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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )
c. L'expérience des clusters de pointe en Allemagne, mais aussi la mise en place de nouvelles structures à Karlsruhe, ne peut que stimuler l'imagination

(i) Les clusters de pointe

Le cluster de pointe Forum Organic Electronics en Allemagne, à Heidelberg, a pour ambition  de créer un pôle international d'excellence, à partir d'une expérience réussie menée au niveau d'une région européenne, en regroupant des entreprises de taille mondiale, qui installent des laboratoires sur place. Ses dirigeants estiment que la contrainte principale est de tenir dans la durée et d'obtenir des financements suffisants.

Un autre cluster, dans le domaine de la santé, est particulièrement intéressant.

Le cluster de Heidelberg spécialisé en biologie et en santé

Ce cluster regroupe 77 PME (qui représentent 3 100 emplois), 3 grandes entreprises d'échelle internationale - Roche, Merck Serono, Abbott (qui ont créé 16 000 emplois), 6 universités et plusieurs instituts de recherche (dont l'Université d'Heidelberg, classée n° 45 au niveau mondial, (tandis que Cambridge est n° 2), l'Hôpital universitaire de Heidelberg (dont le budget est d'un milliard d'euros), le Centre allemand de recherche sur le cancer et le Laboratoire Européen de Biologie Moléculaire.

Ce cluster est situé sur un campus  de 140 hectares, avec un parc technologique de 50 000 m2 d'espace pour des laboratoires et des bureaux. Cet espace étant devenu insuffisant, il est actuellement prévu de créer un nouveau campus de 20 hectares, ainsi que 19 000 m2 de laboratoires et de bureaux.

Son financement provient de 4 sources : l'association régionale de biologie, le parc technologique de Heidelberg, la chambre de commerce Rhin-Neckar, et la métropole-région Rhin-Neckar qui regroupe 2,5 millions d'habitants dans trois Länder (Baden Wurtemberg, Hessen, Rheinland-Pflaz). Son budget est de 1,6 millions d'euros, provenant notamment de la vente de services (organisation de transferts de technologies, formation continue en management et en leadership pour des jeunes talents en biologie, proposition d'infrastructures immobilières, développement d'espaces). Le cluster s'est fixé comme objectif de ne plus avoir besoin de financement public en 2013.

Il coopère avec des clusters comparables en Angleterre (celui de Cambridge) et en Belgique (celui de Leuven) dans le cadre de l'organisation Health Axis Europe.

Son succès repose sur un réseau de relations et sur la possibilité d'organiser des contacts rapides au plus haut niveau avec des maires des grandes villes, des recteurs, des directeurs de centres de recherche. Il tient également à la combinaison de compétences qu'il permet entre science, politique, économie, finance et recherche.

(ii) La création d'une structure ambitieuse, regroupant université et grand centre de recherche

Le KIT (Karlsruhe Institute of Technology) est une entité juridique nouvelle résultant de la fusion d'une université et d'un centre de recherche (l'Helmholtz Center). Sa structure originale lui permet de poursuivre des missions complémentaires et de se consacrer non seulement à l'enseignement et à la recherche, mais également à l'innovation. Ce souci d'innovation organisationnelle résulte de sa volonté d'être un partenaire important pour l'industrie, en exerçant trois fonctions : la production et le transfert d'idées ; le développement et l'établissement de liens commerciaux ; l'échange de ressources humaines entre université, recherche et entreprises. Son financement est assuré par l'Etat fédéral et le Land du Bade Würtemberg.

La loi qui l'établit en 2009 a voulu le doter de moyens permettant de réagir plus rapidement, en utilisant les infrastructures et le potentiel humain présent dans l'enseignement et la recherche à Karlsruhe. Cet objectif est atteint : malgré les difficultés inhérentes à toute fusion, les divers partenaires considèrent qu'ils sont plus efficaces.

Cette structure qui reste unique en son genre en Allemagne permet de nombreuses synergies, et un travail commun entre des milliers de chercheurs et d'enseignants (Son campus nord comprend 20800 étudiants, 5567 scientifiques, 2500 doctorants, 375 professeurs, 11 facultés, et 157 instituts).

Les contacts avec les centres du KIT spécialistes de la mobilité, des nanotechnologies, de l'environnement et du climat ont permis de mettre en évidence une méthode permettant de tirer parti de diverses synergies : entre l'enseignement supérieur et la recherche, entre ces deux entités et l'industrie, mais aussi entre pays différents grâce à la constitution de projets communs et de clusters, et à la participation à quatre programmes européens.

Son positionnement est original : l'un de ses instituts, l'ITAS, assiste la structure du Bundestag -le TAB- chargée de le conseiller en matière d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Ses centres Climat et Environnement, Astrophysique et Optique ont une méthode d'enseignement originale : les doctorants doivent passer trois mois à aborder une discipline différente (telle que le management ou la comptabilité) ce qui les prépare à la création d'entreprises ou à la gestion de PME.

Son approche est profondément interdisciplinaire. Le regroupement de compétences diverses en un même lieu permet d'être plus efficace, notamment dans le domaine de la gestion des catastrophes, dans un environnement politique en évolution rapide qui rend nécessaire une plus grande adaptabilité et la recherche de nouvelles solutions.