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L'Afrique est notre avenir

29 octobre 2013 : L'Afrique est notre avenir ( rapport d'information )

C. MAIS, DANS LE NOUVEAU CONTEXTE STRATÉGIQUE, IL Y A POUR LA FRANCE UN IMPÉRATIF AFRICAIN

A l'inverse des thèses visant à minorer l'importance de l'Afrique dans les intérêts stratégiques de la France, nous estimons à l'issue de ce travail de réflexion qu'il y a un impératif que nous voudrions ici résumer.

Si, en Afrique, le tournant du siècle marque une rupture avec la période précédente, c'est en raison de trois facteurs décisifs qui s'imposent à ce continent comme à d'autres : la montée des interdépendances, l'inversion des pôles de croissance entre le Nord et le Sud et, enfin, la perspective d'une tension, voire d'une pénurie de ressources naturelles au niveau mondial.

Ces trois ruptures sont de nature à nous faire reconsidérer la place de l'Afrique dans notre conception des intérêts stratégiques français et européens.

1. Avec la montée des interdépendances, l'échec de l'Afrique serait un cauchemar

La montée des interdépendances est le phénomène le plus frappant. Hier, les troubles au Zaïre, les dérapages d'un chef d'Etat en Centrafrique, les guerres de la RDC pouvaient menacer les intérêts français, leurs conséquences restaient loin du territoire national et n'impliquaient qu'indirectement la sécurité de l'Hexagone.

Aujourd'hui, la menace terroriste, les cyberattaques, les implications de la piraterie, le développement des trafics illicites et l'immigration, l'éclatement de la Somalie ou du Mali, la révolution dans les pays arabes ont, à des degrés divers, un impact immédiat sur la collectivité nationale.

Cette montée des interdépendances qui touchent aussi bien les questions de sécurité que les questions sanitaires avec le développement des épidémies, fait de l'Afrique, à 12 kilomètres du Sud de l'Europe, une préoccupation centrale pour la sécurité de notre continent.

Comme le souligne le Livre blanc de 2008, « qu'il s'agisse de l'immigration clandestine, de la radicalisation religieuse, de l'implantation des groupes terroristes, des réseaux criminels, les trafics divers, des réseaux de prolifération, ou du blanchiment, la bande sahélienne, de l'Atlantique à la Somalie, apparaît comme le lieu géométrique de ces menaces imbriquées et, à ce titre, appelle une vigilance et un investissement spécifique de la durée. ».

Et, depuis, la situation n'a fait que se dégrader, à tel point que le Livre blanc de 2013 réévalue la place de l'Afrique dans la stratégie nationale de défense et de sécurité française : « Si l'Afrique subsaharienne confirme dans les prochaines décennies un décollage économique qui a été marqué, dans les cinq dernières années par une croissance annuelle de 5%, le continent peut devenir un des moteurs de la croissance du monde et contribuer fortement à la prospérité européenne. Cependant, l'Afrique subsaharienne est également une zone de grandes fragilités. De 2003 à 2012, une dizaine de pays ont été secoués par des crises politiques ou des guerres civiles, et la majorité des casques bleus des Nations unies y sont déployés, parfois depuis plus de dix ans. Selon que les espaces non gouvernés ou à faible gouvernance reculeront ou au contraire s'étendront, ce sont deux avenirs bien différents qui se profileront à l'horizon des vingt prochaines années. Nulle part, sans doute, l'éventail des possibles n'est aussi ouvert que sur le continent africain ».

S'il convient de ne pas regarder l'Afrique sous le seul angle de la menace, il faut avoir conscience que la France et l'Europe ne peuvent pas, même si elles le voulaient, se désintéresser de l'Afrique. Cela d'autant plus que l'évolution stratégique des États-Unis les conduit à être plus sélectifs dans leurs engagements extérieurs. Si les États-Unis continuent de s'intéresser à l'Afrique, comme en témoigne la création d'un commandement spécialisé AFRICOM, ils considèrent désormais que les Européens, plus directement concernés par sa stabilité et disposant des moyens d'en assumer la charge, doivent prendre une plus grande part à la sécurité du continent africain.

Comme il a été dit à propos de l'éventualité de l'instauration d'un régime djihadiste à Bamako, nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir l'Afghanistan sur la rive sud de la Méditerranée. L'Afrique présente de réelles opportunités de croissance, mais elle devra également faire face à de nombreux défis dont le moindre n'est pas le doublement de sa population d'ici 2050. L'Afrique est au milieu du gué, si par malheur ce choc démographique déstabilisait le continent, l'Europe serait en première ligne pour en subir les conséquences. La France le voudrait qu'elle ne pourrait se désintéresser du continent, la crise malienne en témoigne.