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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )
b) Une progression des activités de l'AFD dans les pays anglophones bridée par l'insuffisance des fonds propres.

Dans les pays anglophones comme l'Afrique du Sud ou le Kenya, la présence française est en grande partie assurée par l'AFD qui mène des actions de coopération à travers des prêts faiblement bonifiés. La progression des activités de l'AFD dans cette partie de l'Afrique a permis à la France d'être présente dans cette partie dynamique de l'Afrique. Cette progression risque toutefois d'être contrainte par les problèmes de fonds propres que rencontre l'AFD. Nous avons constaté en Afrique du Sud que l'agence ne pouvait plus développer de nouveaux projets en raison du ratio grand risque qu'elle avait atteint sur ce pays. Sans un renforcement de ses fonds propres, l'activité de prêts de l'AFD va se trouver assez rapidement saturée dans certains pays stratégiques.

Une aide bilatérale dont les moyens financiers ne sont plus crédibles dans les pays francophones les moins avancés.

c) Un déséquilibre croissant entre aide multilatérale et aide bilatérale

Les contributions françaises aux organisations multilatérales (le FED, la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement) améliorent la donne en matière de montants affectés et permettent d'avoir une vision plus positive de notre contribution à la coopération avec l'Afrique.

La part de l'aide au développement française programmable qui transite par les instances multilatérales et européennes est en effet passée de moins de 30% en 1990 à plus de 50% à partir des années 2000. De fait la majorité des dons français à l'Afrique transite aujourd'hui par les instances multilatérales et communautaires.

La France a ainsi accompagné la montée en puissance des grandes banques multilatérales et régionales, telle que la Banque mondiale qu'elle finance à hauteur de plus de 400 millions d'euros par an, afin d'orienter leur programmation vers les zones prioritaires de la France et en particulier vers l'Afrique subsaharienne.

Elle a également promu le développement d'une politique de coopération européenne à travers le FED, auquel la France contribue pour plus de 800 millions d'euros par an. Elle a enfin été à l'initiative de la mise en place de nouveaux instruments comme le Fonds Mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme, auquel elle contribue désormais à hauteur de 360 millions d'euros par an, soit, depuis sa création, une contribution de près de 3 milliards d'euros.

La montée en puissance du multilatéralisme a sa légitimité mais pose un problème de visibilité.

La montée en puissance du multilatéralisme a sa cohérence en termes de développement du continent africain. Elle contribue sur le long terme à la mise en place de politiques globales à l'échelle continentale grâce à des institutions qui ont une légitimité, une relative neutralité politique, des compétences et des capacités financières sans commune mesure avec les institutions nationales.

Elle correspond au niveau européen à la tentative de faire émerger une politique européenne de développement qui puisse être le cadre d'une complémentarité et d'une synergie des politiques de coopération des États membres et de la Commission.

Encore faut-il que l'augmentation de nos concours à ces organisations se traduise par une vision claire de leur rôle, et un investissement dans leur pilotage proportionné aux moyens qui y sont investis. C'est loin d'être toujours le cas.

Cette évolution, pour souhaitable qu'elle soit, a pour contrepartie une moindre visibilité de la France en Afrique.

L'engagement de la France dans l'aide européenne et multilatérale a pour contrepartie une moindre visibilité de la France en Afrique

Le sentiment de décalage entre les ambitions affichées par la France pour l'Afrique et les moyens constatés sur le terrain s'explique-t-il en partie par la faible visibilité de ces contributions aux institutions multilatérales ?

On l'a vu à Abidjan, au Mali et à Madagascar, les crédits que la France attribue aux organisations multilatérales, que cela soit la Banque mondiale, le Fonds européen de développement ou à la Banque africaine de développement, ne sont pas perçus par nos partenaires comme étant aussi une contribution française.

Rarement, voire jamais, lors de l'inauguration de projets financés par la Banque mondiale ou par un opérateur communautaire, il n'est rappelé que ces institutions sont financées par des contributions nationales et que la contribution de la France est parmi les plus importantes.

Le choix du multilatéral qui a été fait pendant de nombreuses années s'est donc mécaniquement traduit par une moindre lisibilité de la France dans les projets de coopération.

Le graphique suivant illustre aisément, dans un pays comme le Mali qui peut être considéré comme un pays emblématique de l'Afrique subsaharienne, la diminution, au cours des dix dernières années, de l'APD bilatérale française et l'augmentation parallèle des crédits multilatéraux que l'on peut imputer à la France au regard de ses contributions aux différentes institutions multilatérales.

On constate alors que l'effort global de la France au Mali augmente de 2002 à 2009. Malgré cela, la perception que les acteurs locaux peuvent avoir de cette aide est en diminution, car la seule aide visible, c'est-à-dire l'aide bilatérale, est elle-même en diminution.

Source OCDE chiffre hors allégement de dette en millions de dollars US

Le cas du Mali est à l'image des 14 pays prioritaires.

Dans l'ensemble des pays prioritaires, l'aide multilatérale imputable à la France est égale à l'aide bilatérale et trois fois supérieure aux subventions.

Répartition des instruments d'APD par zones d'intervention (DPT 2013)

APD nette, en millions d'euros dans les 14 pays prioritaires.

2006

2007

2008

2009

2010

Aide multilatérale imputée

418

352

425

556

619

APD bilatérale totale nette

814

787

710

592

643

Subventions.

 271

246

243

205

199

Ces contributions multilatérales pourraient être efficaces et visibles pour la France à condition d'avoir un certain leadership sur le terrain, ce que la réduction des moyens bilatéraux permet de moins en moins.