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Villes du futur, futur des villes : quel avenir pour les villes du monde ? (Analyses)

9 juin 2011 : Villes du futur, futur des villes : quel avenir pour les villes du monde ? (Analyses) ( rapport d'information )

EUROPE (S)

1. MANCHESTER : shrinking city et renouveau urbain

Le monde connaît aujourd'hui une période de forte croissance urbaine : depuis 2008 et pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, les citadins sont plus nombreux que les ruraux. Face à ce phénomène massif, on pourrait penser que la quasi-totalité des grandes villes sont soumises à un même phénomène d'expansion, de croissance démographique. À y regarder de plus près cependant, on s'aperçoit que nombreuses sont les agglomérations qui dérogent à cette règle : plus de 450 villes de plus de 100 000 habitants ont ainsi perdu plus de 10% de leur population depuis 1950226(*).

Les villes de ce type sont donc loin d'être des cas particuliers, elles sont désignées en Anglais sous le terme de « shrinking cities » : il s'agit de « villes qui rétrécissent », parfois également appelées « villes en déclin ». Cette situation est généralement considérée comme un problème : les méthodes de gestion des villes, les réseaux ou les structures économiques sont conçus pour des villes stables ou en croissance. Une ville qui décroît soulève de nombreuses questions, auxquelles il n'est pas toujours aisé de répondre.

Un exemple particulièrement pertinent de shrinking city est celui de la ville de Manchester. Bien qu'ayant une histoire unique à maints égards, la troisième ville du Royaume Uni a été confrontée à un phénomène de déclin démographique typique à beaucoup d'agglomérations. Des années 1930 à la fin du XXe siècle, la population de la ville n'a cessé de décroître, aussi bien en ce qui concerne le centre-ville, le district même de Manchester (la City of Manchester), qu'au niveau plus général de l'agglomération (le Greater Manchester).

Les tentatives des pouvoirs publics pour remédier à la situation sont également très intéressantes à analyser : elles ont été prises pour modèle par de nombreuses collectivités se trouvant dans la même position. Première « ville industrielle » du monde, Manchester a également été la première à souffrir de la désindustrialisation et à devoir trouver des solutions pour enrayer son déclin.

Manchester : de la ville industrielle à la shrinking city : L'archétype de la ville industrielle

Pendant des décennies, du début du XIXe siècle à la fin du XXe, Manchester a été considérée à raison comme l'archétype même de la ville industrielle. Historiquement, elle est la première ville à connaître l'industrialisation massive caractéristique de la révolution industrielle. Au milieu du XVIIIe siècle, Manchester n'est qu'une petite ville provinciale lorsque s'installent les premières usines de coton, qui constitueront bientôt l'industrie principale de la ville (surnommée pendant longtemps cottonopolis). Les fabriques textiles se multiplient rapidement pendant la première moitié du XIXème siècle : la production augmente à grande vitesse et est exportée dans le monde entier grâce à la proximité de Liverpool. Un réseau de canaux irrigue toute la région, tandis que les chemins de fer se développent à partir du deuxième tiers du XIXème siècle. La première ligne ferroviaire de transport de voyageurs du monde est ainsi ouverte en 1830 entre Manchester et Liverpool.

La population de la ville de Manchester augmente à un rythme soutenu au cours de cette période : de 43 000 habitants en 1773, la ville atteint 80 000 habitants en 1801 puis 187 000 en 1831 (une augmentation de plus de 130% en trente ans). Vingt ans plus tard, en 1851, la population a encore augmenté de 70% et atteint désormais les 316 000 habitants227(*). Manchester, dont l'importance était très faible jusqu'au XVIIIème siècle, devient alors une agglomération d'envergure mondiale en termes économiques et démographiques. En 1900, Manchester compte 1 435 000 habitants et est la neuvième plus grande ville du monde ; elle est même la troisième plus grande ville non-capitale d'un Etat, après New York et Chicago228(*).

En tant que capitale industrielle, Manchester accueille une immense population ouvrière, qui travaille d'abord dans les usines de coton, puis dans les autres industries qui se développent dans la ville (une usine Ford s'implante par exemple dans le district industriel de Trafford Park en 1911). Afin de loger cette population ouvrière, des habitations de qualité moyenne voire médiocre sont construites de façon massive tout au long du XIXème siècle, sans véritable planification. Certains quartiers de la ville deviennent de véritables taudis et concentrent les populations les plus pauvres.

