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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )
3. La France hexagonale et ultramarine en voisin de l'Afrique

12 kilomètres seulement séparent l'Afrique de l'Europe et c'est une raison suffisante pour que les destins de nos deux continents soient liés. C'est sans doute une évidence pour les États membres ayant une façade méditerranéenne comme la France, plus que pour d'autres.

Car la France est voisine de l'Afrique à plus d'un titre.

D'abord par sa façade atlantique, par laquelle le commerce entre la France et l'Afrique transite depuis la découverte du continent pour le meilleur et pour le pire. C'est encore par cette voie que transitent une grande partie des approvisionnements de la France en hydrocarbures via le Golfe de Guinée, ainsi que les exportations françaises vers l'Afrique. C'est également par l'océan Atlantique que transite aussi une partie des trafics illicites de drogue et de personnes.

Ensuite par sa façade méditerranéenne, c'est à travers le Maghreb et la Méditerranée que l'essentiel des trafics illicites passe d'Afrique vers l'Europe.

La France considère ainsi l'Afrique en voisine et il est significatif que lors du déclenchement de l'opération SERVAL, les autorités françaises aient justifié cette intervention en affirmant qu'elle était née « du refus de la France de se voir constituer à ses frontières un État terroriste », comme s'il était naturel de penser que le Mali et la France partageaient une frontière commune !

La France est voisine de l'Afrique enfin, par ses possessions ultramarines dans l'océan Indien.

Lorsque nous nous sommes rendus en Afrique du Sud, nous avons reçu des membres du Defence Review Committee, équivalent du Livre blanc de la défense nationale, qui ont spontanément évoqué les possibilités de coopération en matière de surveillance maritime du fait de ses possessions françaises dans le sud de l'océan Indien.

L'île de La Réunion , celle de Mayotte, les îles de Crozet, les îles Kerguelen ou îles de la Désolation au sud de l'océan Indien qui forment l'un des cinq districts des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), Saint-Paul et Amsterdam, les îles Éparses : Europa, l'île Bassa-da-India, l'île Juan-da-Nova, la Grande Glorieuse ou île du Lys, Tromelin, située à 450 km à l'est de Madagascar et à 535 km au nord de La Réunion sont autant de territoires frontaliers de l'Afrique qui font de la France un pays voisin.

C'est à ce titre que la France est membre de la Commission de l'océan Indien (COI), organisation intergouvernementale créée en 1982 à Port-Louis de l'île Maurice et institutionnalisée en 1984 par l'Accord de Victoria (Seychelles) qui réunit cinq pays de la région océan Indien : Union des Comores, France/Réunion, Madagascar, Maurice, Seychelles.

A travers la Commission de l'océan Indien, la France est également un partenaire régional de l'Union Africaine.

Comme l'a souligné un récent rapport de la commission des affaires étrangères du Sénat sur « La maritimisation : la France face à une nouvelle géopolitique des océans »37(*) : « Dans un contexte international marqué par le début d'une concurrence pour les richesses des sous-sols marins, certaines ZEE françaises autour de l'est africain ne font pas encore l'objet de délimitations physiques et juridiques incontestées »

La délimitation de l'île de La Réunion est faite avec Madagascar et Maurice. Tromelin a fait l'objet d'un accord de cogestion avec Maurice ; la ZEE existe, même si la délimitation n'est pas établie. Le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM) vient seulement de produire des cartes qui doivent être déposées aux Nations unies.

À Mayotte, le changement de statut a conduit à revoir la délimitation de la zone, en tenant compte du parc naturel marin à proximité des îles comoriennes.

Pour les îles Éparses, des accords sont en cours de négociation avec Madagascar et le Mozambique. Pour les Glorieuses, il reste à conclure un accord avec Madagascar et les Comores, ce qui supposerait de surmonter sur ce point des divergences politiques importantes.

C'est pourquoi les forces navales françaises disposent, par ailleurs, en permanence sur ces territoires, des moyens de surveillance et de contrôle des approches qui peuvent être renforcés par le déploiement de moyens complémentaires ou mieux armés, comme des frégates, des chasseurs de mines et des avions de patrouille maritime Atlantique.

Ces missions de surveillance permettent notamment de défendre les zones de pêche des habitants de Mayotte et de la Réunion, mais aussi de protéger les ressources sous-marines. Il est ainsi fréquent que les frégates de surveillance, basées à La Réunion, en mission de souveraineté et de police des pêches, appréhendent des bâtiments de recherche pétrolière en train de mener des activités illégales de recherches scientifiques dans notre ZEE dans le canal du Mozambique.

La situation géographique de ces territoires constitue un atout considérable pour participer à la sécurisation des voies de communication qui entourent le continent africain.

Que ce soit aux abords du canal du Mozambique, dans les Caraïbes, à la sortie du canal de Panama ou aux avant-postes de la traversée de l'Atlantique, cette capacité de sécurisation des voies maritimes africaines fait de la France un partenaire incontournable des États africains riverains de l'océan Atlantique comme de l'océan Indien.


* 37 Maritimisation : la France face à la nouvelle géopolitique des océans. Rapport d'information de MM. Jeanny LORGEOUX et André TRILLARD, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées n° 674 (2011-2012) - 17 juillet 2012