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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )

B. UNE URBANISATION VERTIGINEUSE ENTRE VILLE ET BIDONVILLE

Cette dynamique démographique s'accompagne de dynamiques spatiales, tant en termes de migration de population que d'urbanisation.

L'Afrique a longtemps été le continent le plus faiblement urbanisé de la planète, c'est encore aujourd'hui le cas avec 35 % de citadins contre 80 % en Amérique latine. En revanche, la dynamique d'urbanisation est en marche avec des taux de croissance allant jusqu'à 35 % par an, comme l'illustre la carte suivante.

Le taux d'urbanisation de l'Afrique est cependant déjà supérieur à celui de l'Inde. Le continent compte aujourd'hui trois mégapoles, comme l'Inde, et presque autant que l'Amérique latine, qui en a quatre, alors que la Chine en héberge le double.

Quelque 400 millions d'Africains vivent en ville, soit près de 35 % de la population, contre 3 % il y a un siècle.

1. « L'exode rural est en marche »

L'Afrique rurale est en train de procéder à une vaste migration vers les villes. Des centaines de millions de ruraux sont concernés.

En 2030, le continent comptera environ 760 millions de citadins (soit plus que la population de l'ensemble de l'Europe), soit plus de la moitié de sa population.

En 1950, il n'y avait aucune ville de plus de 1 million d'habitants en Afrique subsaharienne. En 1960, seule Johannesburg atteignait ce seuil. Elles sont 53 actuellement; dans dix ans, elles seront plus de 70. A Kinshasa la population a été multipliée par dix depuis 25 ans. Lagos a vu sa population multipliée par 40.

Le défi est à la dimension de l'Afrique. Selon les dernières projections de l'ONU4(*), en 2050, les villes africaines accueilleront plus d'un milliard d'habitants !

2. Les villes : locomotives du développement ou chaudron urbain

L'histoire des villes nous enseigne que le même processus s'est répété sur tous les continents: lors des révolutions industrielles et des phases de décollage économique, les villes ont été les locomotives du développement territorial. Ce phénomène est d'autant plus important dans une économie mondialisée. Shanghai ou Séoul en sont de belles illustrations.

Dans les grandes métropoles du littoral ouest-africain, comme Dakar, Abidjan ou Lagos, les capacités d'attraction et de rayonnement, héritées d'un positionnement géographique, géopolitique ou encore administratif particulièrement favorable, commencent cependant à être sérieusement remises en question par l'accumulation des dysfonctionnements résultant d'un urbanisme désarticulé, d'un étalement non régulé et d'un retard en matière d'équipements urbains, en particulier dans les infrastructures de transport.

Les grandes villes africaines sont encore loin d'être les moteurs économiques qu'elles devraient devenir.

20 % des urbains disposent d'eau potable et moins de 10 % ont accès à un réseau d'égouts.

C'est pourquoi, face à cette pression démographique, le développement équilibré des villes et des territoires devra être placé au coeur des politiques publiques.

Une population qui double en trente ans et qui s'urbanise à grande vitesse met nécessairement l'offre de services publics sous fortes tensions - des tensions qui pénètrent au plus profond des sociétés et des systèmes politiques.

Imaginez qu'aujourd'hui, on estime que seuls 20 % des urbains disposent d'eau potable et moins de 10 % ont accès à un réseau d'égouts.

Dans de nombreux pays, les autorités ont à faire face à de vastes « chaudrons » urbains où une jeunesse pléthorique et sans emploi est susceptible de poser des problèmes de sécurité d'une échelle inégalée.

Dans des villes riches comme le Cap, des quartiers entiers naissent et croissent de 5 % par an dans la pauvreté et la tôle ondulée pour accueillir en quelques décennies plusieurs centaines de milliers d'habitants.

A l'est du Cap, nous avons pu voir le long de la route vers la région de Stellenbosch et de Franshhoek, la terre de Huguenots français, le « Town ship  » de Khayelitsha qui compterait plus d'un million d'habitants.

Ces milliers de cabanons juxtaposés, éclairés par de rares lumières alimentées par des branchements pirates aux quelques poteaux électriques qui surplombent une mer de tôles ondulées, sont devenus en quelques années des villes, l'urbanisme en moins. Ces favelas africaines héritées de l'apartheid ont grossi dans l'anarchie sans que les pouvoirs publics n'y puissent rien, sinon accepter un urbanisme de la nécessité, sans schéma, ni direction, sans infrastructure, ni réseau, sinon des rangées de toilettes préfabriquées : de monstrueux synoecismes que rien ne semble pouvoir arrêter.

Mais on aurait tort de penser que l'Afrique du Sud a le monopole des Township. A Kinshasa, la population a été multipliée par dix depuis 25 ans. Lagos a vu sa population multipliée par 40. Ces villes, à l'instar d'Abidjan, de Nairobi ou de Lagos, sont entourées de bidonvilles tentaculaires.

Comme l'a fait observer un responsable de la coopération française : « La démographie de ce continent ne sera un atout que si elle ne se traduit pas par des hordes de jeunes analphabètes campées dans des bidonvilles insalubres. ».

Dans les villes, la pauvreté s'accroît, même si, parfois, l'intense circulation des biens et des hommes en atténue la rigueur. La ville constitue un fantastique terreau pour une remise en cause et une réinterprétation de valeurs héritées, et pour l'émergence de nouvelles valeurs. Une culture urbaine se forge peu à peu. La ville favorise des processus d'individualisation propices à l'émergence de nouveaux rapports sociaux et, peut-être, à de nouveaux comportements économiques.


* 4 United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division: World Urbanization Prospects, the 2011 Revision. Final Report with Annex Tables. New York, 2012, http://esa.un.org/unpd/wup/Documentation/final-report.htm