C'est cette réalité que décrit Friedrich Engels en 1844 dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre : « [...] nous dirons que la quasi-totalité des 350 000 ouvriers de Manchester et de sa banlieue habite dans des cottages en mauvais état, humides et sales ; que les rues qu'ils prennent sont le plus souvent dans le plus déplorable état et extrêmement malpropres, et qu'elles ont été construites sans le moindre souci de l'aération, avec l'unique préoccupation du plus grand profit possible pour le constructeur [...] »229(*).

Engels décrit ce qu'il considère comme le modèle, le prototype, de la ville industrielle. En parallèle à cette classe ouvrière, qui constitue la plus grande partie de la ville, se développe toutefois une population plus aisée, bourgeoise, vivant dans des quartiers qui lui sont dédiés. La création du journal The Manchester Guardian en 1830 ou l'ouverture de l'université de Manchester en 1851 témoignent de cette évolution. Par ailleurs, le coeur du centre-ville devient un quartier commercial animé à la même époque.

Désindustrialisation, destruction des emplois et déclin démographique.

Au cours du XXème siècle cependant, s'amorce un mouvement de désindustrialisation, qui en vient à transformer de manière progressive la ville industrielle rayonnante en une shrinking city en perte de vitesse et en crise économique et démographique. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, l'industrie du coton est en déclin, alors qu'elle constituait le socle premier de l'industrialisation de Manchester. La concurrence étrangère est rude et la Grande Bretagne ne dispose plus de la même suprématie maritime que dans les décennies précédentes. La décolonisation et le délitement de l'Empire britannique ferment également petit à petit de nombreux débouchés pour cette industrie. Après la Seconde Guerre mondiale la crise industrielle s'amplifie et touche des domaines économiques de plus en plus nombreux.

Le phénomène s'accélère à partir de la crise des années 1970 qui affecte tous les pays occidentaux : les dernières industries ferment et licencient leurs derniers employés, la situation sociale se dégrade très fortement. Le « déclin » ou le « rétrécissement » de la ville a ainsi d'abord des causes économiques : les emplois disparaissent ce qui pousse les habitants à quitter l'agglomération. De 1971 à 1981, ce sont ainsi plus de 50 000 emplois à temps plein qui disparaissent230(*). De même, entre 1981 à 1996, certaines estimations indiquent que près de 56 000 emplois sont supprimés dans la municipalité de Manchester231(*). Le taux de chômage atteint 18,9% en 1995232(*). La baisse du nombre d'emplois industriels n'est pas compensée par le secteur des services ; la ville ne parvient pas à sortir de son passé industriel pour entrer dans un système économique tertiaire.

Du fait de cette crise économique sans précédent, la population de Manchester décroît très fortement durant toute la deuxième moitié du XXème siècle. Alors que la municipalité de Manchester compte 766 000 habitants en 1931233(*), elle n'en regroupe plus que 422 000 en 2002234(*), soit une diminution de 45%. La disparition des emplois en centre-ville entraîne un départ important de population. L'agglomération en général, bien que soumise à la même tendance, souffre moins que le centre-ville (la municipalité de Manchester) : entre 1970 et 2000, le « grand Manchester » (Greater Manchester) perd 10 % de sa population235(*).

Le déclin démographique de Manchester s'accompagne en effet d'un changement de structure de l'agglomération : alors que le centre, la City of Manchester, se vide, la périphérie de la ville est démographiquement stable ou ne décroît que faiblement. Il y a un mouvement de population fort vers la banlieue, et en particulier vers le sud de la conurbation de Manchester. L'attrait des « suburbs » est en effet très fort dans les années 1970, 1980 et 1990, du fait de la démocratisation de l'automobile et de la qualité supérieure des logements proposés dans ces zones. Les emplois tendent également à sortir du centre à la même période. La Ville de Manchester, au contraire, devient moins attractive. En plus de la perte de nombreux emplois, une politique de renouvellement urbain est mise en place des années 1950 aux années 1970 : les anciens quartiers insalubres de centre-ville sont détruits et remplacés par des logements sociaux de grande hauteur, qui se révèlent très rapidement peu attractifs et mal construits.

De 1954 à 1976, environ 90 000 habitations sont ainsi détruites en centre-ville par le Manchester City Council (conseil municipal de la Ville de Manchester), et 71 000 logements sont reconstruits selon des standards modernes236(*). Le quartier de Hulme est ainsi reconstruit en 1970, mais face à un vieillissement précoce du bâti et à des problèmes sociaux majeurs, les grands ensembles sont détruits en 1992 afin de permettre une nouvelle reconstruction.

