigner, éduquer, donner un emploi à une telle proportion de jeunes ?

Comme le préconise le rapport « Grand Dakar » il faut que se développent les projets d'accompagnement au développement soit directement par les grands acteurs financiers internationaux ou nationaux, soit par la coopération décentralisée, soit encore dans les partenariats avec les ONG.

Le débat participatif qui a permis l'élaboration du rapport « Grand Dakar » démontre que Dakar a su identifier ses besoins, formaliser ses projets et a la volonté de mener à terme ses ambitions.

Le charisme, les qualités d'organisateur et la ténacité du maire de Dakar dans la conduite des projets communaux et intercommunaux malgré les difficultés de gouvernance développées plus haut sont un sérieux gage d'espoir pour l'avenir.

Anne SOURCIS