Allez au contenu, Allez à la navigation



L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques

24 janvier 2012 : L'innovation à l'épreuve des peurs et des risques ( rapport de l'opecst )

C. VERS UNE ÉCHELLE OU UNE MATRICE DES RISQUES PERÇUS

Il existe depuis une quarantaine d'années d'importants travaux en sciences sociales sur la perception du risque et le public understanding of science, dont il faut tenir compte si l'on veut aborder sérieusement ces questions.

1. Le baromètre IRSN

Le Baromètre sur la perception des risques et de la sécurité est publié par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Parmi les sujets de préoccupations majeures des Français, les risques économiques - le chômage pour 41 % des personnes interrogées, la misère et l'exclusion pour 35 % - devancent toujours les risques environnementaux et technologiques - la dégradation de l'environnement pour 21 %, les bouleversements climatiques pour 17 %, les risques alimentaires pour 4 %. S'agissant des situations à risque, les OGM se situent au 19e rang sur 32, loin derrière le tabagisme des jeunes, la drogue et la pollution atmosphérique.

En revanche, seuls 13 % des Français estiment qu'on leur dit la vérité sur les dangers que représentent les OGM pour la population - ce qui place ceux-ci en queue de classement, avec les nanoparticules, les antennes de réseaux pour la téléphonie mobile et les déchets radioactifs - et 19 % ont confiance dans les autorités pour assurer leur protection dans ce domaine. L'explication la plus convaincante est qu'il s'agit d'une famille de risque où l'exposition n'est pas volontaire : on a ipso facto une relation de défiance potentielle envers les institutions chargées de contrôler le risque.

L'échelle des risques a donc comme intérêt de mesurer le risque perçu et non le risque avéré, dans la mesure où il est possible de le déterminer.

2. L'échelle des risques mesurée par notre questionnaire

Les résultats du baromètre IRSN correspondent peu ou prou à ceux de notre propre enquête, qui portait sur un panel bien plus petit et donc qui ne peut être qualifiée de sondage.

Pourtant interrogés avant Fukushima, les lycéens considéraient déjà le risque d'accident nucléaire comme le risque majeur alors que les experts de l'IMdR et les étudiants de Sciences Po le tenaient, eux, pour faible. Il y a là une nette divergence alors qu'il existe une convergence par exemple sur le risque perçu du réchauffement climatique.

Tous considèrent le risque présenté par les OGM comme très faible. Les lycéens ne sont pas non plus inquiets pour les risques présentés par les ondes électromagnétiques ou les nanotechnologies. Sur ces trois thèmes, qui font pourtant régulièrement l'actualité, les lycéens de Haute-Savoie et de Lorraine sont d'accord.

En revanche, les spécialistes et les jeunes ne s'accordent pas sur les risques des manipulations génétiques. De même, les questions éthiques soulevées par la possibilité de disposer d'organes de rechange inquiètent les premiers, pas les seconds.

Les questions démographiques avec le vieillissement de la population mobilisent beaucoup les étudiants de Sciences Po alors que les lycéens, comme les experts de l'IMdR, perçoivent ce risque comme moyen.

Il y a ainsi une divergence d'appréciation sur les sujets comme la démographie, l'éthique, les manipulations génétiques, l'accident nucléaire et même l'accident industriel - les jeunes sont beaucoup plus sensibles à ces derniers que les spécialistes de l'IMdR.

S'agissant du stockage des déchets radioactifs, que celui-ci soit effectué en couche géologique profonde ou dans des conditions nulles de sécurité, les lycéens placent les deux mêmes niveaux de risque, alors que les étudiants de Sciences Po et les spécialistes de l'IMdR établissent une distinction nette.

On peut possiblement en déduire que, pour les lycéens, ce sont véritablement le mot « nucléaire » ou « radioactif » qui importent, et non les conditions dans lesquelles l'activité est menée.