Du fait de ces changements et de la baisse du nombre d'emplois, le centre-ville perd une grand part de son attractivité et accueille les populations qui ne trouvent pas les moyens de se loger ailleurs. De nombreuses populations immigrées s'installent en particulier dans certains quartiers. Chômage et problèmes sociaux s'accumulent dans des quartiers de plus en plus vides. De violentes émeutes éclatent au début des années 1980, comme dans le quartier de Moss Side en 1981 par exemple. Un cercle vicieux est enclenché à la défaveur du centre-ville. On estime ainsi qu'en 1991, près de 15 000 logements étaient vacants dans la municipalité de Manchester237(*).

L'apparition de problématiques spécifiques au cas de la shrinking city

En plus d'être en proie à de graves problèmes économiques et sociaux partagés par de nombreuses villes (en particulier au Royaume-Uni) au cours de la crise des années 1970 et 1980, Manchester doit faire face à des problématiques spécifiques à sa position de shrinking city, de « ville qui rétrécit ».

Premièrement, des quartiers qui se vident posent un certain nombre de problèmes concrets. Ils perdent de leur vitalité, au niveau commercial par exemple : magasins, banques et entrepôts ferment petit à petit. De la même manière, certains établissements publics, tels que les écoles, sont progressivement moins nombreux. En outre, les nombreux logements vides fournissent des abris idéaux pour diverses activités illégales, en particulier en situation de crise sociale. Le contrôle social s'affaiblit, les habitants étant de moins en moins nombreux dans les différents quartiers du centre-ville.

Par ailleurs, les infrastructures et réseaux deviennent plus difficiles à maintenir, à mesure que la densité de certaines zones urbaines diminue. Les citoyens sont moins nombreux, mais sont toujours répartis sur une surface aussi grande. Le réseau de bus, par exemple, ne peut plus être financé de la même manière qu'auparavant, la « base fiscale » de la ville (les habitants payant des impôts à la collectivité) étant moins importante, alors que les besoins sont toujours pratiquement les mêmes. La privatisation des systèmes de transport en 1986 entraîne par ailleurs une nouvelle détérioration de la situation à Manchester, le nombre de passagers transportés par an déclinant de façon continuelle à partir de cette date238(*).

Un troisième problème majeur posé par la condition de shrinking city est celui de l'inadaptation croissante des structures administratives à la nouvelle réalité démographique de l'agglomération. La Ville de Manchester (City of Manchester), perd ainsi une part significative de son poids au sein de l'aire urbaine dont elle constitue le centre : en 1996 elle ne représentait plus que 19% de la conurbation de Manchester239(*). La défense de ses intérêts devient plus difficile par rapport à des banlieues de plus en plus importantes et comparativement plus riches.

Le même mécanisme a d'ailleurs pu être observé ailleurs, comme à Detroit, où le centre pauvre doit négocier avec une périphérie plus aisée (voir encadré). Les relations entre le Manchester City Council et le Greater Manchester Council doivent être réinventées, de nouveaux modes de travail doivent être élaborés. Le Greater Manchester Council a en effet vu son rôle prendre de l'importance au cours des années 1980 et 1990 : c'est à l'échelle du Greater Manchester que de nombreuses politiques gouvernementales ont été mises en place (City Pride, Marketing Manchester)240(*). Mais les relations entre cet échelon métropolitain et les différents boroughs (dont Manchester City) qui le constituent ont parfois été soumises à quelques tensions241(*).

Solutions et stratégies de sortie de crise : le « modèle Manchester » Le choix du renouvellement urbain

Face à cette situation critique, les collectivités locales administrant l'agglomération de Manchester ont décidé de s'engager dans la voie du renouvellement urbain et du volontarisme politique, sous la modalité de « l'entrepreneurialisme municipal »242(*). Le choix effectué fut celui d'enrayer le déclin démographique. Il s'agit là d'un véritable choix, qui ne doit pas être considéré comme allant de soi : les autorités allemandes, face au déclin de certaines villes d'Allemagne de l'Est après la réunification, ont par exemple parfois eu une démarche inverse, choisissant d'accompagner le rétrécissement de certaines agglomérations plutôt que de tenter de l'inverser (voir encadré). Les politiques menées à Manchester, très volontaristes, ont été considérées par de nombreuses collectivités comme un modèle à suivre.

