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Les toxicomanies (Tome I : Rapport)

30 juin 2011 : Les toxicomanies (Tome I : Rapport) ( rapport d'information )

B. DES PRATIQUES QUI SE TRANSFORMENT

Parallèlement à l'évolution des produits stupéfiants, on assiste à une modification de la demande touchant aussi bien les volumes de consommation de chaque type de produits que les modes de consommation, le tout engendrant une adaptation des trafics en vue de « coller » le plus possible aux nouveaux marchés de la drogue.

1. L'évolution contrastée des consommations

De façon générale, et comme l'illustrent les deux graphiques ci-dessous, on observe une hausse assez nette de l'expérimentation de cannabis depuis 1992. Si l'usage d'autres produits illicites reste relativement marginal en France, certaines substances ont néanmoins connu une diffusion croissante au cours des années 1990 et depuis le début des années 2000, comme la cocaïne et les hallucinogènes (LSD et champignons hallucinogènes). Il en va de même de substances synthétiques telles que l'ecstasy ou les amphétamines, dont l'expérimentation a fait plus que tripler entre 1995 et 2005. Les niveaux d'expérimentation d'héroïne sont pour leur part restés relativement stables sur l'ensemble de la période, concernant environ 1 % des 18-44 ans.

Évolution de l'usage de cannabis au cours de la vie
parmi les 18-44 ans depuis 1992


Source : Sondage 1992, SOFRES ; Baromètres 1992, 1995, 1996, 2000, CFES ; sondage 1997 IFOP ; sondage 1997, Publimétrie Grande Écoute ; EROPP 1999, 2002, OFDT ; Baromètre santé 2005 INPES.

Usage au cours de la vie de substances psychoactives (hors alcool, tabac et cannabis) parmi les 18-44 ans depuis 1992

Source : Baromètres Santé 1992-1995-2000-2005, INPES Exploitation OFDT ; EROPP 2002 OFDT

a) Le cannabis, un produit de grande consommation

Selon les chiffres de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), la France compterait aujourd'hui :

12,4 millions d'expérimentateurs de cannabis, c'est-à-dire de personnes ayant déclaré avoir consommé au moins une fois au cours de leur vie ;

- dont 3,9 millions actuels, c'est-à-dire consommateurs dans l'année ;

- et 1,2 millions réguliers, c'est-à-dire reconnaissant au moins 10 consommations de cannabis dans le mois.

Le cannabis est aujourd'hui la première substance illicite consommée en France, cet usage étant surtout le fait de populations jeunes. Avec 31 % des jeunes de seize ans scolarisés déclarant avoir déjà expérimenté le cannabis et 15 % qui déclarent une consommation au cours du mois, la France se situe parmi les tout premiers pays européens en la matière (respectivement à la cinquième et troisième place pour les deux indicateurs).

Cependant, ainsi que l'a commenté M. Jean-Michel Costes, directeur de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), l'usage de cannabis, « après deux décennies d'augmentation régulière, a connu un changement de tendance qui s'est traduit, en 2002-2003, par une stabilisation à un niveau assez haut et, depuis quelques années, par une diminution de la consommation chez les jeunes », qui va d'ailleurs de pair, a-t-il également souligné, avec une diminution du tabagisme chez ces populations (24(*)).

Le docteur William Lowenstein a scindé les consommateurs de cannabis, très schématiquement, en deux populations, « soit des adolescents avec une consommation extraordinairement intense que l'on n'aurait pu imaginer dans les années 1970-1980 et très souvent une psychopathologie associée, soit des adultes de trente-cinq à cinquante-cinq ans qui n'en peuvent mais de leur dépendance, c'est-à-dire de leur consommation modeste mais quotidienne et régulière depuis vingt à quarante ans » (25(*)).


* (24) Audition du 12 janvier 2011.

* (25) Audition du 6 avril 2011.