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La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l'horizon 2030

21 juin 2011 : La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l'horizon 2030 ( rapport de l'opecst )

CHAPITRE II : L'ÉTAT DE LA CONTAMINATION DES MILIEUX MARINS MÉDITERRANÉENS

La surveillance de la pollution de la Méditerranée et la lutte contre ses effets sont déjà une histoire ancienne.

La convention de Barcelone sur la protection de la Méditerranée a été initiée en 1975 et amendée en 1995 ; elle a été complétée par huit protocoles depuis sa signature. La mise en oeuvre de ces conventions est confiée à une organisation spécifique, le « Plan d'action Méditerranée » (PAM), dont le secrétariat est situé à Athènes.

Mais la vitesse acquise par plusieurs décennies d'action ne doit pas faire oublier que la connaissance de la contamination des milieux marins est encore très incomplète.

A. UNE CONNAISSANCE ENCORE INCOMPLÈTE

Les interrogations que l'on peut concevoir sur la capacité à dresser un inventaire aussi complet que possible de la pollution de la Méditerranée tiennent à la fois à l'ampleur de la tâche et aux réalités de sa géographie physique et humaine.

1. L'ampleur de la tâche
a) Le nombre de molécules

Suivant les sources, le nombre de molécules naturelles et d'artefacts chimiques connus varie de 18 millions à 37 millions.

Parmi ces substances :

- 100 000 sont sur le marché européen,

- 30 000 doivent être évaluées par les industriels dans le cadre du programme « Reach » d'ici 2018,

- 3 000 sont classées dangereuses,

- et 2 000 sont transportées par voie maritime.

En fourchette haute, et à moyens constants, il faudrait 50 millions d'années pour tester individuellement chacune de ces molécules.

De façon plus réaliste, si on se réfère aux 30 000 substances visées par le programme Reach, les informations que l'on possède actuellement sur leur toxicité sont encore fragmentaires :

- sur 21 % de ces molécules, on ne possède aucune donnée,

- sur 65 % très peu de données,

- sur 11 % des informations minimales,

- et seules 3 % ont été totalement testées.

b) L'étude des « valeurs sûres »

L'ampleur de ce défi explique que les scientifiques ont fait des choix en se concentrant sur les substances jugées les plus dangereuses.

Et, de fait, si on mesure ces choix par les thèmes des publications, on observe que les travaux scientifiques ont été longtemps concentrés sur ce type de produits :

Ces données montrent que ces études ont été très majoritairement consacrées aux produits chimiques dont la toxicité a été relevée dès les années 70 (polychlorobiphényle-PCB, polluants organiques persistants-POP, et hydrocarbures aromatiques polycycliques-HAP) et dont beaucoup sont interdits.

c) Les nouveaux défis

En contrepoint au défi que représente l'ampleur de l'analyse de l'écotoxicité des produits chimiques traditionnels, d'autres champs de recherche émergent :

- les efflorescences de phytotoxines ;

- les nouveaux contaminants, comme les produits pharmaceutiques dont la nocivité sur l'environnement est déjà avérée ;

- les effets croisés des contaminants ;

- l'étude des métabolites de dégradation des polluants,

- et l'action des milieux marins (salinité + soleil) sur l'évolution des polluants qui est très peu étudiée.