La ville de Manchester a choisi le renouvellement urbain : des quartiers entiers ont été reconstruits, changeant ainsi l'aspect de la ville. L'objectif était celui de la repopulation du centre et de la création d'une « base de consommateurs » solide243(*). L'idée était que la régénération urbaine pouvait s'étendre progressivement, quartier par quartier. A partir des années 1980 et 1990, le gouvernement central britannique met en place une série de programmes destinés à financer le renouvellement urbain. Manchester en profite et réalise d'importants travaux en centre-ville.

Le quartier de Hulme, déjà reconstruit dans les années 1970, est ainsi en partie détruit à nouveau en 1992 et reconstruit selon des principes plus modernes (bâtiments moins hauts, moins massifs, plus agréables à vivre), dans le cadre du programme Hulme City Challenge244(*). Certains bâtiments abandonnés sont également achetés par la municipalité et convertis en bureaux ou en appartements de type loft. Des constructions de prestige, destinées à marquer le territoire, sont réalisées à la même période. Dès 1986, une gare ferroviaire ayant perdu son importance est transformée en espace d'exposition, le GMex (Greater Manchester Exhibition Center)245(*). En 2000 est ouvert le Lowry Centre, dédié au théâtre et à l'art, et en 2002 l'Imperial War Museum North, construit par l'architecte Daniel Libeskink, est inauguré à Trafford, immédiatement à l'ouest du centre-ville246(*).

A partir de 1985, les anciens docks sont également réaménagés247(*) : des logements de haut standing y sont édifiés et différents équipements sont ouverts au public. Enfin, un nouveau réseau de tramway est ébauché en 1992 avec la mise en service d'une première ligne, bientôt suivie par deux autres248(*). Ce choix du tramway a été pensé en fonction des spécificités de Manchester en tant que shrinking city : orientées des périphéries vers le centre, les lignes de tramway permettent aux résidents des villes de banlieue de rejoindre rapidement le centre-ville.

Faisant preuve d'un volontarisme à toute épreuve, les autorités publiques de Manchester ont même mis à profit un événement tragique et fortuit : la destruction d'une grande partie du coeur du centre-ville par une bombe posée par l'IRA en 1996 ! Le 15 juin 1996 une bombe de 1 500 kg explose en plein coeur de la ville, détruisant plus de 100 000 m² de bureaux249(*) pour un coût dépassant les 700 millions de livres sterling (mais ne faisant aucun mort). Plutôt que de reconstruire à l'identique ce qui venait d'être détruit, la décision fut prise de redessiner entièrement la zone affectée. Un partenariat public-privé, nommé Manchester Millenium Limited fut créé pour le réaménagement des rues et bâtiments touchés.250(*) Le plus grand centre commercial de centre-ville d'Europe, Manchester Arnsdale, fut ré-ouvert après agrandissement et reconstruction quelques mois plus tard.

L'émergence de la « ville entrepreneuriale »

Ce choix du renouvellement urbain s'est appuyé sur un mode d'action particulier, celui de la « ville entrepreneuriale »251(*). La régénération du tissu urbain se fait en partenariat avec le secteur privé, qui est fortement impliqué aussi bien dans le financement des projets que dans leur élaboration. Cette modalité d'action se développe dans le cadre des grands changements qui prennent place au Royaume-Uni dans les années 1980 en ce qui concerne les modes d'élaboration des politiques publiques. L'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et de son gouvernement conservateur en 1979 engendre l'émergence de nouvelles modalités de financement des collectivités locales par le gouvernement central : celui-ci met en concurrence les collectivités les unes avec les autres, et alloue des fonds spécifiquement à celles qui ont les projets correspondant le plus aux attentes élaborées au niveau central. Le gouvernement se fait alors par contrat, par projet. Il est possible de noter au passage que ce mode de financement et de gouvernement s'est également développé en France, bien qu'avec un décalage temporaire. Selon Renaud Epstein en effet, l'Etat français a également choisi la voie du « gouvernement à distance » : il met en concurrence et finance les collectivités locales les plus coopératives.252(*)

Bien que d'abord réticent à ce « tournant entrepreneurial », la municipalité de Manchester décide de collaborer à ce mode de fonctionnement à partir de 1987253(*). Les équipes du Manchester City Council ainsi que du Greater Manchester Council, bien que toujours travaillistes, sont composées à partir de cette époque d'une nouveau personnel politique, prêt à entrer dans le jeu du gouvernement afin d'obtenir les crédits nécessaire au financement de leur politique de renouvellement urbain. Des organismes regroupant acteurs publics et privés sont créés, comme le MIDAS (Manchester Investment and Development Agency Serice)254(*). Manchester, au contraire d'autres villes comme Liverpool par exemple, prend pleinement part aux programmes mis en place par le gouvernement conservateur (puis travailliste après l'arrivée au pouvoir de Tony Blair en 1997) : New Deal for Communities, City Pride, etc255(*).

