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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )

B. L'AFRIQUE EN FRANCE, UNE RÉALITÉ SOUS-ESTIMÉE

Après deux jours d'opération Serval, le Président de la République François Hollande a reçu les représentants des associations de la communauté malienne installée en France, notamment le Haut Conseil des Maliens de France qui fédère 360 associations d'une communauté qui compte environ 100 000 Maliens de France.

Quelques mois plus tard, alors qu'une soixantaine de soldats maliens défilent le 14-Juillet sur l'avenue des Champs-Elysées aux côtés de militaires français dont les unités ont été engagées au Mali rappelant le souvenir des tirailleurs sénégalais et des héros de Monte Cassino « morts pour la France », la 67e édition du Festival d'Avignon s'ouvre autour de représentants majeurs de la scène théâtrale africaine réunis par le Congolais Dieudonné Niangouna.

Ces gestes symboliques illustrent une autre dimension de la relation au continent africain, la présence d'une communauté africaine forte de plus de 800 000 immigrés auxquels il faut ajouter près de 200 000 descendants de plus de 18 ans.

C'est pourquoi la France en Afrique ne saurait se comprendre sans mesurer le poids, l'importance du continent noir dans l'Hexagone.

L'Afrique, la France la vit aussi de l'intérieur, à cause de cette communauté africaine nombreuse qui fait que jamais la relation au continent noir ne sera la même qu'avec un autre continent, mais aussi en raison de la présence au sein des réseaux culturels français d'un tropisme africain qui existait bien avant la décolonisation et qui perdure au-delà, dans un compagnonnage fertile.

1. 1 million d'Africains en France : un enjeu politique et diplomatique

Même s'il ne s'agit que de 13 % de la population immigrée de France, avec plus d'un million de personnes, l'existence d'une communauté africaine de France pèse et influence de différentes façons l'évolution des relations avec les partenaires africains.

La présence d'une Afrique de l'Hexagone ne dicte pas la conduite du pays à l'égard du continent africain, loin s'en faut. Elle n'a pas le poids que peut avoir par exemple la communauté juive ou éthiopienne aux États-Unis, mais elle constitue l'un des éléments structurants de la politique africaine.

La politique migratoire et sa fermeture progressive, mais aussi la politique d'accueil et de promotion des artistes africains au sein des institutions culturelles de l'Hexagone ont façonné le profil d'une présence africaine en France. L'attitude des pouvoirs publics à l'égard de cette communauté a été, selon les moments et les sujets, une source de rapprochements avec différents pays ou au contraire un facteur d'irritation.

L'immigration africaine en France, une dimension négligée de la politique africaine.

Cette présence a une histoire. La montée en puissance de l'immigration d'Afrique subsaharienne et de son enracinement en France s'est renforcée depuis les années soixante-dix, mais tire évidemment son origine dans l'histoire de la colonisation.

Au cours du 20e siècle, la filière scolaire par laquelle certains éléments brillants des colonies sont venus en France est la raison la plus ancienne et, sans doute, la plus constante. Elle a permis de former les leaders de mouvements politiques, culturels et indépendantistes ou assimilationnistes dès la fin de la Première Guerre mondiale. Une grande partie de l'élite africaine des indépendances est passée par la France.

Une filière militaire s'est également mise en place dès la Première Guerre mondiale (1914-1918) avec la mobilisation des colonies par la France. Les bataillons de tirailleurs sénégalais et d'Africains noirs participant aux combats en 1914-1918 comptaient environ 134 000 hommes. Ils étaient 64 000 à se battre au printemps 1940. Si la plupart des survivants sont rentrés à la fin de la guerre, certains sont restés et se sont installés en France.

Même s'il a fallu attendre longtemps pour qu'il leur soit rendu hommage, le souvenir de leur sacrifice est encore présent dans les mémoires. On se souvient des polémiques et de l'injustice faite aux anciens combattants dont les retraites ont été gelées avant que le Conseil constitutionnel impose aux pouvoirs publics de changer de position.

Cette dette de sang est un des épisodes marquants de la relation à l'Afrique francophone.

