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Pesticides : vers le risque zéro

10 octobre 2012 : Pesticides : vers le risque zéro ( rapport d'information )
Audition de Mme Béatrice Dingli, directrice générale et de M. Guy Vernerey, chef de projet du fonds d'assurance formation VIVEA (29 mai 2012)

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Je vous remercie d'avoir répondu à notre invitation, dans le cadre de notre mission commune d'information sur les pesticides. Cette mission porte sur l'ensemble de la chaîne professionnelle, de la fabrication à l'utilisation de ces produits par les agriculteurs, les particuliers et les collectivités territoriales. Nous avons commencé nos travaux depuis plusieurs mois. Nous avons organisé à ce jour près de soixante auditions.

Mme Béatrice Dingli. - Nous vous remercions de nous avoir conviés.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Nous vous avons fait parvenir en amont un questionnaire pour tracer le cadre de cette audition. Je vous laisse la parole.

Mme Béatrice Dingli. - VIVEA est un fonds d'assurance de formation. Nous vous avons communiqué une petite note à ce sujet. VIVEA a été habilité le 30 novembre 2001 et a été créé par six organisations professionnelles agricoles : la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA), les Jeunes Agriculteurs (JA), l'Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture (APCA), la Confédération Paysanne, la Coordination rurale et la Confédération Nationale de la Mutualité, de la Coopération et du Crédit Agricole (CNMCCA).

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - VIVEA finance donc uniquement des formations agricoles.

Mme Béatrice Dingli. - C'est exact. Nous finançons uniquement la formation des chefs d'exploitations agricoles, des conjoints collaborateurs et des aides familiaux (c'est-à-dire des actifs non-salariés). La formation des salariés agricoles est financée par un autre fonds.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Les formations sont-elles financées par les six organisations professionnelles que vous avez mentionnées précédemment ?

Mme Béatrice Dingli. - VIVEA est le financeur.

Ce fonds assure le financement, l'évaluation et la formation professionnelle continue des chefs d'exploitation. Nous n'intervenons pas au titre de la formation initiale. Nous finançons tous les agriculteurs à jour de leur cotisation. Nos contributeurs paient en moyenne 65 € par an, ce qui leur octroie un droit à la formation. Nous comptabilisons 643 000 contributeurs, dont 260 000 se forment, soit un taux d'accès à la formation de 21,5 %.

Les actions de formation que nous finançons sont des actions d'adaptation. Certains agriculteurs changent de profession au cours de leur carrière. Nous les accompagnons dans l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice de leur nouveau métier. Nous finançons également des actions d'acquisition ou de maintien des compétences dans le cadre du métier actuellement exercé.

M. Henri Tandonnet. - Votre mission est assez généraliste.

Mme Béatrice Dingli. - Oui, notre mission est assez généraliste mais les actions de formation sont très ciblées sur l'agriculture et les compétences propres au métier d'agriculteur.

Comme je l'ai indiqué précédemment, nos publics cibles sont les chefs d'exploitation, les conjoints collaborateurs et les aides familiaux. Parmi nos publics cibles, nous comptons également tous les publics qui ont peu d'accès à la formation, comme les entrepreneurs du paysage. Nous réalisons un véritable effort pour les accompagner dans leur plan de formation. Nous accompagnons aussi des agriculteurs fragilisés, qui ne s'adressent pas spontanément aux organismes de formation, mais bénéficient d'un accompagnement spécifique au titre du maintien des compétences, grâce à un dispositif pédagogique spécifique. En outre, nous accompagnons les jeunes installés et les cédants, qui doivent transmettre leur exploitation. Tous ces publics ne viennent pas forcément à la formation.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Disposez-vous de centres de formation ?

Mme Béatrice Dingli. - Nous n'avons pas de centre de formation car nous sommes financeurs. En effet, la loi distingue le dispensateur de la formation, c'est-à-dire le centre de formation, du financeur de cette formation. Ce sont deux entités complètement différentes.

La Mutualité Sociale Agricole (MSA) collecte pour nous la contribution des agriculteurs.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Seuls les agriculteurs contribuent ainsi à votre fonds.

Mme Béatrice Dingli. - Oui.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Et donc pas les syndicats ?

Mme Béatrice Dingli. - Non. Nous sommes le fonds d'assurance formation des chefs d'exploitation.

