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La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l'horizon 2030

21 juin 2011 : La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l'horizon 2030 ( rapport de l'opecst )

CHAPITRE IV : DES FACTEURS D'ÉVOLUTION PRÉOCCUPANTS A L'HORIZON 2030

Si l'on examine les principaux paramètres d'évolution de la pollution en Méditerranée, on peut estimer qu'ils sont à la fois contradictoires et, dans leur ensemble, préoccupants.

Parce qu'à un facteur positif, le durcissement progressif de la réglementation, s'opposent deux facteurs qui portent à un accroissement de la contamination du bassin, la certitude de la progression de la pression anthropique et les effets du changement climatique.

A. LE DURCISSEMENT DE LA RÉGLEMENTATION

Même si l'état et la pollution de la mer Méditerranée n'est pas satisfaisant, on doit se représenter ce qu'il serait si le dispositif réglementaire mis en place progressivement depuis plusieurs décennies n'avait pas été adopté.

Qu'il s'agisse de l'interdiction des polluants les plus dangereux, de la limitation de leur usage, des dispositions sur les eaux continentales, du maillage des stations d'épuration ou du recyclage industriel, des progrès importants ont été enregistrés.

Cet effort a abouti, dans certains cas, à une contention et, dans d'autres, à une diminution des pollutions.

Il est appelé à se poursuivre :

- principalement dans le cadre de l'Union européenne (circulaire REACH, limitation de l'usage des pesticides, stratégie marine de l'Union européenne, etc.) ;

- mais également dans l'espace national. En France, par exemple, les retombées du Grenelle de l'environnement (diminution de 50 % de l'usage des pesticides d'ici 2018) et du Grenelle de la mer se feront peu à peu sentir.

Mais pour positif que soit ce mouvement, on se doit de souligner qu'il comporte un risque : celui d'accentuer la fracture entre une rive Nord où les activités polluantes sont en voie de réduction et une rive Sud où les progrès dans ce domaine demeurent fragiles.

B. LA PRESSION ANTHROPIQUE

1. La croissance démographique

D'ici 2025, le mouvement de croissance démographique enregistré depuis trente ans sur le rivage méditerranéen est appelé à se poursuivre sur la rive Sud, quoique de façon plus modérée du fait de la baisse du taux de fécondité.

Ses principales caractéristiques (littoralisation et urbanisation plus ou moins spontanée) se confirmeront.

Suivant le rapport du « Plan Bleu » mentionné en première partie, la population des régions côtières de la Méditerranée évoluerait ainsi entre 2000 et 2025 :

- sur la rive Nord, la population du littoral resterait stable (autour de 68 millions d'habitants) ;

- sur la rive Sud, la population du littoral croîtrait de 76,7 millions à 108 millions d'habitants, soit une augmentation de 41 %.

A côté de cet accroissement de la population côtière sur la rive Sud, on doit prendre garde à l'accroissement total de la population des Etats riverains du Sud qui passerait de 235 millions d'habitants en 2020 à 327 millions d'habitants (+ 39 %).

En gardant à l'esprit que beaucoup des effluents des populations non côtières vont à la mer.

Sur la même période, l'urbanisation est aussi appelée à progresser :

- sur la rive Nord, la population des villes de plus de 10 000 habitants passerait de 51,1 millions à 53,3 millions d'habitants (+ 4,3 %) ;

- sur la rive Sud, cette population croîtrait de 48,5 millions à 77,8 millions d'habitants (+ 60 %).

Sachant, qu'au Sud, une partie de cet accroissement urbain se fait sous la forme d'une urbanisation informelle peu propice à la mise en place de réseaux d'assainissement et de stations d'épuration. Cet habitat spontané représenterait, suivant les pays, 30 à 60 % de la population urbaine en 2025.

Par ailleurs, la pression démographique saisonnière, représentée par le tourisme, n'est pas appelée à se ralentir.

Selon des sources émanant du « Plan Bleu », on enregistrerait en 2025 un ressaut de 137 millions de touristes nationaux et internationaux supplémentaires, soit une augmentation d'environ 50 %, ce qui porterait la densité moyenne des zones côtières en période de pointe de 2 300 personnes à 3 300 personnes/km²58(*).


* 58 Soit, par exemple, dix fois la densité des Bouches-du-Rhône ou cinq fois celle du Rhône.