A l'occasion du cinquantenaire des indépendances africaines, certains anciens soldats d'Afrique subsaharienne avaient été invités en France, témoignant ainsi de la reconnaissance de la France à l'égard de ce qui est présenté comme une dette de sang. C'est d'ailleurs précisément à eux que François Hollande a rendu hommage en recevant le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, au lendemain de l'intervention au Mali : « C'est une dette que mon pays avait à acquitter à l'égard de l'Afrique. Parce que la France ne pouvait pas oublier la participation des soldats d'Afrique à nos côtés lors des deux dernières guerres mondiales. Non, la France ne pouvait pas oublier les dizaines de milliers d'Africains qui ont laissé leurs vies sur les champs de bataille pour la liberté de la France, pour les libertés de l'Europe. ».

C'est cependant la migration de travail qui a été la principale cause de l'augmentation de la communauté africaine en France.

Après la première guerre, militaires démobilisés, navigateurs, travailleurs manuels originaires du continent sont recensés dans les villes portuaires (Marseille, Bordeaux, Le Havre, etc.) mais aussi à Paris. Les ressortissants de la vallée du fleuve Sénégal (Soninké et Toucouleur du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie) sont arrivés à partir des années 60 en plus grand nombre dans le cadre des accords de main-d'oeuvre bilatéraux.

L'immigration africaine: un enjeu majeur du débat politique français.

Les migrations des épouses, amorcées au début des années 70 au titre du regroupement familial, a pris très vite la forme de migrations de travail. La population africaine de France s'est diversifiée ensuite avec le développement des flux de citadins venant principalement d'Afrique centrale (Cameroun, Zaïre) mais comportant aussi des ressortissants des capitales et villes de l'Afrique occidentale, notamment sahélienne.

Les migrations d'étudiants africaines, à l'origine tournantes et provisoires, deviennent, à partir de cette époque, plus souvent définitives, avec la crise des États africains et les migrations de travail.

A partir de 1974, la fermeture des frontières à l'immigration de travail extra-européenne va modifier la donne et faire de l'immigration un élément important de la relation de la France à l'Afrique subsaharienne.

Après avoir encouragé l'immigration à une époque où les besoins de main-d'oeuvre étaient importants, les différents gouvernements ont alternativement ouvert et fermé les possibilités d'obtenir des visas avec, globalement, une restriction des entrées.

Dans un contexte de chômage structurel élevé et de tensions sociales croissantes se traduisant par la multiplication des phénomènes d'exclusion sociale, l'immigration est devenue un enjeu majeur du débat politique.

La crispation de l'opinion publique, le contexte économique et social dégradé, les difficultés rencontrées par les politiques d'intégration, ont conduit la France à adopter une politique migratoire plus ou moins restrictive -pour ne pas dire répressive- selon les gouvernements en place et à renforcer les moyens de lutte contre l'immigration irrégulière.

Il s'en est suivi des politiques de visas restrictives et d'encouragement au retour des ressortissants étrangers travaillant dans les secteurs où traditionnellement le nombre d'emplois à pourvoir était important et dont le profil ne correspondait plus aux besoins de l'économie française.

Ces politiques de retour ont été concrétisées par des mesures d'expulsion des immigrés clandestins, accompagnées d'un volet d'incitation et d'accompagnement se traduisant par l'octroi de pécules qui pouvaient être injectés dans l'économie du pays d'origine. Par ailleurs, les retours volontaires et spontanés ont également ramené au pays d'origine des ressortissants porteurs de capacités d'investissement et de création d'entreprises.

Pour l'opinion publique africaine, ce revirement s'est essentiellement traduit par une restriction de la politique des visas et a été illustré par les fameux charters de Maliens en 1986 qui concernent un nombre assez limité d'immigrés, mais dont la médiatisation a eu pour effet de cliver le débat politique sur les sans-papiers, d'envoyer volontairement un signal négatif aux candidats à l'immigration.

Politique des visas, expulsions et charters : trois figures du ressentiment africain

La politique des visas comme ces expulsions médiatisées ont été très mal perçues en Afrique, l'opinion publique jugeant l'attitude de la France à la fois ingrate et attentatoire à la dignité des Africains.

