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L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )
2. Une innovation est-elle toujours plus risquée qu'une technologie bien rodée ?

De par son activité même, l'entrepreneur qui innove perturbe son environnement, et le fait basculer dans un monde différent, autre, dans un mouvement mondial de compétition l'obligeant sans cesse à réaliser ce travail de déstabilisation, de perturbation.

Une technologie éprouvée est généralement perçue comme dénuée de risque. En effet, chacun considère qu'il a pu vivre avec sans subir trop de problèmes, et que par conséquent, la balance bénéfice-risque étant connue, elle est à privilégier sur la balance bénéfice-risque incertaine d'une innovation.

Ce mode de pensée est confirmé par de nombreux paradoxes entrant en contradiction avec des principes fondateurs de la théorie de la décision. En effet, si l'élément généralement pris en compte par les décideurs et les scientifiques dans leurs décisions est le risque, ce n'est pas le seul élément déterminant pour le citoyen, dont les connaissances sont, par définition, moindres que celles de l'expert dans son domaine de compétence.

L'aversion à l'incertitude joue en effet un rôle majeur dans la prise de décision, et la réponse à la question de cette sous-partie est donc difficilement possible. En réalité, une innovation est souvent perçue comme plus risquée car les éléments qui la composent sont moins bien connus.

Cette méconnaissance engendre de l'incertitude, et l'Homme, à choisir entre un certain niveau de risque et un certain niveau d'incertitude, se détourne généralement de l'incertitude, comme le montre le paradoxe d'Ellsberg.

Le paradoxe d'Ellsberg

Le paradoxe d'Ellsberg est un phénomène issu de la théorie de la décision. En effet, il permet de montrer assez simplement que, face à un choix comportant risque et incertitude, l'esprit humain tend à écarter l'incertitude.

Le paradoxe émerge car, dans le cas particulier proposé par M. Daniel Ellsberg, les options retenues par l'individu écartent les situations incertaines, mais sont exclusives l'une de l'autre, donc incohérentes. Voici ce paradoxe :

Soit une urne contenant 90 boules dont :

- 30 boules de couleur rouge ;

- 60 boules dont x de couleur noire et y de couleur jaune.

Deux tirages indépendants sont proposés. Dans le premier tirage, il faut faire le choix entre l'une des deux options suivantes :

A. vous gagnez 100 euros si une boule de couleur rouge est tirée

B. vous gagnez 100 euros si une boule de couleur noire est tirée

Ensuite, dans la même configuration, un deuxième tirage est proposé :

C. vous gagnez 100 euros si une boule de couleur rouge ou si une boule de couleur jaune est tirée

D. vous gagnez 100 euros si une boule de couleur noire ou si une boule de couleur jaune est tirée

Ainsi, pour le A, le nombre de boules rouges (30) est connu.

Pour le B, le nombre de boules noires (x) est inconnu.

Pour le C, le nombre de boules rouges est connu (30) mais le nombre de boules jaunes (y) est inconnu.

Pour le D, le nombre de boules noires et jaunes est connu (60).

L'expérience menée par M. Ellsberg montre que l'écrasante majorité des personnes sondées choisiront A et D, c'est-à-dire qu'ils choisiront les tirages liés aux probabilités certaines. Pourtant, ces deux choix sont incohérents.

En effet, le choix de l'option A suppose qu'il y a plus de boules rouges que de boules noires dans l'urne, et donc qu'il y a plus de 30 boules rouges et moins de 30 boules noires. Donc il y a plus de boules rouges que de boules noires.

A contrario, le choix du pari D implique que l'on considère qu'il y a plus de boules noires que de boules rouges.

Ainsi, les deux fois, la décision est portée sur le choix où une probabilité est connue, et les choix incertains sont écartés.