En outre, de nouvelles méthodes d'élaboration ou de mise en place des politiques publiques locales font également leur apparition dans les années 1990. L'évaluation a posteriori des politiques se développe par exemple à cette période. Un programme de Comprehensive Performance Assessment est ainsi mis en place pour évaluer la politique de la ville, l'« Inner City Policy ».

Volontarisme, communication et transformation de l'image.

Les réalisations concrètes destinées à revitaliser la ville de Manchester et à inverser son « rétrécissement » ont été accompagnées au cours des années 1990 et 2000 par un discours très fort, ayant pour but de faire changer l'image de la ville. Afin d'attirer investisseurs, entreprises et résidents potentiels, la perception de la ville a une importance capitale. Dans les termes de Jamie Weck et Kevin Ward, la transformation de la ville s'est accompagnée de « récits de transformation »256(*). Ces récits avaient un usage externe, mais également un usage interne : l'image de la ville devait également changer pour les habitants de Manchester. L'enjeu était de la débarrasser de son image de cité industrielle en déclin, pour montrer qu'elle avait changé et allait à nouveau de l'avant.

En plus de campagnes de communication classiques et d'un discours politique extrêmement volontariste, Manchester s'est appuyée sur des événements ou sur la planification d'événements pour changer son image. Le cas le plus emblématique est celui des deux candidatures de la ville pour l'accueil des Jeux Olympiques (de 1996 puis de 2000)257(*). Même si ces deux candidatures furent des échecs, le simple fait d'oser les présenter a été conçu comme une manière de montrer l'ambition de la ville. Ces candidatures avaient pour vocation de montrer le changement de dynamique à l'oeuvre à Manchester. Cela a également été un moyen de mobiliser de nombreux acteurs publics et privés vers un but commun, et de souder la population derrière ses institutions publiques.

Le sport, de manière générale, a été utilisé comme un outil de création ou de soutien d'une fierté locale : les deux clubs de football de Manchester (Manchester United et Manchester City) sont ainsi deux des plus forts supports de l'identité mancunienne. À défaut d'obtenir l'organisation des Jeux Olympiques, Manchester a tout de même obtenu l'opportunité d'organiser les jeux du Commonwealth de 2002 : considérés comme une réussite, ils ont été le symbole d'un renouveau et ont prouvé la capacité de la ville à mettre en place un événement d'envergure internationale.

Le rôle des cultures urbaines.

En plus des mécanismes qu'elle a mis en place pour tenter de redynamiser l'agglomération, la ville de Manchester a su tirer avantage d'un phénomène dont elle n'est pas à l'origine : l'émergence de cultures urbaines extrêmement dynamiques. La situation de shrinking city n'a pas obligatoirement que des désavantages, elle peut aussi présenter des opportunités. La disponibilité de grandes réserves immobilières et foncières à des prix modérés (logements vacants, usines désaffectées, anciens entrepôts) a permis à une vie culturelle très dynamique de se développer258(*).

Premièrement, à partir des années 1970 et 1980, une scène musicale pop/rock d'avant-garde a émergé de façon particulièrement saillante à Manchester. Le mouvement musical « post-punk » (fréquemment appelé « cold-wave » en France) est né dans le nord de Manchester, au coeur des quartiers abandonnés par la population la plus aisée, au moment où la crise économique était la plus rude. La musique de groupes comme 10CC, Buzzcocks, The Stone Roses ou surtout Joy Division, New Order, The Smiths et Oasis a fait le tour du monde (on a ainsi pu parler de véritable « oasismania » dans les années 1990, comme on avait parlé de « beatlesmania » trente ans plus tôt)259(*). Certains bars ou clubs musicaux, comme The Hacienda, ont également acquis dans les années 1980 une réputation d'envergure mondiale.

L'impact en termes d'image pour la ville de Manchester a été extrêmement important, notamment auprès des jeunes et des étudiants, qui ont afflué vers la ville260(*). Il est ici essentiel de souligner que ce sont les caractéristiques mêmes de la shrinking city qui ont rendu possible ce phénomène : la partie nord de Manchester (Northern Quarter) est devenue un véritable « quartier culturel » du fait de la présence de nombreuses friches industrielles vacantes et peu chères. L'« industrie culturelle » qui s'est développée à Manchester dans les années 1970 et 1980 a récupéré le patrimoine industriel délaissé : espaces de concerts, magasins de disques ou labels musicaux (Factory Records par exemple) se sont installés dans les espaces laissés vides par la crise économique et le déclin démographique261(*).