La MSA, dans le cadre de l'appel annuel de cotisations, collecte les contributions et nous reverse une enveloppe, que nous redistribuons dans chaque comité territorial. Chaque département et chaque région comportent des comités d'élus, qui sont mandatés par les organisations professionnelles constitutives du fonds. Ce sont les élus des comités territoriaux qui donnent leurs orientations en matière de priorité de formation pour leurs territoires respectifs.

Mme Jacqueline Alquier. - Comment la répartition des fonds collectés s'effectue-t-elle ?

Mme Béatrice Dingli. - La répartition est réalisée selon une règle bien précise. S'agissant de l'enveloppe qui est réaffectée dans les départements, deux tiers sont calculés à partir du nombre de contributeurs par département, et un tiers à partir de l'enveloppe collectée par département. Il est donc procédé à une péréquation, pour ne pas désavantager certains territoires par rapport à d'autres. Cependant, dans les faits, un département tel que l'Ariège, qui ne comprend que 3 000 agriculteurs, dispose d'une enveloppe moins importante que l'Aveyron, qui compte 14 000 contributeurs.

Mme Jacqueline Alquier. - Quelle est l'assiette des cotisations ?

Mme Béatrice Dingli. - Les cotisations sont prélevées sur le revenu. Elles s'élèvent à 0,3 % du revenu net de l'exploitation. Si l'agriculteur ne dégageait pas de revenus, la cotisation serait de 0,1 % du plafond de la sécurité sociale.

Ce taux est relativement bas puisque la cotisation des commerçants s'élève à 0,29 % et celle des artisans à 0,15 %.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Êtes-vous le seul fonds d'assurance formation des agriculteurs ?

Mme Béatrice Dingli. - Oui. C'est un fonds unique. Toutes les cotisations sont versées à VIVEA.

M. Henri Tandonnet. - Quid du fonds d'assurance formation des salariés ?

Mme Béatrice Dingli. - Il s'agit du Fonds d'Assurance Formation des Salariés d'Exploitations Agricoles (FAFSEA). La collecte de ce fonds est beaucoup plus importante que la nôtre. VIVEA collecte 35 millions d'euros et lève 13 millions d'euros de cofinancements. Le FAFSEA, quant à lui, lève 250 millions d'euros de collecte. En effet, le taux de cotisation des agriculteurs est faible, tandis que les salariés cotisent pour le congé individuel de formation, le droit individuel à la formation et le plan de formation. Les cotisations des salariés sont donc beaucoup plus importantes, même si les salariés sont moins nombreux que les agriculteurs. Par ailleurs, le FAFSEA peut faire appel à des entreprises pour la collecte, alors que le public de VIVEA est bien défini.

Mme Nicole Bonnefoy. - Les élus des comités territoriaux donnent-ils leurs orientations ?

Mme Béatrice Dingli. - Oui. Nous élaborons un plan stratégique triennal. Depuis le mois d'avril, nous travaillons avec un groupe national, constitué des représentants de nos organisations professionnelles agricoles, afin d'étudier le contexte, les grandes orientations françaises et européennes en matière d'agriculture, l'évolution des sociétés agricoles, la démographie, les réformes des institutions, l'âge de nos contributeurs... Ce diagnostic nous permet de définir les impacts du contexte sur le métier des agriculteurs pour les trois à quatre prochaines années. Ces impacts nous permettent de déterminer les compétences que les agriculteurs devront acquérir pour pouvoir exercer demain leur métier d'exploitant agricole.

Nous avons joint au dossier que nous vous remettons un exemplaire du précédent plan stratégique triennal VIVEA. Le plan 2013-2015 sera disponible le 12 décembre 2012, après sa validation par le conseil d'administration. Ce plan stratégique triennal est ensuite diffusé à tous les élus et organismes de formation. La réforme de la formation professionnelle continue, intervenue en 2009, nous oblige à réaliser des appels d'offres permanents. Douze priorités ont été définies, parmi lesquelles le pilotage et la stratégie des exploitations, l'environnement (développement durable en matière environnementale, économique et sociale), la technicité et le Certiphyto (pour lequel nous avons apporté 10 millions d'euros).

Mme Jacqueline Alquier. - Le Certiphyto n'est donc pas votre seul volet d'action. Les accidents du travail sont-ils également une priorité de formation ?