Pour autant, sur une longue période, cette politique migratoire française, au-delà des clivages politiques, n'a pas arrêté l'immigration africaine mais en a enrayé le rythme. Elle a, en effet, continué à prendre en compte les besoins en main-d'oeuvre des différents secteurs de l'économie ainsi que les flux liés au regroupement familial.

En 2012, les autorités françaises ont délivré 1,8 million de visas de court séjour et plus de 170 000 titres de long séjour. Elles ont procédé également à plus de 100 000 naturalisations.

Le flux d'étudiants africains reste important avec plus de 50 000 étudiants africains (hors Maghreb), ce qui constitue près du quart des étudiants étrangers en France.

La politique migratoire restrictive menée ces dernières années a eu un impact direct, on le verra, sur la politique d'accueil des artistes et des élites africaines et des étudiants.

Elle n'a cependant pas empêché la constitution en France d'une communauté africaine importante même si elle est très minoritaire parmi les immigrés.

Les immigrés originaires d'Afrique subsaharienne n'étaient que 20 000 en France au moment du recensement de 1962, contre 800 000 en 2012, soit une multiplication par 40 en un peu plus de 40 ans. L'augmentation est certes importante, si bien qu'en 2012 les Subsahariens ne représentent qu'un peu plus d'un dixième de l'ensemble des immigrés en France (13%).

Cette communauté africaine de France que l'on retrouve parfois concentrée à Montreuil, « la deuxième grande ville du Mali », à Paris notamment à Belleville ou à la Goutte-d'Or, en région parisienne, notamment à Corbeil, à Mantes-la-Jolie, à la Courneuve, à Saint-Denis ou Sarcelles, est très jeune. La moitié n'est en France que depuis 10 ans, 50 % sont âgés de 25 à 44 ans. Elle accueille aujourd'hui une deuxième génération d'Africains de France qui possèdent la nationalité française.

Cette communauté est pour l'essentiel issue de l'Afrique francophone, deux Africains sur trois en France provenant d'anciennes colonies françaises.

Comme l'a souligné M. Luc Derepas, secrétaire général à l'immigration et à l'intégration au ministère de l'intérieur : « on observe cependant des différences notables entre les immigrés venus d'Afrique guinéenne ou centrale et ceux qui proviennent de l'Afrique sahélienne. »

Les immigrés venus d'Afrique guinéenne ou centrale sont par exemple 66 % à avoir parlé le français durant l'enfance, alors que pour l'Afrique sahélienne, la part n'est que de 34 %. Ces écarts et similitudes s'observent aussi pour les descendants, mais à des niveaux beaucoup plus élevés : 84 % des descendants originaires d'Afrique sahélienne, 98 % pour ceux originaires d'Afrique guinéenne ou centrale parlaient le français durant l'enfance.

Ces différences s'observent également quant à la répartition par niveau de diplôme atteint. Les immigrés originaires d'Afrique sahélienne sont 32 % à être sans diplôme mais aussi 30 % à être diplômés du supérieur. Dans le premier cas, c'est une proportion élevée, mais aussi dans le second. Pour les femmes, 52 % sont sans diplôme et 10 % à être diplômées du supérieur. Les hommes immigrés d'Afrique guinéenne ou centrale sont 42 % à être diplômés du supérieur et seulement 9 % à n'être pas diplômés.

Il s'agit donc, contrairement à l'image que l'on s'en fait, d'une population relativement éduquée et diplômée.

Les Africains de France appartiennent aux catégories sociales les plus diverses et comptent dans leurs rangs des figures d'excellence telles que : dans le domaine économique, Lionel Zinsou ou Tidjane Thiam, polytechnicien, ingénieur civil des Mines, originaire de la Côte-d'Ivoire, premier PDG d'origine africaine du Footsie (équivalent britannique du CAC 40) ; dans la sphère politique, Rama Yade, née à Dakar, administratrice du Sénat puis Secrétaire d'État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l'homme, ou Kofi Yamgnane, né à Bassar au Togo, maire d'une commune du Finistère et Secrétaire d'État aux Affaires Sociales et à l'Intégration dans les gouvernements socialistes d'Edith Cresson et de Pierre Bérégovoy ; dans le domaine du sport, Yannick Noah ; ou dans le cinéma Omar Sy, acteur français né d'une mère mauritanienne et d'un père sénégalais.

