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Services publics, vie chère, emploi des jeunes : La Réunion à la croisée des chemins

18 juillet 2012 : Services publics, vie chère, emploi des jeunes : La Réunion à la croisée des chemins ( rapport d'information )
2. La lutte contre la délinquance

Les caractéristiques de la délinquance de La Réunion sont spécifiques. Elles se rapprochent davantage de celles de la métropole que des autres départements d'outre-mer bien qu'il existe plusieurs similitudes avec la Martinique et la Guadeloupe.

On constate également la perte de repères de la société traditionnelle, avec un certain nombre de facteurs, notamment la moindre importance des corps intermédiaires, l'augmentation des familles monoparentales, la prégnance du problème d'alcool notamment chez les jeunes, ce qui n'est pas sans conséquence en matière de sécurité routière, de violences intrafamiliales et de relations de voisinage.

a) Des phénomènes de violence moins marqués qu'en métropole

Le taux de criminalité s'élève à 37,6 crimes et délits pour 1 000 habitants ce qui place La Réunion au 65ème rang des départements en termes de sécurité26(*). Alors que ce département est au 24ème rang en termes de population, on constate que, malgré une croissance démographique élevée, les faits d'insécurité placent La Réunion comme un département relativement sécure. Par ailleurs, le taux d'élucidation s'élève à 44,83 %, soit environ 10 points supérieurs par rapport au niveau national.

Les Réunionnais sont moins exposés à la violence qu'en France hexagonale : les victimes représentent 36 % des personnes âgées de 18 à 75 ans, soit sept points de moins qu'en métropole.

Selon l'enquête de victimisation réalisée pour la première fois par l'Insee pour La Réunion27(*), « Les violences subies sont de toutes sortes et recouvrent différents degrés de gravité : insulte, dégradation de voiture, vol, viol, etc. » Ces violences peuvent être réparties en deux catégories principales :

- les atteintes aux biens ;

- les atteintes aux personnes.

(1) La baisse des atteintes aux biens

Les atteintes aux biens s'élèvent à 16/1000 en 2011 contre 20,5/1000 en métropole et 21/1000 en outre-mer.

En 2011, on estime que 19 % des ménages ont subi des vols et des dégradations de biens leur appartenant (véhicules, logement, fraude bancaire), contre 23 % en France hexagonale. On constate 22,1 faits pour 1 000 habitants, ce qui place La Réunion au 71ème rang national.

La multiplication des cambriolages reflète une délinquance de crise sociale et économique. Comme le présente le tableau suivant, on constate une diminution du nombre de faits constatés entre 2007 et 2012 et, parallèlement, une hausse du taux de résolution sur la même période.

Les atteintes aux biens à La Réunion entre 2007 et 2011

Année

Faits constatés

Faits élucidés

Taux de résolution

2007

19 213

3 099

16,13 %

2008

18 685

3 191

17,08 %

2009

17 965

3 191

17,16 %

2010

17 258

3 376

19,56 %

2011

17 880

3 204

17,92 %

Source : Préfecture de La Réunion.

(2) L'importance des atteintes aux personnes

Selon l'enquête précitée de l'Insee, 18 % des Réunionnais sont victimes d'atteintes personnelles (contre 19 % en métropole). Celles-ci peuvent prendre différentes formes : insultes, menaces, vol avec ou sans violence, violence physique par une personne extérieure au ménage.

Les atteintes volontaires aux personnes se caractérisent par une part importante des violences physiques non crapuleuses28(*) qui représentent près de 70 % des faits, avec 8,31 faits pour 1 000 habitants, ce qui place l'île au 19ème rang national. En parallèle, on constate une diminution de 22 % des violences sexuelles. Le taux de résolution de ces délits est élevé car ils sont souvent commis dans le cadre du cercle familial.

S'agissant des atteintes dites sensibles, qui sont des actes à caractère sexuel commis par une personne extérieure au ménage ou des actes de violence exercés par un membre du ménage, le nombre de victimes à La Réunion s'élève à 9,5 %, soit trois points de plus qu'en France métropolitaine. Les actes recouverts par cette catégorie peuvent engendrer, selon les victimes, des traumatismes importants et s'ils sont perpétrés par un membre du ménage, l'acte est considéré comme une circonstance aggravante. Les violences faites aux femmes représentent une forme spécifique des atteintes dites sensibles, en raison notamment de certaines conduites addictives (mélange d'alcool, consommation de zamal29(*) ou de médicaments) qui facilitent le passage à l'acte.

Les violences non crapuleuses à La Réunion entre 2007 et 2011

Année

Faits constatés

Faits élucidés

Taux de résolution

2007

3 503

2 754

78,62 %

2008

3 613

3 054

84,53 %

2009

3 841

3 071

79,95 %

2010

3 751

3 174

84,62 %

2011

3 959

3 333

84,19 %

Source : Préfecture de La Réunion.

Les violences familiales à La Réunion

Les violences sexuelles par une personne extérieure au ménage sont les plus fréquentes et concernent 7 % de la population (4,4 % en France métropolitaine). La plupart ont été victimes d'actes « légers », tels qu'une exhibition, un baiser volé ou un geste déplacé. Ces agressions peuvent néanmoins être traumatisantes. Les violences sexuelles plus graves tels que les attouchements, les viols ou tentatives de viol concernent un peu plus de 1 % de la population.

