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Les toxicomanies (Tome I : Rapport)

30 juin 2011 : Les toxicomanies (Tome I : Rapport) ( rapport d'information )
2. Une avancée pour la santé publique

Les diverses actions de réduction des risques ont, indéniablement, eu un impact positif en matière de santé publique. Comme l'a indiqué M. Serge Longère, président de l'Association française pour la réduction des risques, « la création des [centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues] a permis à plusieurs associations de poursuivre leurs actions de façon pérenne auprès des usagers de drogues. Grâce à ce cadre institutionnel, les usagers de drogues en rupture avec le droit commun ont eu accès à une prise en charge plus globale - échange de seringues dans le cadre de pratiques à moindres risques, meilleures conditions d'hygiène ou prise en charge sociale » (182(*)).

En effet, non seulement les actions de réduction des risques ont amélioré la situation sanitaire des usagers de drogues, mais elles ont aussi offert aux plus précaires une porte d'entrée dans le système de soins.

a) L'amélioration de la situation sanitaire des usagers de drogues

Des résultats encourageants en matière de transmission de certaines maladies contagieuses

La politique de réduction des risques a eu des résultats remarquables s'agissant de la diffusion du virus de l'immunodéficience humaine parmi les usagers de drogues. Le taux de prévalence de ce virus chez les toxicomanes fréquentant les services médico-sociaux spécialisés est ainsi passé de près de 25 % en 1994 à moins de 10 % aujourd'hui. On mesure les progrès réalisés : alors qu'en 1993 on estimait à 1 495 nouveaux cas le nombre de personnes infectées par le virus en raison de l'injection de drogues, celui-ci est descendu à 51 nouveaux cas en 2008. Les nouvelles contaminations sont donc de plus en plus rares.

L'épidémie de virus de l'hépatite C, pour sa part, reste stable à un haut niveau chez les usagers de drogues, avec un taux de prévalence voisin de 50 %. Ce taux avait connu une hausse sensible à plus de 60 % à la fin de l'année 2000 ; il a ensuite un peu fléchi. Si l'on se restreint aux seuls usagers de drogues injecteurs, le taux de prévalence du virus serait chez eux de l'ordre de 60 % ; il semble néanmoins légèrement régresser depuis le début des années 2000. Cette évolution favorable pourrait s'expliquer par l'impact des mesures de santé publique prises et des évolutions des pratiques des usagers de drogues (183(*)).

La situation n'en demeure pas moins très préoccupante : comme on l'a vu plus haut, le caractère très infectieux du virus de l'hépatite C rend son endiguement difficile. Les pratiques de distribution de matériel d'injection stérile constituent une avancée, mais elles ne semblent pas suffire pour lutter efficacement contre le virus. Il est donc positif de constater une accessibilité croissante du traitement antiviral, puisqu'en 2008, selon l'expertise collective de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, 70,5 % des usagers des centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues se déclarant séropositifs au virus de l'hépatite C avaient consulté pour cette pathologie, et 28 %, soit 5,5 % de plus qu'en 2006, étaient sous traitement (2).

Une diminution du nombre de surdoses mortelles

La politique de réduction des risques a permis d'enregistrer une diminution notable du nombre de surdoses mortelles parmi les usagers de drogues, en raison notamment de la grande diffusion des traitements de substitution aux opiacés. Après le pic atteint au milieu des années 1990, où l'on comptait plus de 500 décès par surdose, ce nombre a ainsi rapidement chuté jusqu'en 1998 pour s'établir à environ 200.

Toutefois, la tendance actuelle semble être à une remontée du nombre de surdoses mortelles depuis la deuxième moitié des années 2000. Celle-ci pourrait, selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (184(*)), être imputable à divers facteurs. Le premier serait l'apparition de nouveaux usagers, jeunes et peu connus des centres de soins dont le peu d'expérience et la méconnaissance des substances et de leurs modes de consommation se traduiraient par des conduites plus risquées. L'usage croissant de la cocaïne et autres stimulants depuis le début des années 2000 et la disponibilité accrue de l'héroïne pourraient être une autre explication. Les avancées enregistrées grâce à la politique de réduction des risques ne doivent donc pas être tenues pour acquises, d'autant, comme on le verra plus loin (185(*)), qu'on enregistre un nombre alarmant de décès liés à la prise de méthadone, qui constitue un élément important de cette politique.


* (182) Audition du 23 mars 2011.

* (183) Institut national de la santé et de la recherche médicale, expertise collective, Réduction des risques infectieux chez les usagers de drogues, Les éditions INSERM, juillet 2010, p. 69.

* (184) Éric Janssen, Christophe Palle, « Les surdoses mortelles par usage de substances psychoactives en France », Tendances n° 70, mai 2010.

* (185) Voir la sous-partie b de la partie 2 du présent C.