Mme Béatrice Dingli. - Les formations relatives à la santé et à la sécurité sont clairement mentionnées dans le cahier des charges du Certiphyto. Nous proposons d'autres formations santé, qui sont moins lisibles dans notre offre (gestes et postures, sauveteurs-secouristes du travail (SST), équilibre entre vie professionnelle et vie familiale...).

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Quelles sont les formations concernant l'environnement ?

Mme Béatrice Dingli. - Nos formations relatives à l'environnement portent sur les produits phytosanitaires, hors Certiphyto : agriculture raisonnée, réduction des pollutions diffuses, accompagnement des zones vulnérables...

M. Guy Vernerey. - Il peut également s'agir de formations à la production fruitière intégrée.

Mme Béatrice Dingli. - L'environnement est une priorité stratégique. La durée moyenne des formations est de dix-sept heures. La formation établit des liens entre l'environnement, la stratégie et le pilotage de l'exploitation, dans le cadre d'une réflexion globale. Certaines formations en matière d'environnement sont axées sur une priorité technique (gestion de l'eau...) et sont organisées sur une durée très courte.

M. Guy Vernerey. - Nous proposons également des formations à l'agriculture biologique. Les formations sont organisées sur des séquences d'une journée.

Mme Sophie Primas, présidente. - Quel est le taux de conversion à l'agriculture biologique suite à une formation ?

M. Guy Vernerey. - Les agriculteurs qui suivent ce type de formation se sont déjà engagés dans une démarche de conversion.

Mme Béatrice Dingli. - La formation est un outil d'accompagnement au développement agricole.

M. Henri Tandonnet. - Ce n'est donc pas votre organisme qui dispense la formation. Vous faites un appel d'offres. Comment sélectionnez-vous les entreprises ? Élaborez-vous un cahier des charges pour vous assurer de la compétence et du sérieux des entreprises ?

M. Guy Vernerey. - En vertu du protocole mis en place par le ministère de l'agriculture et la direction générale de l'enseignement supérieur et de la recherche, les directions régionales de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) habilitent les organismes de formation. En contrepartie, les organismes habilités s'engagent à respecter un cahier des charges précis en termes de programme de formation et de moyens mis à la disposition des stagiaires. Nous nous référons à l'habilitation, dans un processus de partenariat. Nous n'avons pas souhaité mettre en place notre propre processus de sélection.

M. Henri Tandonnet. - Effectuez-vous des vérifications vous-mêmes ?

Mme Béatrice Dingli. - Nous contrôlons les formations que nous finançons. Les DRAAF, en tant qu'organisme instructeur du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), exercent une mission de contrôle.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - S'agit-il d'un contrôle du contenu de la formation ?

Mme Béatrice Dingli. - Nous réalisons des contrôles inopinés sur site. Nous vérifions que le programme en cours est conforme à la demande de financement que nous avons reçue sur l'Extranet. Nous vérifions également l'éligibilité des stagiaires et leur présence effective.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Combien d'heures la formation Certiphyto nécessite-t-elle ?

M. Guy Vernerey. - La formation dure en moyenne quatorze heures.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Cette formation est-elle dispensée sur site ?

M. Guy Vernerey. - Les formations sont décentralisées dans des salles de formation des lycées agricoles ou des chambres d'agriculture.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Qui choisit les salles de formation ?

M. Guy Vernerey. - Les centres de formation ont leurs propres salles ou louent des salles auprès des mairies.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Quelles sont les garanties offertes quant à la formation des formateurs ?

Mme Béatrice Dingli. - En principe, les formateurs sont habilités par la DRAAF. Lorsqu'il répond à l'appel de la DRAAF, le centre de formation fournit les curriculum vitae de ses formateurs.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Une qualification particulière est-elle exigée ?

Mme Béatrice Dingli. - Les formateurs doivent suivre un stage. Leur formation doit être mise à jour régulièrement.

M. Guy Vernerey. - Nous pourrons vous communiquer le cahier des charges de l'habilitation des DRAAF. Nous avons plusieurs cahiers des charges au titre de la formation Certiphyto, concernant les décideurs agriculteurs, mais aussi les prestataires de services (paysagistes et entrepreneurs de travaux agricoles).

Mme Nicole Bonnefoy. - La formation de ces différentes catégories peut-elle être dispensée par un même centre ?

Mme Béatrice Dingli. - Oui. Certains centres de formation demandent des habilitations pour tout type de public. Nous ne finançons pas ces centres. 20 % de notre plan de formation est consacré au Certiphyto jusqu'en 2015.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - L'agriculteur doit-il payer pour la formation Certiphyto ?

