C. LES MIGRATIONS, DISONS PLUTÔT «MOBILITÉ» OU «CIRCULATION» DES PERSONNES DOIVENT ÊTRE CONTRÔLÉES ET ACCEPTÉES

La question actuelle de la migration des populations maghrébines vers le Nord est vouée à perdre de son ampleur à moyen terme du fait de la transition démographique et du vieillissement annoncé.

La coopération économique et le développement conduiront à la stabilisation des populations concernées dans leurs pays d'origine.

L'enjeu des politiques migratoires est aujourd'hui un travail commun. Travail sur la régulation des migrations extérieures en provenance d'Afrique subsaharienne ou d'Asie (Afghanistan, Pakistan) ou de zone de conflits et la facilitation des échanges au sein d'espaces de confiance. La régulation progressive et intelligente de la mobilité des personnes est indispensable au développement de liens économiques, professionnels et universitaires comme au partenariat à établir avec les pays du Maghreb.

D. COOPÉRATION ÉCONOMIQUE ET PROJETS COMMUNS

• Infrastructures : chacun des Etats doit faire des efforts pour moderniser ses infrastructures routières, ferroviaires et portuaires parce que les besoins restent importants. L'enjeu est aussi celui d'équipements dans le déploiement des réseaux de transports urbains. Les besoins des populations se concentrent dans les villes et sur les côtes.

Au-delà des infrastructures et des équipements, c'est la question de l'interopérabilité, des normes, de la régulation, de la gestion des systèmes et de l'interconnexion des réseaux qui est l'enjeu essentiel. L'intégration du Maghreb et sa relation avec l'Europe ne pourra pas s'établir sans cette interconnexion. À moyen terme, la création d'une liaison physique entre l'Espagne et le Maroc, sous le détroit de Gibraltar est moins que jamais une perspective utopique.

• Energie : certains pays du Maghreb sont des pays producteurs d'hydrocarbures et de gaz. Tous disposent des espaces et de l'ensoleillement nécessaire pour développer les énergies renouvelables solaire mais aussi éolienne.

Un « plan énergie » ou une « union énergétique » doit être établi pour que se créent de nouveaux partenariats entre les pays producteurs et les pays consommateurs afin de réduire la dépendance de l'Europe notamment vis-à-vis de la Russie.

« L'énergie peut devenir une grande filière « transméditerranéenne ».

Il y a donc entre les deux rives une opportunité historique à saisir et une communauté d'intérêts complémentaires entre les pays » (rapport de l'Ipemed au Président du Parlement européen).

• Le numérique est aujourd'hui au coeur du développement de tous les usages : e-santé, e-sécurité, e-éducation, e-formation, ... C'est l'outil d'avenir qui permet de développer des services efficaces en s'affranchissant des frontières. De part et d'autre de la Méditerranée, les jeunes générations se sont saisies des outils, des technologies et des nouveaux modes de communication mis en réseau. Par la formation et les échanges, des opportunités de co-développement économique diverses se dégagent. Avec cohérence, des moyens et des échanges, la nouvelle économie peut être un accélérateur pour les pays des deux rives. Il faut s'en saisir au moment présent.

• L'environnement : La gestion de l'eau, la pollution massive de la Méditerranée et sa dépollution nécessaire de même que l'assainissement dans les espaces urbains, notamment, sont des défis environnementaux immenses à relever ensemble. Ce champ de coopération est en pleine expansion et doit mobiliser des moyens plus importants. Il faut en faire une priorité politique.

• L'agriculture : Le potentiel est grand et divers. Il passe par le développement des « filières productives » communes et « territorialisées » (fruits, légumes, lait, céréales...).

• Le tourisme est déjà développé mais les potentialités dans ces pays de culture ancienne et diverse, à l'ensoleillement majeur (+ de 3 000 heures/an ou 250 jours/an) sont immenses. Cependant les projets doivent anticiper sur les développements mal maitrisés et destructeurs (urbanisme).

Pour financer ces projets, il y a les outils traditionnels de l'Union européenne et dans les Etats membres. Mais la Méditerranée n'était pas un espace prioritaire. Il faut cependant les mobiliser et surtout les conforter. L'idée d'une « banque de développement régional » a été formulée par les Présidents des parlements de l'UpM au sommet du 7 avril 2013 à Marseille.

A l'évidence, les instruments actuels ne suffisent plus. Cette banque contribuerait sûrement à restaurer la confiance notamment des investisseurs industriels et il faut aussi pouvoir assurer le financement des projets en matière d'infrastructures et de soutien aux PME.

Cette redéfinition de la politique européenne devra prendre en compte la Méditerranée, non pas comme un « espace périphérique », mais comme un « cercle à intégrer » avec des objectifs et des politiques communes. L'approfondissement des accords dans le domaine du commerce (ALECA), dans le domaine de la mobilité (partenariat pour la mobilité) devra s'accompagner progressivement et en fonction des besoins de l'ouverture de certaines politiques communes aux pays du Maghreb.

L'Europe s'est construite par affinité, mais c'est aussi la construction et la réalisation de projets communs dans la durée qui fondent la solidité et la pérennité d'une relation de confiance.

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