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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )

D. S'EMANCIPER DU PASSÉ

La relation franco-africaine reste lestée du poids d'un passé mal assumé.

Le rejet dont la France est parfois l'objet, notamment dans les couches les plus jeunes de la population africaine, tire argument de sa responsabilité dans les pages les plus sombres de l'histoire de l'Afrique : l'esclavage qui l'a saignée de ses forces vives alors qu'elle constituait encore un continent sous-peuplé, la colonisation qui marqua son entrée traumatisante dans la modernité tout en l'enserrant dans des frontières qu'elle n'avait pas choisies, la décolonisation dont on néglige qu'elle fut, en Afrique subsaharienne, émaillée de massacres aujourd'hui «oubliés» (Madagascar 1947, Cameroun 1955, Algérie...).

Dans notre pays même, le passé colonial et post-colonial a du mal à passer.

Le thème resurgit régulièrement dans l'espace public, provoquant scandales et controverses, signe de la profondeur du malaise attaché à la relation à l'Afrique dans notre pays. Celui-ci tire sa source d'une difficulté à regarder en face l'histoire coloniale et des relations qui se sont tissées dans la décolonisation avec les anciennes colonies d'Afrique subsaharienne et du Maghreb.

Cette histoire est peu et mal connue dans la société française. Certains événements douloureux, dans lesquels notre pays n'a pas eu le beau rôle, font encore débat et ne sont pas entrés dans l'histoire « officielle », si tant est que ce terme ait un sens.

Ce passé alimente à la fois une certaine culpabilité, notamment chez les progressistes, et quantité de fantasmes et de caricatures. Il a forgé, dans les représentations collectives, des images extrêmement fortes et réductrices, qui ont tendance à symboliser pour nos compatriotes la réalité africaine, comme celle du monarque africain, autocrate corrompu et richissime, celle des affaires politico-financières (Elf, « angolagate »), ou celle du l'aide détournée (« Carrefour du développement », « éléphants blancs »).

Face à cette histoire refoulée et à ces images médiatiques, le système politique français peine à énoncer, vis-à-vis de l'ancien espace colonial, un discours et des pratiques permettant de concilier les valeurs universelles que nous portons, la défense de nos intérêts et l'héritage de cette histoire.

La coopération est devenue depuis longtemps, aux yeux de l'opinion et d'une grande partie des élites, un des principaux symboles de cette histoire. Une partie de ses dysfonctionnements trouvent d'ailleurs leur origine dans ce malaise africain, porté par les décideurs ou les acteurs de la coopération eux-mêmes : la préférence pour le multilatéral supposé neutre et légitime, face à un bilatéral « corrupteur» ; l'obsession de notre aide à l'Afrique, érigée en vache sacrée, sans savoir bien souvent de quelle Afrique on veut parler.

Une telle assimilation coopération-« Françafrique » était sans doute excessive il y a vingt ans. Elle est, à présent, largement anachronique, tant les pratiques ont évolué.

Pourtant elle reste très présente. Et elle viendra immanquablement s'inscrire en toile de fond d'une relance de la politique africaine que nous souhaitons.

C'est pourquoi il convient de régler ces contentieux, qui empoisonnent la relation et solder le passé par une mise en récit commune de cette histoire partagée.

Pour cela, toutes les initiatives qui peuvent déboucher sur des regards croisés sur l'esclavage, la colonisation et la période post-coloniale sont à promouvoir : livre d'histoire franco-africain écrit à deux mains, initiatives collectives franco-africaines, etc.

Pour ce faire, nous proposons de créer un programme de soutien aux travaux de recherche franco-africains abondés par des crédits de l'ensemble des ministères concernés (affaires étrangères, éducation nationale, recherche, défense).

Il s'agirait de promouvoir le travail d'équipes mixtes franco-africaines sur l'histoire commune.

Ce programme « pour une écriture franco-africaine d'une histoire partagée » devrait être complété par une plus large ouverture des archives sur la période coloniale. La remise récente des archives sur le massacre de Thiaroye va dans ce sens63(*). Ce geste doit être renouvelé pour l'ensemble des épisodes suscitant encore des débats et où des travaux scientifiques sont susceptibles d'apaiser les mémoires.

Ce fonds pourrait également être ouvert à des ouvrages sur la période contemporaine mettant l'accent sur les relations franco-africaines.

4) Créer un programme « pour une écriture franco-africaine d'une histoire partagée » pour promouvoir le travail d'équipes mixtes franco-africaines sur l'étude de notre histoire commune.

5) Poursuivre l'ouverture des archives sur la période coloniale.


* 58 Situation en République centrafricaine (Q&R - Extrait du point de presse - 28 août 2013) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/republique-centrafricaine/la-france-et-la-republique-1216/evenements-19300/article/situation-en-republique-108081