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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )

II. UNE TRANSFORMATION RAPIDE, DES SOCIÉTÉS SOUS TENSION

A l'horizon 2050, le doublement de la population africaine, avec un milliard d'habitants supplémentaire, aura des conséquences majeures sur un environnement jusqu'ici préservé et un marché du travail qui devra accueillir des dizaines de millions de nouveaux arrivants chaque année.

À eux seuls, ces deux facteurs auront à leur tour un impact sur les mouvements migratoires, d'abord en Afrique, puis en dehors du continent, notamment en Europe.

A. UNE PRESSION SUR L'ENVIRONNEMENT SANS PRÉCÉDENT

Longtemps, l'Afrique, continent vert par excellence, a préservé son équilibre écologique grâce à une des plus faibles densités humaines de la planète, des économies essentiellement rurales et une pauvreté endémique, ce qui a écarté l'Afrique des avantages, mais aussi des inconvénients des économies industrielles fondées sur la consommation et la production de masse.

1. Un modèle de croissance verte n'est pas un luxe pour l'Afrique

Comme l'écrit Nasser Zammit dans un ouvrage intitulé  L'Afrique et la question environnementale 7(*) : « L'Afrique est le continent de la pauvreté. Cela se traduit par le fait que sa consommation en ressources naturelles est de loin la plus faible du monde ».

Cette situation est en passe de changer.

L'empreinte écologique de l'Afrique a augmenté, selon la Banque Africaine de développement, de 240 % entre 1961 et 20088(*) - résultat de l'accroissement des populations et de la progression de la consommation par habitant. Certaines des dégradations de l'environnement qui en résultent sont particulièrement visibles, comme l'assèchement du Lac Tchad dont la surface a diminué de 90 % depuis les années 60.

Qui a traversé les villes africaines et leurs alentours sait que, bien souvent, les sacs plastiques et les immondices jonchent le paysage. Nous avons parcouru la lagune d'Abidjan qui était autrefois la fierté des Ivoiriens et qui est aujourd'hui un cloaque qui a pollué jusqu'aux nappes phréatiques qui alimentaient hier la capitale.

À l'avenir, et en supposant que les contraintes de ressources ne limitent pas la croissance, l'empreinte écologique de l'Afrique devrait doubler à l'horizon 2040.

Les économies africaines sont en effet avant tout orientées vers l'exploitation de ce capital naturel, qu'il s'agisse de l'agriculture, de la pêche ou de l'exploitation des ressources minérales et pétrolières.

Le dernier rapport de l'OCDE sur les perspectives économiques de l'Afrique en 2013 témoigne : « Toutes catégories confondues, les ressources naturelles (produits agricoles de base, bois d'oeuvre, métaux, minerais et hydrocarbures) contribuent à hauteur d'environ 35 % à la croissance de cette région depuis 2000. Les matières premières et produits semi-transformés ont constitué quelque 80 % des exportations de l'Afrique en 2011, contre 60 % au Brésil, 40 % en Inde et 14 % en Chine. De même, l'essentiel de l'investissement direct étranger (IDE) en Afrique a été consacré à des activités liées aux ressources naturelles. »9(*)

Cette incroyable richesse de la nature africaine dans ses sols et ses sous-sols est un des atouts du continent qui est aujourd'hui exploité sans avoir toujours en tête sa durabilité.

Cette situation n'est pas près de changer tant la croissance démographique, l'exode rural, le développement économique vont inévitablement accentuer la pression sur les ressources naturelles des pays africains.

L'Afrique ne doublera pas sa population sans bouleverser son équilibre écologique. Il est d'ailleurs compréhensible qu'à l'instar de l'Europe le développement des activités économiques et des villes conduise à empiéter sur la nature. « On ne peut pas refuser à l'Afrique son décollage économique sous prétexte de préserver la nature ». L'enjeu est de faire en sorte que cette croissance économique ne s'effectue pas trop au détriment de la durabilité des ressources naturelles.

Cette situation est enfin en passe de changer parce que le développement de la demande de matières premières de la part des pays développés et des pays émergents est de nature à bouleverser la donne. Comme le disent Jean-Michel Severino et Olivier Ray : « L'Afrique entreprend son décollage à l'heure où l'humanité découvre la finitude de la planète »10(*).

Dans de nombreux domaines, les marchés des matières premières commencent à montrer des signes de tension, signes d'un décalage croissant entre l'offre et la demande, voire d'une pénurie. L'Afrique constitue de ce fait une réserve déterminante, notamment pour de nombreux minerais rares. Les pays occidentaux et émergents ne s'y trompent pas et investissent massivement dans ces secteurs avec des méthodes d'extraction qui ne seraient souvent pas tolérées dans leur pays.

Dernier facteur : le changement climatique. Le continent africain apparaît, nous le verrons, comme l'un des plus vulnérables au changement et à la variabilité climatiques.

Ces quatre facteurs : concentration de la croissance sur le secteur primaire, décollage démographique et économique, croissance de la demande mondiale dans un contexte de pénurie et changement climatique vont exercer dans les 30 ans une pression considérable sur l'environnement.

Et nous n'en sommes qu'au début. Comme le souligne le dernier rapport de l'OCDE : « La comparaison avec d'autres régions montre qu'une grande partie du potentiel de ce continent reste inexploitée ».

La préservation de l'environnement est parfois présentée comme un luxe dans un continent qui doit avant tout se développer. Mais les périls climatiques, l'épuisement des sols, la pollution des villes et des sous-sols constituent autant d'hypothèques sur la croissance économique de l'Afrique.

Là où d'autres sociétés rencontrent la crise environnementale à un moment où elles disposent des ressources pour y faire face, l'Afrique y est confrontée sans avoir encore les moyens d'y faire face. Le continent africain, moins bien doté en moyens financiers, humains, techniques et institutionnels, devra payer un prix supérieur encore. La protection de l'environnement et l'adaptation à la crise environnementale globale ne sont donc pas un luxe de pays développés, mais une question essentielle pour l'avenir du continent.


* 7 L'Afrique et la question environnementale, Nasser Zammit, Editions Connaissance et savoirs, 2012.

* 8 Stratégie de la BAD pour la période 2013-2022

* 9 Les perspectives économiques de l'Afrique, OCDE, 2013

* 10 Le temps de l'Afrique, Jean Michel Severino, Olivier Ray