Table-ronde 1 : Grands enjeux politiques et stratégiques de la présence française dans le Pacifique
Introduction

M. Jeanny Lorgeoux, Sénateur de Loir-et-Cher, Membre de la Délégation sénatoriale à l'outre-mer

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Messieurs les Ambassadeurs

Mes chers collègues,

Mesdames, messieurs,

Avant de céder la parole au modérateur de cette première table ronde, Mme Nathalie Mrgudovic, auteur d'une thèse remarquée sur « la France dans le Pacifique Sud », il me revient l'honneur et le plaisir d'introduire le thème de cette matinée consacrée aux grands enjeux politiques et stratégiques de la présence française dans le Pacifique.

Chacun connaît cette phrase de Richelieu : « les larmes de nos souverains ont le goût salé de la mer qu'ils ont ignorée ». Le sens de ce colloque est bien évidemment de nous inviter à ne pas ignorer l'atout considérable que constituent nos territoires d'outre-mer du Pacifique. Nous ne devons pas oublier qu'avec un territoire maritime de 7 millions de km 2 et un demi million d'habitants, ces territoires font de la France un État du Pacifique à part entière.

Dans le cadre de la préparation du Livre blanc sur la défense nationale avec mon collègue André Trillard, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat nous a chargés d'un rapport sur la montée en puissance des enjeux maritimes dans le monde. Notre rapport intitulé « la maritimisation » : la France face à une nouvelle géopolitique des océans » souligne l'importance des intérêts de la France dans le Pacifique tant d'un point de vue stratégique qu'économique et politique.

En un mot, la maritimisation, c'est une question de flux avec une augmentation sans précédent du nombre de porte-containers qui irriguent tous les jours l'ensemble des économies, mais c'est aussi une question de ressources. Avec l'épuisement des ressources terrestres, demain les réserves d'hydrocarbures et de minéraux des sous-sols marins et le potentiel en énergie renouvelable des océans seront vitaux pour les économies. Les entreprises de prospection et même d'exploitation se multiplient. Les océans deviennent un objet de convoitise, faisant de la maîtrise des mers un élément essentiel de la compétition internationale. Demain, une partie de la croissance mondiale viendra de la mer. Ce basculement de la terre vers la mer entraîne des conséquences stratégiques majeures que nous avons détaillées région par région dans le rapport et, en particulier, dans le Pacifique.

L'enjeu pour nos territoires du Pacifique est évidemment de savoir comment protéger leurs ressources - je pense aux ressources halieutiques et minérales - mais surtout comment les valoriser, et mieux insérer ces économies dans une zone qui est devenue le centre de gravité de l'économie mondiale.

Ce sont là des défis considérables dont nous parleront d'éminentes personnalités : successivement le directeur d'Asie et d'Océanie du ministère des affaires étrangères, Mme Elisabeth Laurin et M. Michel Rocard en qualité de président du Comité France-territoires du Pacifique, messieurs et mesdames les ambassadeurs d'Australie et de Nouvelle-Zélande.

Cette insertion des territoires français au sein de la zone pacifique passe notamment par une montée en puissance de la coopération militaire. Nous observons avec satisfaction que maintenant que les « irritants » nucléaires ont disparu, nos amis australiens et néo-zélandais semblent mieux apprécier notre contribution à la stabilité régionale. Du reste, nous avons tout à gagner au renforcement du partenariat stratégique avec ces grands pays pour renforcer la complémentarité de nos moyens. Nous avons à l'évidence des intérêts communs en matière de surveillance des pêches, de maintien de la paix, de lutte contre les trafics et activités illicites ou d'organisation des secours lors de catastrophes naturelles.

La France riveraine, souveraine et légitime dans le Pacifique doit y être audacieuse et ambitieuse malgré les difficultés financières du moment. Il nous faut en effet garder à l'esprit les temps longs et les perspectives d'une planète où le Pacifique sera au 21 e siècle un pôle majeur de croissance.

Face au redéploiement des forces armées américaines dans la région, mais surtout à la montée en puissance et en présence de la marine chinoise, la France doit mobiliser les moyens de ses ambitions dans la région. Nous devons notamment y défendre le respect du droit maritime international et au premier chef la liberté de navigation dans les eaux internationales.

Et se pose la question : par quels moyens maritimes, militaires, pouvons-nous répondre à ces enjeux stratégiques ? Ce sera un thème notamment abordé par le secrétaire général de la mer, M. Aymeric, et le Vice-amiral Jean-Louis Vichot. Thème tout à fait essentiel, car ces territoires d'outre-mer avaient été quelque peu oubliés par le Livre blanc de 2008. La marine française devra notamment faire face, à partir de 2015, à un défi considérable de renouvellement de ses moyens d'intervention, de surveillance et de sûreté maritime dans ces régions.

Voilà autant de thèmes qui devraient utilement nourrir cette matinée et je voudrais ici remercier encore une fois mon collègue Serge Larcher, président de la délégation sénatoriale à l'outre-mer, d'avoir organisé ce colloque. Je souhaite à chacun d'en profiter pleinement.

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