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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )
2. La place de l'Homme dans l'innovation

Au cours de l'Histoire, il est frappant de constater que toutes les innovations convergeaient vers l'homme, centre de tout. Il s'agissait en effet de bâtir la civilisation, d'améliorer la qualité de vie, de soigner.

Dans la période actuelle, et plus spécialement dans le monde anglophone, il est encore question de solutions « human centric » (centrées sur l'individu). La vague actuelle d'innovation est ainsi comparable à celles que l'on a connues dans l'Histoire. Pour que la population accepte l'innovation, celle-ci doit être perçue comme un moyen concret d'amélioration de la vie réelle, quand elle s'inscrit dans le cadre du progrès.

Toutefois, et comme nous commençons à le constater, plusieurs qualificatifs clés liés à l'innovation, venture capital ou human centric n'ont que des traductions approximatives ou sens différent en français, ce qui témoigne des différences culturelles dans la conception même de l'innovation. Lorsqu'ils sont interrogés, les Français sont moins demandeurs d'innovation : ils ont tendance à préférer l'ancien temps, à idéaliser le passé et non l'avenir, à rebours de l'innovation et du progrès.

L'ampleur de la poussée scientifique et technique actuelle est, sur le plan humain, impressionnante : le nombre de chercheurs dans le monde a dépassé les 10 millions, contre 5 millions il y a quinze ans ; 15 000 articles scientifiques sont publiés par jour, soit 4,5 millions par an ; un million de brevets sont déposés chaque année ; 7,8 millions de brevets sont actifs - mais un quart d'entre eux perd toute valeur dans les trois mois suivant leur dépôt, et moins de 1 % se révéleront rentables - ; les dépenses de recherche et développement sont supérieures à 1 000 milliards de dollars par an ; il existe, dans le monde, 110 000 revues scientifiques.

En Chine et en Inde, pays dans lesquels vos rapporteurs se sont rendus, la poussée est encore plus irrésistible : 1 million de chercheurs en Chine avec un objectif de 4 millions ; 700 000 en Inde avec un objectif de 3 millions... Dans ces pays, innovation et progrès sont encore intimement liés par l'élévation des niveaux de vie (et l'amélioration de la condition humaine).

Le temps de l'innovation s'est accéléré, et cette accélération est telle qu'il s'avère impossible pour un individu d'intégrer et d'assimiler le meilleur état des connaissances. Une personne née au milieu du siècle a connu dans sa vie plusieurs générations d'un même produit, qui devient obsolète avant même de n'être plus fonctionnel : la durée de vie d'une innovation est constamment rattrapée par l'évolution technico-scientifique.

Les produits innovants n'ont rapidement plus aucune valeur, l'innovation désenchante l'innovation, la « teneur marginale en progrès » de l'innovation semble toujours décroître.