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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )
2. Un capital en ressources naturelles érodé par la démographie

Une des principales ressources naturelles de l'Afrique est l'étendue de son couvert forestier et, notamment, les 220 millions d'hectares de forêt tropicale du bassin du Congo. La forêt africaine joue un rôle essentiel tant dans la préservation du climat que dans le maintien de la biodiversité.

Un couvert forestier menacé

Ces forêts constituent le deuxième massif forestier tropical du monde après l'Amazonie. Elles abritent la plus importante biodiversité d'Afrique : près de 10 000 espèces de plantes, 400 espèces de mammifères, dont les fameux grands singes, et 1 000 espèces d'oiseaux. Partagé entre six pays d'Afrique centrale, le bassin du Congo compte 80 millions d'habitants, pour lesquels il est une source d'énergie et d'alimentation essentielle.

Or ces forêts africaines font face à de multiples menaces : pressions démographiques, agriculture, activités minières, urbanisation, déforestation, autant de facteurs qui pèsent sur sa conservation et sur celle de toutes les espèces animales qu'elles abritent.

Entre 2000 et 2010, ce continent a déjà perdu 4 millions d'hectares de forêts par an, « ce qui représente près d'un tiers de la superficie déboisée dans le monde », selon la FAO11(*). La conversion des zones forestières en zones d'agriculture permanente est la cause principale de ce déboisement.

Le taux annuel moyen de déforestation en Afrique était de plus du triple de la moyenne mondiale. La déforestation est très rapide en Afrique de l'Ouest et à Madagascar, mais c'est également un phénomène réel en Afrique centrale. En Afrique de l'Ouest, près de 80 % des forêts denses humides vierges ont été défrichées, et les poches de forêts restantes se sont sérieusement dégradées.

Aujourd'hui, l'Afrique ne représente plus que 16% de la superficie forestière mondiale. Un pourcentage qui pourrait encore baisser à l'avenir. « Les pertes de forêts devraient se poursuivre au rythme actuel. La demande croissante de denrées alimentaires et d'énergie ainsi que la hausse de leurs prix aggraveront la situation », prévoit la FAO.

Les défis environnementaux pèsent également sur le sort des forêts africaines. Sécheresses, inondations, diminution des ressources en eau... Le changement climatique devrait entraîner un besoin d'expansion des zones de pâturage. Et de plus en plus d'Africains vont avoir recours au bois de feu pour se chauffer.

Jusqu'au milieu des années 1980, les politiques forestières nationales permettant une exploitation à bas prix du capital forestier se sont accompagnées d'un gaspillage de la ressource et d'impacts importants sur l'environnement. Aux usages traditionnels de la forêt dense, se sont ajoutées l'agriculture d'exportation, les plantations de café, cacao et autres produits tropicaux qui ont largement entamé les forêts d'Afrique de l'Ouest.

Le bois de feu est la principale source d'énergie des populations des pays en développement. Le bois représente 80 % de la consommation énergétique totale dans les pays africains et l'Afrique est le seul continent où la consommation de bois énergie devrait continuer à s'accroître dans les prochaines décennies. Les forêts, et principalement les forêts périurbaines, jouent un rôle déterminant dans la fourniture de bois de feu et de charbon. De ce fait, la récolte de bois de feu a un impact majeur sur la déforestation et la dégradation dans les zones densément peuplées.

En raison de la limitation persistante de l'accès à des technologies agricoles améliorées, les paysans continuent à pratiquer une exploitation itinérante dans la grande majorité des communautés d'Afrique tropicale. Ce type d'agriculture s'est maintenu en symbiose avec l'écosystème pendant des siècles. Elle est devenue problématique à mesure que les périodes de jachère ont été réduites pour répondre aux besoins accrus de terres arables afin d'augmenter la production agricole, entraînant un déclin de la régénération des arbres, de la fertilité des sols et des rendements agricoles. C'est ainsi le cas dans certaines régions de Madagascar, où la déforestation affecte les écosystèmes de l'île, provoquant des glissements de terrain meurtriers et perturbant les régimes de précipitations.

En l'absence d'amélioration des systèmes de production alimentaire au profit de ces communautés, les menaces que ces systèmes font peser sur les forêts augmenteront immanquablement à l'avenir.

Or, dans un contexte de raréfaction des ressources pétrolières, l'utilisation et la valorisation économique des ressources renouvelables issues des forêts redeviennent un enjeu majeur. D'après la FAO, la forêt humide reculerait en moyenne d'environ 1 % par an, plus rapidement en Afrique occidentale qu'en Afrique centrale. Là encore, la situation est très contrastée selon les pays et selon les régions.