Comme le souligne régulièrement La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, cette Afrique de France est confrontée, à l'instar des minorités qu'on appelle désormais visibles, à des discriminations liées à leur nationalité autant qu'à la couleur de leur peau.

Le racisme sous toutes ses formes reste une réalité telle que décrite par le roman de Calixthe Beyala ou de Sami Tchak, qui touche aussi bien « les petits princes de Belleville » que des parcours prestigieux comme celui de Tidjane Thiam qui, après avoir à la sortie de Polytechnique paradé sur les Champs-Élysées à la grande fierté de sa mère sénégalaise sans instruction, a fini par quitter la France lassé de ce plafond de verre qui empêche trop souvent les cadres d'origine africaine de décrocher des postes à responsabilité là où l'Angleterre s'avère plus ouverte.

« Quand les banlieues françaises flambent, la jeunesse d'Afrique se sent maltraitée ».

Cette Afrique de France est regardée, observée par le continent noir.

Avec le développement d'Internet et de la télévision, la réalité de vie des communautés africaines en France est aujourd'hui mieux connue en Afrique et très commentée. Le développement du racisme comme le sort des sans-papiers est suivi avec attention et réprobation. Si les difficultés de l'intégration ne dissuadent pas les candidats à l'immigration, toujours très nombreux, comme nous l'a dit un interlocuteur à Abidjan, « Quand les banlieues françaises flambent, la jeunesse d'Afrique se sent maltraitée ». Et il est significatif de voir que lorsque TF1 nomme Harry Roselmack comme présentateur du journal télévisé de TF1, la presse africaine titre : « Un 20h présenté par un Noir sur la première chaîne française, une sacrée avancée ». 

Cette présence africaine dans l'Hexagone influe sur la politique africaine de la France de différentes façons.

Au niveau politique, elle ne constitue pas en soi un enjeu électoral majeur, même si localement, à Montreuil ou ailleurs, la concentration des communautés africaines a une influence sur les positions des responsables locaux. Elle pèse néanmoins à travers un réseau dense d'associations dont les capacités de mobilisation avec les ONG nationales ne sont pas négligeables, comme l'a illustré le combat pour les sans-papiers.

Des communautés africaines de France mobilisées sur tous les dossiers qui touchent le continent noir

Ces réseaux sont particulièrement présents dans les débats sur l'immigration, la gestion concertée des flux migratoires et le codéveloppement. Leur mobilisation lors de l'opération Serval ou sur des dossiers pendants relatifs aux droits de l'homme, à la démocratie, à la corruption, sur des dossiers comme les biens mal acquis, montre que la politique africaine du gouvernement est aujourd'hui suivie de près par les communautés africaines de France.

Au niveau diplomatique, dès les années 2000, le fait migratoire devient un élément incontournable des relations avec les pays africains.

D'un côté, les pouvoirs publics, toutes majorités confondues, ont cherché à optimiser le lien entre migration et développement en essayant de promouvoir des actions de codéveloppement menées par des migrants dans leurs pays d'origine.

S'appuyant sur des pratiques sociales anciennes, les gouvernements successifs ont cherché à abonder les projets soutenus par les migrants dans une perspective de développement mais aussi de retour au pays d'origine.

Contestées par les uns, louées par les autres, ces actions ont eu du mal à s'imposer comme une politique publique autre qu'expérimentale.

La faiblesse des moyens mis en oeuvre au sein d'un programme budgétaire 301, son arrimage à la politique de restriction de l'immigration et la difficulté à transformer une pratique sociale en une politique publique d'envergure ont contribué à en limiter les résultats.

Parallèlement, la France a cherché à établir une contractualisation, avec les pays d'origine des migrants, des règles en matière de circulation et séjour des personnes, de lutte contre l'immigration clandestine et de retour des immigrés clandestins.

