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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )
d. La situation des pays émergents doit être suivie avec attention, car elle peut préfigurer certaines orientations nouvelles

(i) En Inde

Plusieurs structures contribuent à un développement rapide de potentiels scientifiques importants : ses parcs technologiques, les chambres de commerce et les universités.

- Le rôle des parcs technologiques.

Les objectifs poursuivis par le parc de Pune, clairement définis, montrent bien ce que peut faire une telle structure. Le parc a en effet pour buts de créer un endroit favorable à la croissance économique, basé sur la technologie, respectueux de la nature et de la qualité de la vie, et soucieux du développement durable ; d'attirer les meilleurs chercheurs internationaux ; de faciliter l'adaptation à la demande technologique émergeant d'un marché globalisé ; de développer de nouvelles demandes ; d'accélérer le développement d'une industrie de niveau mondial.

Son ambition est d'attirer 25000 chercheurs du monde entier et de créer un nombre très important d'emplois primaires et secondaires. Il repose sur la volonté philosophique de créer une ville caractérisée par sa sagesse, ses connaissances, et sa créativité.

- Le rôle des chambres de commerce.

La CCI de Pune, forte de 2800 membres, dont 1500 PME, travaille sur les nouveaux secteurs émergents et sur l'amélioration de la qualité. Elle élabore des « white papers » pour le gouvernement et fournit des consultations gratuites sur les brevets, les marques et la protection intellectuelle, ainsi que sur l'utilisation de l'énergie. Elle diffuse les informations utiles aux entreprises sur les programmes gouvernementaux.

Elle aide aussi les start-up à trouver des financements, qui proviennent notamment du Fonds fédéral de développement des technologies. Elle les met en relation avec des capital riskers, qui sont souvent des investisseurs indiens ayant vécu à l'étranger ou qui y vivent encore, ou des entreprises cherchant à se diversifier. Même si les possibilités de financement sont moins importantes qu'en Californie, les sommes disponibles sont importantes et la difficulté principale vient de la difficulté à trouver des entrepreneurs.

Cette CCI a créé le premier cluster pour l'industrie automobile, ainsi qu'un laboratoire de test des aliments. Elle travaille sur le contrôle de l'émission de carbone et est impliquée dans la construction d'aéroports, de métros et de systèmes de transport de masse. Elle a reçu des récompenses pour sa contribution à l'innovation.

- Le rôle des structures créées par l'université.

En Inde, l'accompagnement de l'innovation passe principalement par les instituts de technologie (les ITT, Indian Institutes of Technology), centres d'excellence universitaires hautement compétitifs où sont formés 70 % des docteurs ingénieurs du pays. Sponsorisés par l'industrie, ils se sont dotés de structures leur permettant de trouver des applications commerciales pour la recherche qui y est faite, comme la Fondation pour l'innovation et les transferts de technologie à Dehli.

Cette fondation, qui ne dispose pas de financements publics, cherche à créer une culture de l'innovation dans des milieux très divers. Elle fournit à cette fin des conseils, fait de la recherche pour l'industrie, facilite la création de start-up et les aide à trouver des financements publics. Elle gère également les brevets dont le produit est partagé entre l'innovateur qui en perçoit 60 % et l'ITT qui en reçoit 40 %.

Dans un contexte où les subventions à la recherche augmentent de 25 à 30 % par an, et où l'inflation est de 7%, son action est néanmoins freinée par l'insuffisante motivation des chercheurs indiens à créer leur entreprise et par l'absence de liens historiques entre les universités et les entreprises.

C'est pourquoi l'ITT de Bombay a créé pour sa part une société pour l'innovation et l'entreprenariat qui sert d'incubateur pour les projets de ses chercheurs. Cette société est une entité juridique distincte, contrôlée par l'ITT et considérée comme un département de l'université. Elle a le droit de détenir des actions et de les vendre, ce que ne peut pas faire l'université. Elle réunit actuellement 15 entreprises dans cet incubateur, et bientôt 50, à qui elle offre divers services de secrétariat, et des contacts. Elle assure les relations avec ses réseaux, fournit une aide en management et facilite la levée de fonds.

L'une des entreprises qui a bénéficié de son action, Zeus Numerix, spécialisée en haute technologie, emploie après 7 ans d'existence 40 employés et travaille sur la réduction du poids des lanceurs spatiaux, sur la réduction de la pollution sonore des avions, sur le refroidissement des réacteurs nucléaires, sur la simulation des courants d'air pour les champs d'éoliennes, et sur la simulation des incendies.

(ii) En Chine

La Chine a également des parcs de développement technologique dont l'efficacité est largement liée au centre TORCH, une structure nationale finançant des parcs technologiques.

- Le centre TORCH

Etabli en 1990, il relève du ministère des sciences et des technologies et emploie 108 personnes.

Il a pour missions de commercialiser les résultats de la recherche et développement ; de leur donner une suite industrielle ; d'internationaliser les entreprises scientifiques et technologiques. Son action repose sur les agences de transfert de technologie, sur les centres de promotion de la productivité, et sur du capital risque.

Il soutient des projets ayant atteint un certain niveau de maturité, dispose de fonds pour aider la création d'entreprises innovantes et le développement de nouveaux produits.

Son action est complétée par des avantages fiscaux : crédit d'impôt pour les entreprises d'high tech, pour les entreprises de services utilisant la haute technologie, pour les transferts de technologies et pour les pépinières d'entreprise. Il facilite par ailleurs l'introduction en bourse.

- Les parcs technologiques.

Beaucoup d'entreprises innovantes naissent dans les 84 parcs technologiques chinois. Participent à leur action 375 universités, 303 centres de recherche, 406 laboratoires ouverts, 292 plateformes de tests et 118 centres de transfert de technologie.

Les investissements dans ces parcs, qui représentent 40 % de la totalité des investissements de recherche et développement en Chine, se sont élevés à 20 milliards d'euros en 2009. Il en découle 53 000 brevets, soit la moitié des brevets chinois.

Ils sont financés par un fonds de soutien à la création d'entreprises (Innofund, doté par l'Etat de 300 millions d'euros chaque année, abondés par les autorités locales, le total atteignant 3 milliards d'euros), et par des fonds de capital risque où investit TORCH.

Ils permettent la mise en place de marchés de produits technologiques qui conduisent à la commercialisation des innovations technologiques. Ces marchés facilitent la circulation des technologies sur l'ensemble du territoire et l'utilisation par la Chine des technologies étrangères.

A titre d'exemple, le parc technologique de Zhongguancun ouvert en 1988, dans un quartier regroupant des universités centenaires, regroupe aujourd'hui 16000 entreprises sur des centaines d'hectares. Le premier du genre, il a aujourd'hui pour ambition de passer du concept de parc technologique à celui de ville de l'innovation.