Le défi consiste donc à concilier préservation de cet espace naturel et développement économique, en privilégiant une gestion durable de ces forêts.

De nombreuses initiatives ont été prises aux niveaux national et international pour mieux encadrer les exploitations forestières. Toutefois la capacité des États à faire respecter les réglementations demeure très inégale, en particulier dans les États en crise comme en Côte d'Ivoire ou en RDC.

Le programme des Nations unies pour la réduction des émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts, dit REDD+ devrait contribuer à aider ces États à promouvoir une exploitation des forêts compatible avec un développement durable.

Ce programme, auquel s'associe la Banque mondiale à travers son Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF), prévoit de réduire de moitié la destruction des forêts des pays en développement à l'horizon 2020.

Le but est notamment de donner une valeur financière au carbone stocké dans les forêts, en incitant les pays en développement à réduire leurs émissions et investir dans des technologies à faibles émissions de carbone pour un développement durable. Au Sud-Est du Kenya, le projet du Couloir de Kasigau, lequel se situe entre deux parcs nationaux, protège 200 000 hectares de forêts sèches et préserve biodiversité et vie sauvage. Depuis 2009, la population locale bénéficie de la vente de crédits carbone par les partenaires privés du projet.

La France, là encore, est très présente, via l'Agence française de développement et le Fonds français pour l'environnement mondial. Elle contribue notamment à la gestion durable des forêts du Bassin du Congo dans une démarche de coopération triangulaire entre l'Amazonie brésilienne, les partenaires africains et français sur ces sujets.

L'AFD a également démarré en 2000 en République Centrafricaine un projet d'accompagnement des autorités dans la mise en oeuvre de plans d'aménagement de permis forestiers. Outre l'aspect écologique, cette démarche a pour objectif de moderniser la filière bois dans le pays, en collaboration avec l'administration forestière, dans l'optique de permettre à cette dernière d'assurer contrôle et suivi.

Les ressources halieutiques surexploitées

L'Afrique dispose d'environ 37 500 km de côtes, avec un nombre varié de zones de pêche marines et d'écosystèmes, y compris des récifs coralliens, des mangroves marécageuses, des estuaires, des zones humides côtières et des rivages rocheux. Le continent dispose également de nombreuses zones de pêche intérieures. Il ressort des données disponibles que les zones de pêche à travers le monde, y compris en Afrique, s'épuisent à des taux pouvant faire penser à l'épuisement de toutes les zones de pêche marines d'ici à 2060.

Selon les estimations, au moins 70 % des réserves halieutiques sont soit pleinement exploitées, soit surexploitées, soit encore en cours de reconstitution après leur épuisement. En Afrique, la plus grave menace pour la durabilité a été la surexploitation des ressources halieutiques dans le cadre de la pêche artisanale, de la pêche à petite échelle et surtout de la pêche industrielle. Dans bon nombre de cas, les prises dépassent les niveaux viables de rendement. Dans la plupart des zones, la règlementation de la pêche s'est révélée difficile, et les ressources halieutiques locales se sont épuisées.

Les Etats africains manquent bien souvent de capacités techniques en vue de négocier sur un pied d'égalité avec leurs partenaires, notamment l'Union européenne. Par ailleurs, beaucoup de propriétaires de chalutiers étrangers n'ont pas conclu d'accords avec les pays côtiers africains et pêchent illégalement dans leurs eaux territoriales. Ces chalutiers, originaires surtout d'Europe de l'Est et de l'Ouest et d'Extrême-Orient, opèrent pour l'essentiel sans contrôle, étant donné que peu d'États côtiers disposent d'avions et de navires à même de lutter contre les intrusions.

Depuis le début des années 2000, la communauté internationale commence à prendre conscience de cette problématique.

En 2002, le Sommet de la Terre de Johannesburg s'engageait en faveur de la création d'aires marines protégées à l'horizon 2012. L'objectif de 10% d'aires marines protégées est aujourd'hui reporté à 2020. En 2005, la Banque mondiale crée PROFISH, un programme mondial sur les pêches durables. Au sein de ce programme, notons la création d'un fonds d'investissement pour des pêches durables dans les grands écosystèmes marins en Afrique Subsaharienne, un projet initié de manière conjointe avec le Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM). PROFISH reçoit aujourd'hui des dons de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, de la Banque mondiale, et de pays comme la Norvège, la Finlande, l'Islande, le Japon ou encore la France.