Mme Béatrice Dingli. - Pour l'instant, l'obtention de ce certificat semble gratuite. Cependant, l'agriculteur finance sa formation. Un Certiphyto coûte 260 € en moyenne par personne. Le montant de la cotisation est de 65 € en moyenne et 75 % des exploitants cotisent à hauteur de 43 € par an. La cotisation maximale s'élève à 260 €.

M. Guy Vernerey. - Les fonds sont ainsi mutualisés.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Un particulier peut-il s'inscrire à la formation Certiphyto ?

Mme Béatrice Dingli. - Un particulier peut s'inscrire auprès du centre de formation, mais devra payer la formation.

M. Guy Vernerey. - La formation n'est pas nécessairement adaptée aux particuliers car les objectifs sont liés aux pratiques professionnelles. Le particulier risque de s'ennuyer !

Mme Béatrice Dingli. - Les formations sont adaptées à la demande et aux besoins des agriculteurs.

Mme Sophie Primas, présidente. - Votre dossier comporte une étude de satisfaction réalisée par l'institut d'études d'opinion BVA. Pouvez-vous nous fournir des précisions à ce sujet ?

M. Guy Vernerey. - 138 personnes se sont vu attribuer le certificat en 2011. Par conséquent, nous avons souhaité mettre en place un système d'évaluation de la satisfaction à la sortie du stage, ainsi qu'une évaluation des acquis un an après la formation (connaissances retenues et mises en pratique). Les évaluations de satisfaction ont fait apparaître un très fort taux de satisfaction, presque inhabituel. Les agriculteurs ont sans doute obtenu des réponses à leurs préoccupations.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Les agriculteurs demandent-ils des formations sur les pesticides ?

M. Guy Vernerey. - Les premières préoccupations affirmées en 2008 portaient sur la santé personnelle des agriculteurs, celle de leur famille, de leurs salariés, de leurs voisins, des consommateurs et sur la protection de l'environnement naturel. Cette étude a donné du sens au Certiphyto et permis d'alimenter la réflexion des organisations professionnelles. Le dispositif Certiphyto s'est construit en déclinaison de la directive européenne qui oblige la France à mettre en place un système de formation spécifique pour un emploi durable des produits phytosanitaires.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Du fait de leur importance, ces formations ne devraient-elles pas plutôt relever de la formation initiale ?

M. Guy Vernerey. - La sensibilisation des jeunes a beaucoup d'impact. Cependant, l'intervention des médecins de prévention de la MSA n'est pas suffisante car les jeunes ne se comporteront pas de la même manière dans le cadre de leur pratique professionnelle. Il faut donc trouver une articulation entre la formation initiale et la formation continue, qui prenne appui sur les pratiques professionnelles.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - En quoi consiste l'intervention des médecins de la MSA ? Viennent-ils présenter les équipements nécessaires ?

M. Guy Vernerey. - Oui.

Mme Béatrice Dingli. - Ils présentent également des statistiques (nombre de cancers chez les agriculteurs, accidents dans la région...).

M. Guy Vernerey. - Un an après la formation, les agriculteurs ont retenu la formation sur la santé (équipement de protection individuelle, risques mentionnés sur les étiquettes). 27 % des agriculteurs qui ne portaient pas de gants avant la formation en portent désormais, sachant que 50 % des agriculteurs formés portaient déjà des gants avant de suivre cette formation.

La formation est donc véritablement mise en pratique (réduction des doses, utilisation de pratiques alternatives).

Mme Béatrice Dingli. - Les agriculteurs réfléchissent à de nouveaux modes de culture. Ils demandent des formations supplémentaires. Le Certiphyto est un levier, qui amène l'agriculteur vers l'acquisition de compétences nouvelles, qui lui permettront de changer son système d'exploitation. Les agriculteurs souhaitent respecter l'environnement et se protéger, tout en continuant à produire pour répondre au défi alimentaire. Il faut revisiter les piliers humain, économique et stratégique de l'exploitation.

Mme Jacqueline Alquier. - Compte tenu des moyens dont vous disposez, parvenez-vous à répondre à la demande de formation ?

M. Guy Vernerey. - Il faut traduire le besoin en demande explicite. En effet, certains agriculteurs ne viennent pas spontanément vers la formation.

