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Tourisme: une place de leader à reconquérir

8 octobre 2013 : Tourisme: une place de leader à reconquérir ( rapport d'information )

LE TOURISME, UN ATOUT MAJEUR POUR NOTRE PAYS, INSUFFISAMMENT PRIS EN COMPTE

Pays d'élection pour un tourisme aux visages multiples, la France a longtemps assuré dans ce secteur un leadership aujourd'hui de plus en plus contesté par les anciennes et nouvelles nations du tourisme, en Europe et dans le monde. Ses atouts incontestables ne doivent pas occulter ses faiblesses persistantes en ce domaine, si elle veut prendre part au développement intense du secteur attendu dans la première partie de ce siècle.

I. UN SECTEUR DE PREMIER PLAN POUR NOTRE ÉCONOMIE ET NOS TERRITOIRES

Bien que cela soit trop souvent oublié, le tourisme est une composante de premier plan de notre économie nationale. À la fois productif et créateur d'emplois peu délocalisables, le secteur est porteur d'effets structurants majeurs en termes d'aménagement du territoire.

1. La France, première destination touristique au monde

La France s'enorgueillit, à juste titre, de demeurer le pays le plus visité au monde, et ce devant d'autres grandes nations du tourisme dont les territoires et la population sont pourtant bien supérieurs.

Selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), notre pays, avec 83 millions de visiteurs étrangers accueillis en 2012, est la première destination mondiale en termes de touristes internationaux, devant les États-Unis, la Chine, l'Espagne et l'Italie.

Ainsi que l'observaient pertinemment nos collègues André Ferrand et Michel Bécot dans leur excellent rapport sur l'économie du tourisme précité, cette position de leader trouve son origine dans « l'ancienneté de la spécialisation touristique de la France, qui remonte à la naissance même de cette activité au XIXème siècle », mais également par « la situation centrale de la France en Europe occidentale, qui génère un tourisme de transit ».

À cet égard, notre pays est une destination centrale en Europe, puisqu'il parvient à classer cinq de ses régions (Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon et Aquitaine) parmi le « top 20 » des régions touristiques de l'Union européenne à 27 en 20094(*).

2. Une contribution essentielle à la richesse nationale

Ainsi que le rappelaient nos collègues sénateurs dans leur rapport précité, « le tourisme est un secteur économique de première importance pour la France et représente un potentiel important de croissance notamment en termes d'emplois ».

D'un point de vue purement économique, les retombées directes du secteur du tourisme dans notre pays sont estimées à 7,1 % du PIB. Le poids global, retombées indirectes comprises, dépasse les 9 %. Le secteur emploie directement près d'un million de personnes et un autre million indirectement.

Le tourisme constitue un secteur économique qui continue à se développer et à créer davantage de richesse, y compris dans un pays comme le nôtre. Ainsi, les 235 000 entreprises du secteur ont enregistré une croissance annuelle de 1,6% durant les années 2000.

Un rapport du Conseil national du tourisme de 20105(*) montre que la part de valeur ajoutée du tourisme (41,6 milliards d'euros) dans le PIB est bien supérieure à celle d'autres secteurs, comme l'énergie et l'agriculture (30 milliards d'euros chacun), les industries agro-alimentaires (25,7 milliards) et l'automobile (11,2 milliards).

L'économie du tourisme apporte par ailleurs des excédents considérables à notre balance des paiements, qui lui permettent d'amoindrir substantiellement son déficit.

Solde extérieur de la balance des paiements française
à prix courants

Source : Banque de France

Bien qu'en diminution sensible durant la fin de la décennie 2000, du fait de moindres dépenses des touristes étrangers en France, le tourisme reste ainsi depuis 2004 le poste de la balance des biens et services qui présente l'excédent le plus élevé.

3. Un secteur fortement pourvoyeur d'emplois non délocalisables

Le tourisme recourt à une main-d'oeuvre massive qu'il va chercher sur les territoires où il se développe. N'étant pas « dématérialisable », du moins pour ce qui est des prestations physiques directement apportées au consommateur, il est en effet contraint de la recruter et de la faire travailler essentiellement sur le territoire national, ce qui en fait un secteur structurant pour l'économie locale.

Selon les derniers chiffres en date disponibles en provenance d'Atout France, au 31 décembre 2009, on dénombrait en France métropolitaine 844 113 emplois salariés privés dans les activités du tourisme. Cela représente pas moins de 5,2 % de l'emploi salarié privé total.

