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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )

III. ET POURTANT UNE PARTIE DE L'AFRIQUE EST BIEN PARTIE

En 1991, Mme Axelle Kabou écrivait dans « Et si l'Afrique refusait le développement » : « L'Afrique est une sorte de cul-de-sac, de terminus, de voie de garage où aucun espoir de mobilité ascendante n'est permis. Tout paraît y être voué d'avance à la dégradation, à la détérioration, à l'inertie ».

20 ans après, l'ensemble des institutions économiques multilatérales et des analystes économiques souligne le décollage du continent.

L'Afrique se trouve à un moment crucial de son développement.

L'évolution démographique, la rapide urbanisation et une envolée prolongée des cours des produits de base ont aussi provoqué d'énormes changements.

Au niveau international, les mutations économiques et géopolitiques survenues au cours des deux dernières décennies ont modifié le rapport de forces traditionnel du monde et marqué l'émergence de nouvelles puissances issues du Sud qui investissent en Afrique.

Certes, il existe encore des zones désertée par le développement, marquée par la pauvreté comme au Sahel ou par des conflits à répétition comme en Centrafrique. Mais la période qui s'est ouverte avec le 21è siècle semble offrir à une partie de l'Afrique des possibilités sans précédent de surmonter l'héritage du passé et d'entrer dans une phase accélérée de transformation.

A. UN REBOND ÉCONOMIQUE INCONTESTABLE

1. D'une terre de pessimisme à une terre d'opportunités.

Les chiffres sont là. Après plus d'une décennie perdue, l'Afrique subsaharienne connaît, depuis le milieu des années 1990, une période de croissance supérieure à celle du reste du monde.

Cette croissance moyenne a atteint ces dix dernières années 5,5 %, soit plus du double de ce qu'elle avait enregistré dans les années 80 (2,6 %) ou 90 (2,3 %) quand ces niveaux étaient inférieurs à la croissance démographique.

Ce niveau dépasse celui de l'ensemble de l'économie mondiale (3,7 %).

Au cours de la décennie écoulée, six des dix économies à la plus forte croissance dans le monde appartenaient à l'Afrique (Angola, Nigeria, Éthiopie, Tchad, Mozambique et Rwanda).

C'est la fin de l'image d'Épinal d'une Afrique perdante de la mondialisation : n'en déplaise à René Dumont, l'Afrique noire est enfin bien partie.

Le Docteur Carlos LOPES, Secrétaire exécutif de la Commission économique africaine de l'ONU, nous l'a confirmé : « En 2012, l'Afrique subsaharienne a affiché de solides résultats et devrait continuer de le faire. La croissance de la production a été en moyenne de 5,1 % en 2012 et, d'après les projections, devrait atteindre 5,4 % en 2013, puis 5,7 % en 2014 ». 

« Les chiffres des statistiques africaines sont largement incomplets étant donné la faiblesse des outils statistiques et l'importance du secteur informel » a-t-il souligné, « mais le cas du Ghana a montré que l'actualisation des statistiques des comptes nationaux pouvait aboutir à une augmentation de 60 % de la taille estimative du PIB ! ».

Plusieurs économistes ont fait valoir que le calcul du PIB des pays africains ne permet pas de refléter la réalité d'un continent où la part de l'économie informelle est très importante et où les données officielles sont lacunaires. Pour Alwyn Young, professeur à la London School of Economics, auteur d'un ouvrage sur le miracle de la croissance africaine : «  la croissance de l'Afrique subsaharienne au cours des vingt dernières années serait trois fois supérieure aux chiffres retenus par les organisations internationales. »19(*)

Le discours a changé parce que la réalité a changé.

Cette année, d'après les prévisions du FMI, la moitié des 30 pays à la plus forte croissance seront situés en Afrique. Deux d'entre eux se placent même en tête de la liste. Certains experts prédisent qu'au cours des cinq années à venir, l'économie africaine croîtra plus vite que son homologue asiatique.

La Banque mondiale n'est pas en reste ; elle affirme que « l'Afrique «pourrait être au bord d'un décollage économique, tout comme la Chine il y a trente ans et l'Inde, il y a vingt ans20(*).

Le pouls économique de l'Afrique s'est accéléré, impulsant au continent un nouveau dynamisme commercial. Les télécoms, la banque et le commerce de détail prospèrent.