Mme Jacqueline Alquier. - Les agriculteurs qui ont suivi la formation parviennent-ils à entraîner leurs voisins dans cette voie ?

Mme Béatrice Dingli. - Le Certiphyto a eu un effet boule de neige. Nous avons travaillé avec des prescripteurs pour ouvrir cette formation au monde économique.

Mme Jacqueline Alquier. - Quelle est l'implication des coopératives ?

Mme Béatrice Dingli. - L'implication des coopératives est très forte. Certaines ont travaillé avec des organismes de formation pour mobiliser leurs adhérents. Certes, elles ont un intérêt économique à jouer le jeu du Certiphyto puisqu'elles cherchent à vendre leurs produits. Il faut au moins un décideur par exploitation. Toutefois, les coopératives travaillent également à la diminution des doses, afin de développer le service rendu aux adhérents. Elles prennent un tournant.

Par ailleurs nous avons travaillé avec les négoces. 40 % des Certiphyto sont délivrés par les chambres d'agriculture. Nous avons également travaillé avec les centres de formation professionnelle agricole (CFPA), les fédérations de protection des végétaux...

Le Certiphyto appartient presque au passé. Notre ambition est de réfléchir à l'après Certiphyto. Nous devons envisager de nouvelles manières de conduire l'exploitation, compte tenu des orientations européennes, du Grenelle de l'environnement, de la politique agricole commune à l'horizon 2014... Nous devons toujours avoir un temps d'avance pour commander les formations permettant de répondre à la demande.

La décision d'augmenter les cotisations sera-t-elle prise ? En effet, la demande a augmenté de 16 % cette année. Cela a conduit à diminuer l'enveloppe de formation du second semestre 2012.

Mme Jacqueline Alquier. - Avez-vous mis en place une évaluation des diverses mesures ?

Mme Béatrice Dingli. - Nous réalisons chaque année une évaluation qualitative et quantitative.

M. Henri Tandonnet. - Un dispositif équivalent a-t-il été mis en oeuvre pour les salariés ?

Mme Béatrice Dingli. - Un appel d'offres a été lancé auprès des organismes de formation. Les salariés ont débuté leur processus de formation. Le public est essentiellement constitué de chefs d'exploitation, salariés de leur propre entreprise. Nous travaillons de concert avec ces centres.

M. Guy Vernerey. - Jusqu'en 2011, le Certiphyto était un dispositif expérimental. Notre fonds est le seul qui ait accepté de financer la formation des contributeurs au stade expérimental. Nous avons ainsi formé 120 000 personnes. L'objectif fixé par le ministère était de former 5 000 personnes.

L'engouement pour la formation doit répondre à un besoin.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Un document leur est-il délivré ?

M. Guy Vernerey. - Oui.

Mme Béatrice Dingli. - Nous pourrons vous fournir une photocopie de ces documents. Une attestation est établie par l'organisme de formation. Ces informations sont vérifiées par la DRAAF, qui les transmet à France AgriMer, qui gère les Certiphyto au niveau national et délivre la carte qui permettra à l'agriculteur de retirer les produits auprès de sa coopérative ou de son négoce. C'est une carte d'identité, qui comporte le nom, le prénom de l'agriculteur et la durée de validité de la carte.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - L'agriculteur prend-t-il un engagement particulier ?

Mme Béatrice Dingli. - Non. Il ne s'engage pas à réduire la fréquence de ses traitements phytosanitaires.

M. Guy Vernerey. - Notre ambition est d'amener les agriculteurs vers des pratiques plus vertueuses, mais il est difficile de les contraindre à diminuer la fréquence de leurs traitements phytosanitaires.

Mme Béatrice Dingli. - Chaque région met en place un programme régional de développement agricole (PRDA). Dans le cadre du plan Ecophyto 2018, chaque région décide de diminuer les intrants d'un pourcentage donné. La loi vise une diminution de 50 % des intrants.

Nous sommes invités par les DRAAF pour réfléchir au plan Ecophyto 2018. Nous sensibilisons nos conseillers techniques pour suivre ces travaux dans le cadre des comités régionaux d'orientation et de suivi d'Ecophyto (CROS) et inciter les centres de formation à proposer des formations adaptées. Nous avons de très bonnes relations avec ces organismes. Il faut se rapprocher des agriculteurs sur le terrain.

M. Guy Vernerey. - La formation intervient en appui d'un système de développement. Une synergie de moyens doit être mise en oeuvre.