Au sein du ménage, 3,9 % des personnes sont exposées à la violence d'un proche (2,4 % en France métropolitaine). A l'origine, ces violences prennent souvent la forme de menaces. Les victimes de violences intrafamiliales subissent essentiellement des violences physiques, parfois répétées. Les menaces seules ou les violences sexuelles sont moins fréquentes. Les violences intrafamiliales sont souvent graves : 42 % des victimes ont subi des blessures physiques et 43 % ont des dommages psychologiques importants.

Les violences intrafamiliales sont souvent récurrentes. Ainsi, la moitié des victimes de violences intrafamiliales en 2009 ou 2010 avaient déjà vécu antérieurement des violences de la part d'un membre ou d'un ex-membre de leur ménage, que ce soit à La Réunion ou en France métropolitaine. L'auteur des violences passées est parfois le même que celui des violences actuelles, mais il peut être aussi un autre membre du ménage ou un ancien membre du ménage (ex-conjoint, père, mère). A La Réunion comme en France métropolitaine, 11 % de la population a subi des violences intrafamiliales avant 2009. Par contre, les victimes se sont davantage séparées de l'auteur des violences en France métropolitaine.

Les violences intrafamiliales sont particulièrement prégnantes à La Réunion. Dans une société réunionnaise en mutation, les rapports hommes-femmes évoluent et ces changements peuvent être générateurs de violence. Comme dans certaines régions françaises, ces rapports sont encore marqués par une éducation stéréotypée des filles et des garçons. Mais les femmes deviennent aussi de plus en plus autonomes. Elles ont plus de facilités à dire ce qu'elles pensent ou à s'opposer, ce qui peut provoquer un comportement violent du conjoint. Les problèmes d'alcool, répandus à La Réunion, peuvent être un facteur aggravant. De surcroît, l'insularité peut compliquer la libération de la parole et l'éloignement du membre de la famille violent. Ainsi, la victime ne sera jamais très loin d'un ex-conjoint ou d'un parent violent, ce qui peut l'inciter à se taire.

Six victimes de violences dites sensibles sur dix sont des femmes, et sept sur dix pour les violences intrafamiliales. Les citadins qui vivent en appartement, et plus particulièrement en ZUS, sont plus souvent exposés aux violences dites sensibles. De même, les personnes en familles monoparentales sont davantage victimes que les couples. Ce sont en fait surtout des femmes qui vivent seules avec leurs enfants, dans une situation de plus grande vulnérabilité en particulier vis-à-vis d'un ancien conjoint. Elles ont pu également se séparer d'un conjoint violent qui continue à les menacer.

L'auteur des violences dites sensibles est un membre du ménage dans un cas sur trois. Le conjoint est l'auteur le plus fréquemment déclaré en cas de violences intrafamiliales. Enfin, dans le cas des atteintes sexuelles en dehors du ménage, la moitié des victimes connaissent leur agresseur.

Source : Insee Partenaires - mars 2012.

S'agissant des stupéfiants, bien que, durant les phénomènes sociaux de février 2012, on a dénombré 17 pharmacies brûlées, il n'existerait pas d'économie souterraine organisée de la drogue. Seul se maintient un commerce de proximité de drogue. Selon le général Laurent Muller, major général de la gendarmerie, la forte mobilisation des gendarmes a permis d'enregistrer des résultats en hausse concernant la répression de la consommation de stupéfiants (+ 11,43 % entre 2010 et 2011) malgré une baisse des faits de trafic et de revente ( - 15,38 %).

Le taux d'élucidation des atteintes aux biens et aux personnes est particulièrement élevé à La Réunion : il est en effet très supérieur aux résultats métropolitains et comparables aux autres départements d'outre-mer (54 % à La Réunion contre 43 % dans l'Hexagone et 60 % en outre-mer).

b) La forte augmentation de la délinquance des mineurs

Il convient en outre de préciser qu'un cinquième des mis en cause sont des mineurs, notamment pour des faits très graves.

En effet, les services de sécurité entendus par vos rapporteurs estiment que la délinquance des mineurs a fortement augmenté pour des faits de violence graves et des cambriolages.

c) Un réel sentiment d'insécurité

Bien que les actes de délinquance à La Réunion soient moins fréquents qu'en France métropolitaine, les personnes entendues par vos rapporteurs ont évoqué un sentiment d'insécurité très fort. En effet, ce sentiment est corroboré par l'enquête précitée de Insee Partenaires selon laquelle « 18 % des personnes interrogées déclarent se sentir souvent ou de temps en temps en insécurité dans leur quartier (11 % en France métropolitaine) et 17 % à leur domicile (8,5 % en France métropolitaine). »

Plusieurs facteurs expliquent l'importance de ce sentiment. On retiendra la forte médiatisation des actes de délinquance, notamment à La Réunion, qui alimente la crainte d'une contagion des actes de violence : la radio Freedom, très populaire sur l'île, participe à l'expression des peurs, avec la présentation des faits divers. 40 % des Réunionnais écoutent en moyenne 3h16 par jour cette radio. Il est par ailleurs fréquent que les Réunionnais contactent d'abord Radio Freedom avant d'appeler la police ou la gendarmerie en cas de crimes ou de délits.


* 26 Ce classement, réalisé par l'Insee, vise à apprécier les départements insécures (le 1er département est le plus insécure) aux plus sécures.

* 27 Insee Partenaires n° 16 - Mars 2012.

* 28 Il s'agit de violences dont l'objet n'est pas le vol.

* 29 Nom donné au cannabis de La Réunion.