En tant que secteur de services, le tourisme est donc un secteur fortement créateur d'emploi. Il a ainsi enrichi notre pays de 27 000 emplois en moyenne annuelle durant les années 2000.

Ce fort taux d'emploi se retrouve dans l'implantation locale de la main d'oeuvre qui, en-dehors des trois grandes régions de tourisme que sont l'Ile-de-France, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), est répartie de façon relativement régulière sur l'ensemble du territoire.

PART DE L'EMPLOI TOURISTIQUE DANS LES RÉGIONS

Source : les chiffres clés du tourisme en France en 2010, sous-direction du tourisme à la direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services du ministère de l'économie et des finances.

Le faible niveau de formation exigé à l'entrée de la plupart des emplois en fait un secteur d'intégration de jeunes en échec scolaire ou professionnel. Il est vrai toutefois que ces emplois sont caractérisés par une forte saisonnalité et un faible niveau de qualification et de rémunération, qui peuvent les rendre peu attractifs auprès des jeunes et provoquer un fort taux de rotation des personnels.

C'est d'ailleurs un aspect qui a été mis en avant par les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration, qui peinent à recruter dans un contexte, paradoxalement, de chômage important et de ralentissement économique. Un rapport du Conseil national du tourisme attirait l'attention dès 2008 sur ce sujet6(*), qu'il expliquait également par une offre de formation et des parcours professionnels insuffisamment adaptée aux emplois, une longueur des cursus parfois dissuasive ou encore une méconnaissance du secteur par les jeunes.

L'importance de la formation est à cet égard cruciale ; elle fait partie des éléments de compétitivité et d'attractivité sur lesquels doivent prioritairement porter les efforts réalisés en faveur du tourisme. L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) a indiqué travailler activement sur le sujet, en formant 26 000 salariés chaque année. Afin de progressivement monter en gamme dans l'offre qui est proposée aux touristes, il convient de poursuivre et d'accentuer cet investissement au cours des années à venir.

4. Une source d'attractivité substantielle pour l'ensemble de nos territoires

Le tourisme renvoie à une activité économique solidement implantée sur l'espace national. La France bénéficie d'une diversité sans doute unique au monde de sites naturels et patrimoniaux qui font une destination vers laquelle les touristes apprécient de se rendre sans jamais voir deux fois la même chose. Mer, montagne, espaces ruraux, villes, sites thermaux, sites économiques ... la liste est longue des types de paysages touristiques que propose notre pays, pour une typologie d'activités de tourisme tout aussi diversifiée : culturelle, sportive, de détente, gastronomique, industrielle...

Toutes les régions françaises, riches chacune de ses attraits et de ses spécificités, profitent de cette attractivité, que ce soit à l'échelle locale, nationale ou mondiale. Le tourisme, en effet, n'est pas nécessairement une industrie capitalistique : nos paysages naturels, et le patrimoine historique qu'ils recèlent, suffisent dans bien des cas à attirer des touristes du monde entier.

Certes, les dotations en ressources et les capacités d'action des collectivités et des opérateurs sont par essence très inégales, mais nul lieu sur notre territoire n'est totalement dépourvu d'atouts en matière touristique. Les chiffres évoqués dans le rapport précité sur le poids économique et social du tourisme montrent que ce dernier tient une place primordiale dans la plupart des régions, variant pour les plus touristiques d'entre elles dans des fourchettes comprises entre 6 à 9% de leur PIB et de leurs emplois.

Le tourisme a constitué par ailleurs un facteur structurant dans l'aménagement de nos territoires. Il a en effet généré de nombreuses infrastructures et suscité de grands programmes, tant sur le littoral qu'à la montagne, au cours des décennies 1960 à 1980. De tels aménagements, objets de grands plans nationaux, ont profondément modelé l'économie de ces territoires, grâce aux infrastructures et aux équipements d'accueil réalisés.


* 4 Top 20 des régions touristiques (NUTS 2) de l'Union européenne à en nombre de nuitées hôtelières et camping en 2009.

* 5 Le poids économique et social du tourisme, rapport de la section « économie touristique » du Conseil national du tourisme, session 2010.

* 6 La pénurie de main d'oeuvre dans le secteur de l'hôtellerie restauration, rapport de la section « économie touristique » du Conseil national du tourisme, session 2008.