En 2011, treize accords avaient été signés notamment avec le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Cap-Vert, le Congo, la République de Maurice, le Gabon, le Sénégal, la Tunisie.

Le principe des accords de gestion « concertée » des flux migratoires était d'articuler un assouplissement des règles de circulation pour certaines catégories de personnes originaires des pays partenaires, comme les étudiants ou les travailleurs migrants, avec un renforcement de la coopération en matière de lutte contre l'immigration clandestine et un soutien aux initiatives dans le domaine du codéveloppement.

Les accords de gestion concertée des flux : une tentative de créer un cadre de dialogue sur la question des migrations.

Le but principal de ces accords était et reste de former un cadre de dialogue avec les pays africains sur la question des migrations. En l'absence d'échanges institutionnels, le sujet était encore très empreint d'approximations et de préjugés que la mise en oeuvre des accords doit permettre d'affronter plus sereinement avec un suivi régulier au sein de commissions mixtes qui constituent autant d'instances de dialogue.

En revanche, l'équilibre des accords, qui dépend largement de leurs conditions d'application et, en premier lieu, de la concrétisation de leur volet « développement », a été jugé par beaucoup défavorable aux pays africains. Non seulement les budgets n'ont pas suivi, mais le droit commun de plus en plus restrictif est venu remettre en cause les maigres avancées prévues par les conventions en matière de visas.

La multiplication des régimes spécifiques a conduit à une gestion singulièrement complexe par les préfectures et les consulats. Ces derniers, déjà confrontés à des dispositifs multiples, ont limité la portée des mesures visant à faciliter les migrations circulatoires à l'image de la carte « compétences et talents », dont le passage « en régime de croisière » s'est finalement traduit par des délivrances « au compte-gouttes », soit 300 cartes par an pour l'ensemble de la planète !

Cette politique de visas circulatoires a, en outre, été progressivement vidée de son sens par la pratique des consulats et les circulaires d'interprétation de plus en plus restrictives à l'image de la circulaire du ministère de l'Intérieur français du 31 mai 2011, surnommée « circulaire Guéant » abrogée en 2013.

Le volet développement des accords a été considérablement réduit par les contraintes budgétaires à une trentaine de millions d'euros et par la difficulté à définir la spécificité des projets de codéveloppement qui dans un premier temps étaient conduits par le ministère de l'immigration.

Enfin, la mise en oeuvre de ces accords, qui étaient censés ouvrir la voie à une politique ambitieuse de codéveloppement, a fini par être perçue comme une forme de « chantage migratoire » aux termes duquel les pays contractants, en échange de la reprise de leurs ressortissants en situation irrégulière, bénéficiaient selon les cas d'un surcroît de coopération ou simplement du maintien de leur aide au développement.

Cette situation a conduit des pays comme le Mali, dont plus de 4 % du PIB provient de fonds transférés par les migrants, à refuser de signer, les autorités jugeant un accord trop impopulaire auprès de la population malienne qui craignait qu'un tel accord limite encore les possibilités de visas.

Parallèlement, la nouvelle majorité issue des élections de 2012 s'est engagée à supprimer ce lien entre les accords de gestion concertée et le financement du codéveloppement dont les crédits ont été rapatriés au ministère des Affaires étrangères, sans remettre en cause les accords signés.

Dans le même temps, la majeure partie des pays européens concernés et l'Union européenne se sont engagés dans des politiques similaires.

Le « Pacte européen sur l'immigration et l'asile », adopté par le Conseil européen en 2008, vise ainsi à encourager des partenariats entre les pays de destination, d'origine et de transit, favorisant les synergies entre migrations et développement.

En outre avec la mise en place de l'espace Schengen, la politique migratoire française à l'égard de l'Afrique a pris une dimension européenne sans qu'une harmonisation des pratiques ne se soit véritablement mise en place.

Compte tenu du défi démographique auquel devra faire face l'Afrique en général et l'Afrique francophone en particulier, cette question de l'immigration est sans doute un aspect névralgique des relations de la France à l'Afrique dans les décennies à venir.