C. DE MÊME QUE LA QUESTION DES OPÉRATIONS NUMÉRIQUES

1. La multiplication des opérations numériques.

160. Cette multiplication des opérations numériques s'explique par le fait qu'elle présente les deux caractéristiques invariantes de l'action spéciale. Elle est à la fois « stratégique », puisqu'elle permet de viser au coeur, et à fort effet de levier , puisqu'elle démultiplie les effets par rapport aux moyens. Sans risque de se tromper, on peut affirmer que ce type d'opérations prendra une place essentielle dans l'univers de l'action spéciale, à côté des opérations clandestines et des opérations spéciales avec lesquelles elle pourra même se combiner afin de poursuivre un seul et même objectif (p. ex le programme nucléaire iranien).

161. Elle présente en outre des avantages comparatifs significatifs :

- Elle permet, avec les mêmes moyens, d' agir indifféremment de façon « spéciale » ou « clandestine » et estompe ainsi la frontière entre les deux types d'opérations.

- Relativement peu onéreuse , elle donne la possibilité de pillages ou de sabotages dévastateurs .

- Elle offre une gamme très étendue d'effets : prise de contrôle, paralysie des processus de décisions, corruption, contrôle insidieux des données, manipulation politique, chantages...

- Elle permet une gradation des effets : coup de semonce, paralysie partielle, paralysie totale etc. ; les attaques cyber, permettent même de lutter contre les drones, comme l'a montré l'attaque virale de la base de Creech à l'été 2011 qui avait cloué au sol la flotte de Predators .

- Enfin elle fait peser une menace permanente sur l'agresseur et joue un rôle de dissuasion .

2. La question de la chaîne de commandement des moyens numériques

162. Il semblerait que la DGSE soit le seul organisme français capable de mener des opérations numériques d'envergure. Vos rapporteurs n'ont pas eu connaissance de l'existence d'autres capacités numériques aussi significatives au sein des armées. Par ailleurs, l'Agence nationale pour la Sécurité des systèmes d'information (ANSSI) est chargée de la protection numérique des organismes et des sites d'importance vitale.

163. Le fait que le gros des moyens techniques soit concentré au sein de la DGSE soulève des questions, en particulier sur la chaîne de commandement . L'action numérique impose en effet une coordination poussée entre les forces clandestines et l'état-major des armées et doit être pensée comme une action militaire, au même titre que les opérations spéciales.

164. De ce point de vue il serait sans doute opportun de s'interroger sur l'utilité que pourrait avoir la création d'un commandement interarmées des opérations numériques.

165. Par ailleurs, l'ampleur des moyens consacrés à ce type d'outil mérite d'être considérée. Aux Etats-Unis, les moyens de la NSA représentent 72 milliards de dollars par an, ce qui représente entre 8 à 10% du budget des armées. Un effort relatif identique en France conduirait à affecter entre 2,5 et 3 milliards d'euros par an à ce type d'outils. Un tel effort est aujourd'hui hors de portée pour notre pays. Là encore, la solution pourrait se trouver au niveau européen.

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