Bien que la municipalité de Manchester n'ait pas été à l'origine de ces phénomènes culturels, elle a tenté de les utiliser afin de travailler sur l'image de la ville. Des images de la scène musicale locale ont par exemple été utilisées lors des candidatures infructueuses de la ville pour l'accueil des Jeux Olympiques262(*). Il faut toutefois noter que la ville de Manchester, à l'inverse d'autres collectivités locales (comme celle de Sheffield par exemple), a tenté d'adopter une politique de laissez-faire vis-à-vis de la scène musicale qui se développait sur son territoire (« hands-off policy »), l'idée étant que l'essentiel est de préserver un environnement favorable à la création culturelle et que l'intervention directe est inutile voire contre-productive263(*). L'implication de la municipalité a de ce fait été limitée : elle a par exemple simplement essayé d'empêcher la fermeture du club The Hacienda. Cette politique a été relativement efficace, au moins jusqu'aux années 1990, période à partir de laquelle les caractéristiques de la shrinking city (faible coût de l'immobilier par exemple) ont commencé à s'estomper à Manchester264(*).

Enfin, il convient de noter l'apparition d'un quartier homosexuel dans le centre de Manchester, le « gay village », près des anciens docks. Là encore, les caractéristiques de la shrinking city ont permis l'apparition d'un phénomène urbain qui est devenu un atout pour la régénération de la ville. Dans les années 1970 et 1980, les docks de Manchester constituaient un espace relativement abandonné, où les bar et clubs gays ont pu se développer à l'abri du reste de la ville265(*). Avec le nouveau dynamisme de la ville, ce quartier attire désormais un certain nombre de touristes (homosexuels ou non) et anime la vie nocturne du centre-ville. L'arrivée d'une population homosexuelle conséquente dans le quartier a également amorcé un processus de gentrification, c'est-à-dire de changement de population : de nouveaux résidents, souvent jeunes et issus de classes sociales supérieures, s'installent dans des logements réhabilités ou des surfaces industrielles rénovées et reconverties266(*).

Quel bilan et quel avenir pour Manchester et son modèle ? Le renouveau de Manchester : succès et échecs

À première vue, l'expérience de Manchester en matière de gestion d'un déclin urbain très marqué semble être un franc succès. De fait, les facteurs indiquant un changement de tendance sont indéniables. Ed Ferrari et Jonathan Roberts ont ainsi qualifié Manchester avec humour de « fastest growing shrinking city in the world » (« ville qui rétrécit ayant la croissance la plus rapide au monde »)267(*) ! Les deux auteurs signalent avec cette formule que Manchester pourrait aujourd'hui ne plus être considérée comme une shrinking city : depuis 1998, la ville croît à nouveau268(*), l'objectif principal des politiques de redynamisation semble atteint.

De même, Ferrari et Roberts écrivent que « la ville est à présent reconnue comme une des villes provinciales britanniques les plus vivantes. Elle a maintenant un centre-ville en constant redéveloppement, elle attire un nouveau type d'hôtels de luxe (tels que The Lowry), a un ensemble de résidents nombreux et prospères vivant dans le centre-ville, a organisé les Jeux du Commonwealth de 2002 et a connu un niveau d'investissement sans égal dans les transports publics »269(*). La population augmente dans le centre-ville, et la situation économique est relativement bonne.

Cependant, ce « modèle de Manchester » connaît quelques limites qu'il convient de souligner. Tous les quartiers du centre-ville n'ont pas connu la même évolution. Autour du centre réhabilité persiste une « ceinture de la pauvreté »270(*), au sein de laquelle les problèmes sociaux n'ont pas été résolus. Pour Philipp Misselwitz, « le problème du dénuement social semble être poussé en dehors de la ville plutôt que résolu »271(*). Il constate une nouvelle réalité « post-renouvellement urbain », « caractérisée par la simultanéité d'une croissance et d'un dénuement continu »272(*). Certaines populations et certains quartiers seraient exclus des processus de transformation de la ville.

De fait, les personnes résidant dans les quartiers attractifs et rénovés du centre-ville sont des nouveaux arrivants, et non des Mancuniens de longue date ayant souffert de la crise. Selon les mots de Jimie Weck et Kevin Ward, le centre-ville est « en train d'être transformé en une série de terrains de jeux »273(*), occupés par de nouvelles populations. Le renouveau de Manchester, s'il a effectivement transformé certains territoires, n'a pas forcément réussi à changer le destin d'un grand nombre d'habitants. La diminution du taux de chômage s'est d'ailleurs réalisée dans le contexte d'une réduction générale du taux de chômage en Grande Bretagne, et le chômage à Manchester demeure supérieur à la moyenne nationale.

