Allez au contenu, Allez à la navigation



Les enjeux de la biologie de synthèse (Rapport)

15 février 2012 : Les enjeux de la biologie de synthèse (Rapport) ( rapport de l'opecst )
b) Les réponses négatives

On peut distinguer cinq raisons pour contester que la BS soit une science nouvelle, à part entière.

En ce qui concerne la recherche sur les proto-cellules, l'une des formes de recherche de la BS, la démarche bottom up, vise à reconstituer des cellules vivantes à partir d'éléments du vivant. Selon le professeur Jean Weissenbach, directeur du Genoscope à Evry, la recherche fondamentale en ce domaine a été initiée par Steve Rassmussen aux États-Unis et la recherche finalisée concernerait le ciblage de cellules cancéreuses, par exemple. En revanche, le professeur Weissenbach considère que ceux qui prétendent reconstituer la vie à partir de la matière inerte font de la science-fiction.

Une deuxième raison tiendrait au fait que la BS ne peut prétendre au statut de science, faute d'une maturité suffisante. Selon Richard Kitney, professeur à l'Imperial College de Londres, elle en serait au même stade de développement que la microélectronique dans les années 50, ce qui signifie à ses yeux que la BS n'a pas encore formulé ses théories ni ses lois propres.

La troisième raison conteste l'idée que la BS ait introduit une rupture qui puisse lui conférer le statut d'une science à part entière. C'est la position précédemment évoquée de la Commission présidentielle américaine de bioéthique qui déclare que la BS est « profondément enracinée dans la biologie moléculaire ».

Cette position est partagée par des scientifiques, tels que la professeure Pamela Silver, chercheure à la Harvard Medical School à Boston, qui estime que la BS est le fruit des progrès de la biologie moléculaire, même si, par ailleurs, elle en a reformulé les questions. Quant au professeur Ron Weiss, comme on l'a vu précédemment, il a estimé que la BS pouvait par certaines de ses méthodes être considérée comme une nouvelle science. Il a néanmoins déclaré lors de son audition par la Commission présidentielle américaine de bioéthique qu'il existait un continuum entre la biologie moléculaire et la BS, ajoutant que « tracer des frontières claires entre BS, génie génétique et biologie des systèmes et d'autres disciplines est peut-être utile dans la presse. Mais, pour ce qui est des recherches effectuées dans mon laboratoire, il s'agit d'intégrer toutes ces disciplines, en vue de parvenir à une approche de problèmes spécifiques, propre à faciliter l'ingénierie de la biologie. »

Quatrième raison, la BS ne peut être regardée comme une science parce qu'elle serait clairement une technologie. Philippe Lejeune, professeur à l'INSA de Lyon, fait ainsi une distinction nette entre la recherche dite fondamentale, qui relève du domaine de la science, et la recherche dite appliquée, qui relève de la technologie, plaçant la BS dans le domaine de la recherche appliquée.

Enfin, la cinquième raison émane d'une vision particulière de la science et de la technologie, celle d'un courant de pensée sociologique et philosophique spécifique, les « science studies ». Elle a été exprimée par Evelyne Fox Keller, professeure au MIT, qui s'interroge sur le caractère hybride de la BS dans un article au titre provocateur : « What does Synthetic Biology have to do with Biology ? »27(*). Pour elle, la BS, comme les autres disciplines scientifiques, est une « technoscience », une discipline où la division classique entre science et technologie est de moins en moins évidente. Elle considère enfin que la BS serait « une alternative synthétique à la biologie », en accord avec Drew Endy, professeur à Stanford.

RÉSUMÉ DE LA SITUATION DE LA BS PAR RAPPORT AUX AUTRES DISCIPLINES

Source : document communiqué par Magali Roux


* 27 Evelyne Fox Keller, « What does Synthetic Biology have to do with Biology ? », Biosocieties, 2009.