Mme Béatrice Dingli. - Depuis trois ans, je constate la préoccupation grandissante des utilisateurs et des salariés en termes d'utilisation des pesticides. Leur problématique actuelle porte sur la communication autour de leurs actions. En effet, les agriculteurs ont peur que le port des gants et des masques choque les automobilistes. Aujourd'hui, les cultures sont traitées la nuit. Cela permet d'ailleurs de renforcer l'efficacité du produit. La formation doit être mise en pratique et actualisée tous les deux à trois ans.

Il faut trouver un équilibre entre la production et les préoccupations environnementales.

Mme Sophie Primas, présidente. - Préconisez-vous la permanence du dispositif Certiphyto ?

Mme Béatrice Dingli. - Peut-être faut-il faire passer un message auprès des agriculteurs, pour que leur formation soit à jour ou qu'ils s'interrogent en permanence sur la réduction des produits de traitement ?

Mme Sophie Primas, présidente. - Le Certiphyto est très orienté vers la protection individuelle et la réduction des doses. La formation ne pourrait-elle être graduelle et évoluer vers la suppression des produits phytosanitaires ?

M. Guy Vernerey. - Oui. D'ailleurs, les agriculteurs ne sont pas contre une « piqûre de rappel ».

M. Henri Tandonnet. - Je suis étonné du décalage entre la formation des exploitants et des salariés sur ce thème. Pourtant, le Certiphyto est indispensable à la prise de conscience du terrain.

Mme Béatrice Dingli. - Les salariés débutent seulement les formations dans ce domaine. La mise à jour est nécessaire pour que les utilisateurs continuent de porter les équipements au cours des années suivant la formation. Pourtant, les équipements de protection sont financés en partie par la MSA.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Les produits phytosanitaires représentent un coût extrêmement important, en termes de dépollution.

M. Guy Vernerey. - Un certain nombre d'agriculteurs considèrent qu'une augmentation de leurs revenus n'est pas incompatible avec une diminution du recours aux produits phytosanitaires. Cependant, du chemin reste à faire. Certains agriculteurs ne se protègent jamais.

Mme Béatrice Dingli. - Les agriculteurs redécouvrent le pouvoir de leurs sols. Un sol est une ressource. S'il est bien utilisé et bien cultivé, cela peut contrebalancer l'utilisation des produits phytosanitaires. Notre objectif est de former l'agriculteur à l'observation - qui est pourtant son métier de base. En effet, en achetant du matériel performant, les agriculteurs se sont permis une économie quant à l'observation de leurs sols et de l'environnement. Mettre l'accent sur les bases du métier est sans doute valorisant pour l'agriculteur. Par ailleurs, les jeunes ingénieurs en agronomie sont parfaitement formés à ces réflexions.

M. Joël Labbé. - Êtes-vous en contact avec l'enseignement agricole ?

Mme Béatrice Dingli. - Oui.

M. Joël Labbé. - L'enseignement agricole est-il encore éloigné de ce qui devrait être enseigné aujourd'hui ?

Mme Béatrice Dingli. - Le référentiel des formations accorde désormais une part plus importante à l'agronomie.

M. Guy Vernerey. - Nous avons étudié les suites à donner aux formations Certiphyto, auprès de trois écoles d'ingénieurs. Les jeunes s'inscrivent dans la dynamique d'économie des intrants, tout en étant préoccupés par l'équilibre économique de l'exploitation.

M. Joël Labbé. - Les groupes de pression restent extrêmement prégnants.

Mme Sophie Primas, présidente. - Y compris les groupes de pression écologistes ...

M. Guy Vernerey. - Vous avez raison. Cependant, les alternatives aux produits phytosanitaires sont très techniques. Tout le monde n'est pas capable de les maîtriser.

Mme Béatrice Dingli. - Cela exige une véritable expertise.

Mme Sophie Primas, présidente. - Il convient de gérer les risques.

Mme Béatrice Dingli. - La gestion des risques (santé, revenu, ...) est l'une des orientations du futur plan triennal. Des travaux sont actuellement menés par les chambres d'agriculture et AgroParisTech pour réconcilier la production avec l'environnement. Cette approche est désormais audible par les agriculteurs.

Mme Sophie Primas, présidente. - Nous vous remercions beaucoup pour cette audition très intéressante.

M. Guy Vernerey. - Nous vous ferons parvenir l'ensemble des documents par voie électronique.