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Les enjeux de la biologie de synthèse (Rapport)

15 février 2012 : Les enjeux de la biologie de synthèse (Rapport) ( rapport de l'opecst )

PRÉAMBULE AUX RECOMMANDATIONS

Cinq idées-forces me paraissent essentielles à mettre en exergue, en préambule aux recommandations précisées ensuite et en synthèse de ce rapport qui a essayé de faire un point le plus précis possible sur l'état de l'art de la BS et les questions qu'elle suscite.

1. Son apport essentiel pour la recherche fondamentale

La BS, nous l'avons vu, mérite des investigations et investissements à la hauteur des conséquences pressenties pour ses applications industrielles, sanitaires, environnementales. Mais elle constitue aussi et certains diront surtout une approche très novatrice pour la recherche fondamentale en biologie. Elle permet d'approcher la complexité des réseaux au-delà de ce que la biologie moléculaire peut faire aujourd'hui. De ce point de vue, elle peut être considérée comme une approche de rupture pour la recherche fondamentale. Investir dans la BS est donc essentiel pour mieux comprendre le fonctionnement du vivant.

2. Le lien constant entre recherche fondamentale et appliquée

Une autre caractéristique de la BS est qu'il est impossible d'aborder ses applications sans revenir aux problèmes fondamentaux. Faire de l'artémésinine ou de l'hydrocortisone dans une levure ne peut pas se réduire à l'adjonction d'une voie de synthèse dans cette levure. Il faut aussi contrôler un ensemble de circuits internes qui détournent cette voie de synthèse.

3. L'exigence de l'interdisciplinarité

L'interdisciplinarité est souvent évoquée comme un moyen de générer des innovations aux interfaces des disciplines. Dans le cas de la BS, c'est une véritable exigence qui tient à la nécessité de modéliser, de simuler et de pratiquer un aller-retour constant entre l'ordinateur et la paillasse humide. Il s'agit d'une véritable intégration des compétences dans un même processus. La BS nécessite donc une nouvelle approche de la formation mais aussi de l'organisation de la recherche elle-même et, plus tard, de l'organisation industrielle.

Cette exigence de l'interdisciplinarité est d'autant plus forte que Mme Anne Fagot-Largeault a constaté en France de vives réticences de la part des scientifiques « durs » à faire appel aux SHS. Selon elle, ces réticences sont partiellement liées à la confusion des SHS avec des groupes, tels que les anti-OGM ou bien PMO (à Grenoble) avec lesquels il est difficile de discuter.

4. Une ambition nouvelle pour le dialogue science-société

L'émergence de la BS pourrait être l'occasion, en France, de mettre en place un certain nombre d'initiatives concrètes permettant un dialogue public apaisé et constructif, à l'image de ce qui s'est fait au Royaume-Uni. Au-delà, elle pourrait faire l'objet d'une ambition nouvelle, peut être utopique, mais qui mérite d'être tentée : celle d'une véritable culture de démocratie participative permettant à la société et à la science de « co-évoluer » et de s'enrichir mutuellement dans un processus commun.

5. Une expertise nationale à pousser, sous peine d'être distancé par les autres pays

Comparé à d'autres pays comme les États-Unis, le Canada, l'Allemagne, la Suisse, la Chine et quelques autres, le retard de la France est préoccupant, alors que nous disposons de laboratoires de biologie moléculaire exceptionnels, d'une école de mathématiques et d'informatique de très haut niveau et de physiciens toujours à la recherche de nouveaux champs de découvertes. Les programme des Investissements d'avenir et, singulièrement, le fleuron que représente Saclay, n'intègre (si l'on exclut Jouy-en-Josas) aucune véritable recherche, fondamentale comme appliquée, en biologie de synthèse. Comme l'écrivait de façon provocante le neurobiologiste et neurologue Hervé Chneiweiss récemment : « La France peut-elle manquer le train de la bioéconomie ? »249(*).


* 249 Cf. tome II, Annexes.