La France est en effet très impliquée dans la préservation des ressources halieutiques. C'est un enjeu de premier plan en Afrique de l'Ouest, où la pêche représente un secteur très important à l'exportation, notamment au Sénégal.

La France soutient le Réseau des aires marines protégées d'Afrique de l'Ouest, créé en 2002 par les Etats de la région avec le soutien des ONG. Depuis 2008, des subventions de 1,6 et 5 millions d'euros sont versées respectivement par le Fonds Français pour l'Environnement Mondial (FFEM) et l'AFD.

A l'est du continent, au Mozambique, l'AFD et le FFEM ont appuyé la création en 2002 du parc national des Quirimbas au Mozambique (5,2 millions d'euros à eux deux), un projet qui a également bénéficié de l'appui d'ONG (notamment du WWF). La France est également présente comme « voisin de l'Afrique » avec le parc naturel marin des Glorieuses à Mayotte, au milieu du canal du Mozambique, qui nécessite une surveillance d'autant plus forte qu'il est situé dans une zone particulièrement prisée par les pirates.

La gestion de l'eau : un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire

Une des menaces les plus préoccupantes est la pénurie prévisible d'eau dans de nombreuses zones.

L'Afrique est l'un des continents les plus secs. Elle abrite environ 22 % de toutes les terres du monde et environ 14 % de la population mondiale, contre 9 % seulement des ressources en eau renouvelables du monde. Environ 82 % des terres sont considérées comme arides ou semi arides. Un indicateur courant de rareté de l'eau est une disponibilité d'une source d'eau renouvelable de moins de 1 000 m3 par habitant par an. Sur la base de cet indicateur, il y a une rareté d'eau physique dans la majeure partie de l'Afrique du Nord, ainsi que dans de nombreux pays d'Afrique de l'Est et d'Afrique australe.

Les pays nord africains comptent essentiellement sur les eaux souterraines, et beaucoup d'entre eux pompent les ressources en eaux souterraines à une cadence plus rapide que leur rechargement. La consommation d'eau augmentera pour chacune des principales utilisations : irrigation, besoins domestiques et besoins industriels.

En Afrique subsaharienne, les prélèvements d'eau moyens et la consommation totale d'eau augmenteront au moins jusqu'en 2025. Au regard des tendances actuelles de la croissance démographique et de l'utilisation de l'eau, les conclusions des recherches montrent qu'un certain nombre de pays dépasseront les limites de leurs capacités pour ce qui est des ressources en eau intérieures d'ici à 2025.

Les projections donnent à penser que le nombre de personnes vivant dans les zones où l'eau est rare en Afrique s'établira entre 350 et 403 millions d'ici à 2025, même sans changement climatique. Avec le changement climatique, le nombre de personnes pouvant être touchées par l'accentuation du stress hydrique devrait être de l'ordre de 350 à 600 millions. L'agriculture africaine, longtemps caractérisée par une très faible maîtrise de l'eau, a des besoins croissants. On observe, autour des points d'eau, des cultivateurs du Sahel empiétant sur les zones de pâturage.

Les tensions sur l'eau risquent d'avoir des conséquences géopolitiques importantes et d'être, à défaut de stratégies proactives, un des facteurs essentiels de conflits du XXIe siècle comme elle le sont ou l'ont été en Egypte et au Soudan, en Ethiopie et en Somalie, en Afrique du Sud et au Lesotho, dans les pays voisins du Nil ou du fleuve Niger.

L'eau était déjà, lors de la Conférence de Berlin, au centre des discussions sur la libre circulation des fleuves Congo et Niger. Les sociétés africaines, sauf rares exceptions, ne sont pas des civilisations hydrauliques. 4 % seulement des terres cultivées sont irriguées : en Afrique du Sud, dans la zone de l'Office du Niger au Mali, dans la moyenne vallée du Sénégal, dans le périmètre des barrages La Gézireh au Soudan. En revanche, les fleuves et les lacs (Niger, Congo, Zambèze, Orange) jouent un rôle central de délimitation des frontières et de dénomination des États.

L'eau est très inégalement répartie et conduit à opposer une Afrique en manque d'eau et une en excès d'eau. La plupart des pays souvent en aval des fleuves sont dépendants d'autres pays : Botswana, Gambie, Mauritanie, Niger, Soudan. On constate une raréfaction croissante, une baisse tendancielle de la pluviométrie et un assèchement des lacs (exemple du lac Tchad).