Vers un plus grand rôle de l'échelon régional ?

Les politiques mises en place pour remédier aux problèmes de désindustrialisation et de déclin démographique connus par l'agglomération de Manchester ont été élaborées et développées par deux organismes principaux : le Manchester City Council, ayant pour base la ville de Manchester à proprement parler, et le Greater Manchester Council, qui est en charge du « Grand Manchester ». Il est cependant possible de noter que les problèmes connus par Manchester ne lui sont pas limités : toute la partie nord-ouest du Royaume-Uni a en effet été frappée par une désindustrialisation sévère, à la hauteur de son passé industriel. Certains problèmes pourraient sans doute être efficacement pris en compte à l'échelon régional.

La ville de Liverpool, en particulier, a connu et connaît encore des évolutions fortement similaires à celles de Manchester. La perte massive d'emplois dans le centre-ville (dans le secteur des docks), la périurbanisation et le changement d'image sont des problématiques que les deux villes partagent, et des collaborations dans ces domaines pourraient être fructueuses à l'avenir. Plus généralement, c'est tout le corridor urbain reliant les deux villes, le long de l'autoroute M62, qui pourrait bénéficier d'un travail en commun.

Le Royaume-Uni ne dispose pas de tradition de gouvernance régionale forte. Cependant, des « Agences de Développement Régional » (Regional Development Agencies - RDA) ont été créées en 1999, en partie sous l'influence de l'Union européenne, dont les crédits sont attribués sur une base régionale. L'agence correspondant à la région de Manchester, la North West Development Agency, a connu par le passé des difficultés pour mettre en place des politiques et des programmes qui lui soient propres ; les tensions avec les autres échelons de gouvernement l'ont pour l'instant emporté274(*). Le développement de synergies à l'échelle régionale est une piste qui pourrait être envisagée. Cependant, dans le cadre de la réduction des dépenses budgétaires de l'Etat britannique, les RDA semblent être pour le moins des institutions non-prioritaires. Le scénario d'une plus grande régionalisation des politiques de développement territorial paraît peu probable à court terme.

Les interrogations et les défis à relever pour Manchester

Plusieurs interrogations pèsent sur l'avenir du modèle mancunien de développement économique local.

Premièrement, le système politique de « ville entrepreneuriale » pourrait être menacé par la crise économique mondiale qui sévit depuis 2008. La question de savoir comment la réduction des disponibilités financières des entreprises du secteur privé peut influencer la réalisation de projets élaborés en partenariat public-privé reste ouverte. Parallèlement, l'Etat britannique est actuellement dans une période de restriction budgétaire importante, ayant pour objectif de réduire un déficit budgétaire qui devrait s'élever à 11,4% du PIB (Produit Intérieur Brut) lors de l'année fiscale 2009/2010. Dans ce contexte, les crédits accordés au renouvellement urbain pourraient être réduits dans le but de réaliser des économies.

Le renouveau de Manchester ne s'est pas fait seulement de façon locale : le soutien de l'Etat a été essentiel dans les programmes réalisés. En ce qui concerne l'exportation de ce modèle en dehors du Royaume-Uni, il est d'ailleurs sans doute important de prendre en compte la nature des relations (financières notamment) reliant l'Etat aux collectivités locales avant de tenter de le mettre en place.

Une autre inquiétude peut être relevée concernant le dynamisme de la ville de Manchester : les cultures urbaines, dont le rôle essentiel dans le changement d'image de la ville a été souligné plus haut, sont menacées par certains changements de la structure urbaine. L'immobilier à bas prix et de qualité (surfaces adaptées, environnement post-industriel) se raréfie, du fait du succès même du développement urbain. Certains quartiers sont par ailleurs entrés dans un processus de gentrification : des populations plus aisées s'installent en lieu et place des anciens résidents et altèrent l'atmosphère créative jusque là prédominante. Les entreprises liées à l'industrie de la musique, souvent de petites taille et aux moyens financiers limités, ont en grande partie déjà quitté le centre-ville de Manchester275(*) : l'enjeu pour Manchester est de parvenir à conserver un environnement favorable à une création artistique qui a fait beaucoup pour son renouveau. La construction, sur le site du club Hacienda, désormais disparu, d'appartements de luxe qui en reprennent le nom, est un symbole fort des transformations qui affectent aujourd'hui Manchester276(*).