Certes, l'Afrique a largement bénéficié de l'envolée du cours des matières premières dans la décennie écoulée. Ainsi, le cours du pétrole est passé de moins de 20 dollars le baril en 1990 à plus de 145 dollars en 2003. Les cours des minerais, des céréales et d'autres produits de base ont également grimpé en flèche dans le sillage de la demande mondiale.

Pourtant la manne des matières premières ne peut à elle seule expliquer la croissance de l'Afrique. Selon une étude de McKinsey Global Institute, « L'heure des Lions » : L'Afrique à l'aube d'une croissance pérenne,  « à peine 24 % de la hausse du PIB entre 2000 et 2008 ont été générés par le secteur des ressources naturelles. Le reste provient de secteurs tels que le commerce de gros et de détail, les transports, les télécommunications et l'industrie manufacturière. »

Dans le domaine des transports, on constate ainsi une augmentation de 5,7 % d'augmentation par an du trafic passager annuel et des prévisions d'augmentation du nombre des avions de ligne de 600 à 1400 dans les vingt années à venir, ainsi qu'une croissance de 10 à 12 % d'augmentation des échanges commerciaux par voie maritime.

Le secteur des infrastructures terrestres est quant à lui soutenu par de nombreux projets : la construction du tronçon de 200 km manquant entre Assamaka (frontière avec l'Algérie) et Arlit au Niger, le projet d'autoroutes transafricaines entre Dakar et N'Djamena et entre N'Djamena et Djibouti tout comme la construction d'un tronçon ferroviaire entre Dakar, N'Djamena et Djibouti, la construction d'un gazoduc entre le Nigeria et l'Algérie via le Niger (4300 km), la construction d'une autoroute entre le Sud Soudan et les bords du Nil, l'aménagement de la voie ferrée Abidjan-Ouaga à l'été 2013 (1300km), l'autoroute Abidjan-Lagos.

Dans le domaine des télécommunications, en l'espace de cinq ans, le marché de la téléphonie mobile en Afrique a crû à un rythme de 44 % par an, le continent recensant aujourd'hui environ 650 millions d'abonnements, chiffre qui le place devant l'Union européenne et les États-Unis. Le nombre de téléphones mobiles dépasse de très loin celui des lignes fixes.

Le rythme de cette croissance est époustouflant. Il suffit de comparer le nombre de téléphones cellulaires au Kenya en 2000,15 000, à celui d'aujourd'hui, 15 millions, pour s'en rendre compte.

Le développement des services bancaires sur mobile est un exemple frappant des innovations en Afrique et de la manière dont une pratique adaptée au contexte local peut générer une vague de solutions innovantes et révolutionnaires. Au Kenya, plus de 30 % de la population dispose d'un compte virtuel. Les transferts d'argent entre individus atteignent 17 % du PIB, et la moitié de ces transactions ne dépasse pas 10 dollars. Les comptes virtuels sont utilisés pour transférer rapidement de l'argent à des proches dans le besoin ou effectuer des paiements en s'exonérant des coûts élevés des services bancaires traditionnels.

Au Ghana, les détenteurs d'un compte bancaire mobile sont plus nombreux que ceux qui disposent d'un compte ordinaire. Dans ce même pays, un opérateur téléphonique sud-africain s'est associé à une société d'assurances pour proposer le versement des cotisations d'assurance- vie par téléphone mobile. Les taux de croissance des banques de détail dans un pays comme le Kenya depuis sept ans se situent entre 30 et 35 %.

Pour Lionel Zinsou : « Le continent connaît la progression la plus rapide dans l'histoire des sociétés en matière de bancarisation. ». Une épargne significative apparaît dans les comptes bancaires et peut désormais être mise à disposition dans l'économie sur les marchés financiers. En passant désormais par des circuits professionnels, l'épargne devient active. L'Afrique anglophone est à cet égard plus rapide dans son évolution que l'Afrique francophone et a déjà mis en place des systèmes de fonds de pension et des mécanismes de financement long de l'économie. Plus de 400 milliards de dollars se retrouvent dans les comptes des fonds de pension en Afrique. Ces ressources d'épargne et d'assurance vie financent également les Etats qui vont alors sur les marchés. Ces derniers peuvent désormais émettre des obligations et se financer sur les marchés intérieurs, sans risque de change. On a donc une activation de l'épargne du continent sous forme moderne.


* 19 A. Young, The African Growth Miracle, London School of Economics, 2009.

* 20 Africa's Future and the World Bank's Role in it