2. Les perturbateurs endocriniens dans les milieux aquatiques et l'eau potable ?

Comme votre rapporteur vient de le rappeler, des données ont été acquises sur les espèces aquatiques posant la question de l'importance de la pollution des eaux de surface et par conséquent de l'eau potable, d'autant que ces résultats ont pu être obtenus dans les panaches d'eaux résiduaires en sortie de station d'épuration. Depuis le début des années 1990, un grand nombre de travaux ont été effectués sur ce sujet. Votre rapporteur s'appuiera tout particulièrement ici sur un article d'avril 2004 de A. Bruchet et M-L Janex-Habibi (Suez Environnement) paru dans la revue TSM.

a) La présence des hormones

Les hormones animales naturelles (estradiol et ses dérivés) et synthétiques (éthinylestradiol de la pilule contraceptive) sont excrétées par les humains et se retrouvent dans les eaux résiduaires. Les hormones oestrogènes naturelles incluent l'estrone (E1), le 17 â-estradiol (E2) et l'estriol (E3). L'hormone synthétique la plus importante, car utilisée dans les pilules contraceptives est le 17 á-éthinylestradiol (EE2). Les femmes en âge de reproduction excrètent au moins 50 ug/jour d'hormones oestrogènes dans leurs urines. Ce taux peut excéder 5 mg/j pour une femme enceinte. Les hommes en excrètent aussi mais dans des proportions beaucoup plus faibles de l'ordre de quelques microgrammes. La testostérone est également excrétée mais est très bien éliminée par minéralisation dans les stations d'épuration.

Or, ces hormones ont un impact sur la sécrétion de vitellogénine chez les poissons à des seuils de :

- 1 à 10 ng/l de 17 â-estradiol chez la truite arc-en-ciel exposée pendant trois semaines,

- 0,1 à 10 ng/l de 17 á-éthinylestradiol chez les truites mâles exposées pendant 10 jours.

Ces taux peuvent être trouvés dans les eaux résiduaires dans notre pays comme l'avait montré une étude de l'Université de Pharmacie de Chatenay-Malabry (Cargouët et al. 2001) sur les eaux à l'entrée et en sortie de trois stations d'épuration dans les environs de Paris.

CONCENTRATIONS EN oeSTROGÈNES EXPRIMÉES EN NG/L
(m=moyennes des 8 campagnes, s=écart-type) :

Entrée de station

Sortie de station

m#177;s

Mini

Maxi

m#177;s

Mini

Maxi

CORBEIL

Estradiol

20,2#177;20,3

0,61

51,7

6,8#177;7,4

0,04

19,1

Estrone

7,5#177;5,6

0,90

17,6

2,0#177;1,9

0,04

3,62

Estriol

6,2#177;5,0

1,11

14,9

1,6#177;1,2

0,22

3,14

Ethinyl E2

12,2#177;18,3

1,03

48,49

3,9#177;5,4

0,3

14,89

ÉVRY

Estradiol

7,8#177;5,5

0,4

14,41

1,2#177;1,1

0,17

2,2

Estrone

9,0#177;7,0

0,13

19,8

2,8#177;3,0

0,06

7,75

Estriol

11,6#177;7,3

0,45

18

1,3#177;1,3

0,09

3,58

Ethinyl E2

2,5#177;1,1

0,77

4,09

0,7#177;0,6

0,3

1,47

VALENTON

Estradiol

14,7#177;12,7

0,25

36,2

1,6#177;1,1

0,003

2,69

Estrone

7,9#177;4,2

2,19

13,2

2,5#177;2,7

0,2

6,09

Estriol

6,6#177;3,2

0,8

9,75

1,6#177;3,2

0,17

3,65

Ethinyl E2

3,5#177;2,7

1,07

8,89

1,6#177;0,9

0,46

2,93

Les concentrations sont donc très variables. Toutefois les taux d'abattement sont importants de l'ordre de 70 à 85 % sauf pour l'éthinylestradiol où il varie de la moitié aux deux tiers.

Ces concentrations sont donc susceptibles d'induire des perturbations endocriniennes sur les poissons, essentiellement dans le panache de sortie des effluents de stations d'épuration, compte tenu du phénomène de dilution .

b) Les autres perturbateurs endocriniens dans l'eau

D'autres produits sont susceptibles d'avoir de tels effets comme les alkylphénols éthoxylés (APEOs) qui sont contenus dans les produits de nettoyage industriel, les peintures et certains revêtements. Parmi ces produits, l'octylphénol et le nonylphénol ont un effet perturbateur endocrinien démontré in vivo , induisant la production de vitellogénine chez la truite arc-en-ciel à des doses respectives de 10 ug/l et 3 ug/l (exposition de 3 semaines - Jobling, 1996). Là aussi, les enquêtes montrent que ces niveaux peuvent tout à fait être atteints dans les eaux résiduaires et les eaux traitées.

Les phtalates font aussi l'objet d'une attention particulière, notamment le DEHP (diétylhexylphtalate) et le BBP (Butylbenzylphtalate). Leur biodégradation semble assez rapide en condition aérobie mais ils se concentrent dans les boues.

Auditionné par votre rapporteur, Jean-Marie Haguenoer, membre de l'Académie de Pharmacie, a communiqué ces éléments sur la présence de différents phtalates dans les eaux en France :

Le bisphénol A est lui aussi présent dans les eaux urbaines et surtout les eaux industrielles mais il est assez bien dégradé par les systèmes de boues activées.

Les eaux usées sont donc traitées puis diluées dans les eaux de surface. L'eau potable fait quant à elle l'objet d'un traitement qui vise à éliminer certains composés indésirables. Le fonctionnement des usines de potabilisation est plus ou moins sophistiqué et de nombreux procédés peuvent être utilisés avec des résultats d'abattement différents selon les substances.

RENDEMENTS DES STATIONS D'ÉPURATION POUR CERTAINS PE

Substance

Famille

Rendement
(%)

Eau usée - entrée (ug/l)

Eau traitée - sortie (ug/l)

4-nonylphénol

Alkylphénol

84 (60-100)

15,7

1,3

Pentabromodiphényléther

PBDE

98 (90-100)

0,39

Nc

Atrazine

Pesticide

2 (1-30)

0,02

0,02

4-t-octylphénol

Alkylphénol

88 (70-100)

5,6

0,21

Bisphénol A

Polymère phénolé

60 (30-90)

0,16

0,06

4-NP1EO

Alkylphénol

88 (70-100)

9,0

0,47

DEHP

Phtalate

92 (80-100)

52,8

4,2

DDT

Pesticide organochloré

-

-

-

Source : ONEMA, 2011

Compte tenu de l'extrême difficulté de prendre en compte la totalité de ces substances, qu'il s'agisse de perturbateurs endocriniens (plusieurs centaines) ou de résidus médicamenteux (plusieurs milliers), la potabilité n'est pas définie par rapport à une liste de produits contrôlés a posteriori . L'OMS a été amenée, en 2004, à promouvoir une gestion des risques fondée sur les principes dits HACCP, c'est-à-dire, Hazard analysis and critical control points . Concrètement, cela signifie : identifier et hiérarchiser les dangers pour mobiliser les moyens adaptés à leur maîtrise.

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