La ville de Manchester est à la fois un cas particulier et un exemple utile pour l'étude des villes en situation de décroissance. Première ville industrielle du monde, la majeure partie du XXème siècle fut pour l'agglomération de Manchester une période de difficultés et de déclin démographique. Face à une situation délicate, les autorités municipales ont choisi la voie du volontarisme et de la transformation urbaine en profondeur. Elles ont, pour cela, utilisé les opportunités que l'Etat central était prêt à leur offrir et ont capitalisé sur des atouts culturels importants.

Le résultat aujourd'hui présente de nombreux points positifs : un dynamisme économique incontestable, une croissance démographique retrouvée, une image globalement améliorée par rapport à ce qu'elle était il n'y a encore que vingt ans. Comme tout modèle, celui de Manchester a des limites, en particulier en ce qui concerne la situation des habitants les plus défavorisés de l'agglomération. Les défis à relever sont encore conséquents, mais ils n'ont sans nul doute plus le caractère catastrophique de ceux des années 1970 ou 1980.

Pauline Malet


* 226 The New York Times Kate Stohr «Shrinking City Syndrome», 5 février 2004.

* 227 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Alan Kidd Timeline: Manchester 1750-2002

* 228 Tertius Chandler, Four Thousand Years of Urban Growth: An Historical Census, 1987, St. David's University Press.

* 229 Friedrich Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1844.

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* 231 Christopher Law Back to the inner cities ? Evidence from the English City of Manchester

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* 233 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Alan Kidd Timeline: Manchester 1750-2002

* 234 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Ed Ferrari, Anke Hagemann, Peter Lee, Nora Müller & Jonathan Roberts Statistical Data : Manchester/Liverpool

* 235 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Ed Ferrari & Jonathan Roberts Regrowth of a Shrinking City

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* 239 Christopher Law Back to the inner cities ? Evidence from the English City of Manchester

* 240 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester

* 241 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester

* 242 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Philipp Misselwitz Manchester City Profile

* 243 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester ...

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* 249 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester ...

* 250 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester ...

* 251 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester ...

* 252 Renaud Epstein, « Après la territorialisation, le gouvernement à distance » in VANIER M. (dir) Territoire, territorialité, territorialisation : controverses et perspectives, 2009, Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

* 253 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Alan Kidd Timeline: Manchester 1750-2002

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* 261 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Adam Brown, Justin O'Connor & Sarah Cohen Local Music Policies Within a Global Music Industry: Cultural Quarters in Manchester and Sheffield

* 262 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Adam Brown, Justin O'Connor & Sarah Cohen Local Music Policies Within a Global Music Industry: Cultural Quarters in Manchester and Sheffield

* 263 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Adam Brown, Justin O'Connor & Sarah Cohen Local Music Policies Within a Global Music Industry: Cultural Quarters in Manchester and Sheffield

* 264 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Adam Brown, Justin O'Connor & Sarah Cohen Local Music Policies Within a Global Music Industry: Cultural Quarters in Manchester and Sheffield

* 265 The Guardian, Beatrix Campbell, «Village People», 7 août 2004.

* 266 http://www.shrinkingcities.com/index.php?id=22&L=1

* 267 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Ed Ferrari & Jonathan Roberts Regrowth of a Shrinking City

* 268 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Alan Kidd Timeline: Manchester 1750-2002

* 269 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Ed Ferrari & Jonathan Roberts Regrowth of a Shrinking City : «The city is now recognised to be one of the most vibrant provincial cities in Britain. It has a new and constantly redeveloping city centre, is attracting a new breed of luxury hotels (such as The Lowry); has a large and prosperous residential cohort living in the city centre; staged the 2002 Commonwealth Games; and has seen unparalleled levels of investment in public transportation».

* 270 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester ...p.230.

* 271 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Philipp Misselwitz Manchester City Profile : «The problem of social deprivation appears to be pushed out of the city rather than solved».

* 272 Shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Philipp Misselwitz Introduction : «[...] ... characterised by the simultaneity of growth and ongoing deprivation».

* 273 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester ... p.220 : «The centre is being transformed into a series of playgrounds».

* 274 Jamie Weck & Kevin Ward City of Revolution, Restructuring Manchester ...

* 275 http://www.shrinkingcities.com/index.php?id=22&L=1

* 276 shrinkingcities.com Manchester - Liverpool / Philipp Misselwitz Manchester City Profile