Les coopérations régionales entre les pays frontaliers des ressources hydrauliques seront ainsi déterminantes pour la prévention des conflits aussi bien pour le Bassin du Nil, que pour l'aménagement du fleuve Sénégal, ou le bassin du lac Tchad.

Nous avons pu constater en Éthiopie la détermination des autorités à achever la construction du barrage de la Renaissance sur le Nil bleu, à la frontière soudanaise. Ce projet pharaonique (6000 MW soit deux fois Assouan, retenue de 240 km de long, plus de 5 milliards de dollars d'investissements hors connexions électriques), pour lequel chaque fonctionnaire éthiopien doit verser un mois de salaire, est pour les autorités une nécessité pour répondre à la demande d'électricité qui croit à rythme supérieur à 10 % par an. Mais il pourrait avoir des conséquences au niveau environnemental au Soudan et en Égypte. Ces pays craignent un impact sur la productivité agricole mais surtout sur la réduction de l'approvisionnement en eau douce.

Dans ce contexte, il faut toutefois noter que, pour les populations, la situation n'a pas empêché des progrès considérables ces dernières années en matière d'approvisionnement et d'assainissement d'eau.

L'Objectif du millénaire pour le développement (OMD) visant à réduire de moitié la part de la population n'ayant pas accès durablement à l'eau potable et à un assainissement de base d'ici à 2015 est en passe d'être atteint.

En 2012, le Programme commun OMS/UNICEF pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement a annoncé que la Banque mondiale avait atteint cet objectif dès 2010. Toutefois, 800 millions de personnes continuent de boire de l'eau non potable dont la qualité n'a pas été améliorée. En juillet 2010, l'Assemblée générale des Nations unies a reconnu, à travers la résolution 64/292, l'adduction d'eau et l'assainissement comme un droit fondamental.

La Banque mondiale reste très active dans ce domaine en finançant localement des projets avec les acteurs privés. Ce type de projet semble prendre le pas sur les interventions internationales massives.

La France est également pleinement impliquée dans la coopération en matière d'accès à l'eau et d'assainissement. Après avoir doublé le montant de l'aide consacrée à ce secteur entre 2003 et 2007, elle compte engager dans ce secteur, sur la période 2010-2015, par l'intermédiaire de l'AFD, 300 millions d'euros chaque année en Afrique subsaharienne.

Parmi les projets de grande ampleur, le Programme d'investissements régional Kandadji pour le développement de la vallée du Niger, auquel l'AFD participe à hauteur de 66 millions d'euros, prévoit la construction d'un barrage, d'une centrale hydroélectrique et l'aménagement de périmètres irrigués.

Des industries extractives polluantes en pleine croissance

L'Afrique dispose d'immenses ressources minières, représentant à peu près le tiers des ressources mondiales. La part de l'Afrique dans les réserves mondiales s'élève à 89 % pour le platine, 81 % pour le chrome, 61 % pour le manganèse et 60 % pour le cobalt. La strate souterraine du bassin du Congo contient d'importantes ressources en pétrole et en minerais, notamment en cuivre, manganèse et uranium, ainsi qu'en diamant et en or. Ces ressources fournissent déjà des revenus significatifs aux pays de la région.

Les industries extractives ont non seulement des impacts directs, comme la déforestation, la pollution et la dégradation des ressources naturelles, mais elles causent également des impacts indirects liés au développement des infrastructures. Sans amélioration des efforts de mitigation des impacts environnementaux et en absence de mesures compensatoires, le développement des industries extractives représentera une menace évidente pour l'environnement.

La prospection, l'exploitation des mines et l'évacuation des déchets ont parfois provoqué une dégradation importante des terres qui a porté atteinte à l'habitat local et imposé un usage différent de la terre. Les opérations de fusion du cuivre et d'autres métaux non ferreux, à l'origine d'une pollution par des poussières toxiques, d'émissions de dioxyde de soufre et de pluies acides, ont été les plus néfastes à la qualité de l'air. Dans certains cas, les forages, les drainages miniers acides, les écoulements chimiques, l'érosion des sols et les amas de déchets liés aux opérations d'extraction ont épuisé ou dégradé les eaux de surface, les eaux souterraines et les nappes aquifères locales.

Le site d'Ogoniland, au Nigeria, représente un cas particulièrement préoccupant de pollution de l'environnement due à l'extraction des ressources. Malgré l'arrêt de l'extraction de pétrole dans la région en 1993, la destruction de l'environnement et la contamination restent massives.


* 11 Evaluation des ressources forestières mondiales 2010, FAO