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Innovation et changement climatique : l'apport de l'évaluation scientifique et technologique

9 novembre 2015 : Innovation et changement climatique : l'apport de l'évaluation scientifique et technologique ( rapport de l'opecst )

ÉVALUATION DES EXPÉRIENCES ASSOCIATIVES, TERRITORIALES OU NATIONALES D'IMPLICATION DES CITOYENS DANS LES APPROCHES INNOVANTES POUR LE BÂTIMENT, LA MOBILITÉ, L'AGRICULTURE

M. Lars Klüver, Directeur Institut d'évaluation technologique danois. Je vous remercie infiniment de me donner l'opportunité de m'exprimer ici.

Je pense qu'il existe un consensus général sur le fait que la transition énergétique, en lien avec les économies d'énergie et les changements de comportements, ne pourra voir le jour sans la participation des citoyens. C'est aux citoyens qu'il appartient de prendre leurs responsabilités et de choisir les bonnes solutions.

Je souhaiterais vous exposer brièvement une manière d'y parvenir. Je parle avec trente ans d'expérience en matière de participation citoyenne.

Quel rôle les citoyens peuvent-ils jouer ? Dispose-t-on véritablement de méthodes permettant de les impliquer dans ce débat ?

Il faut tout d'abord que les citoyens reçoivent davantage d'informations. Si l'on attend d'eux qu'ils fassent évoluer leurs comportements, alors il faut leur communiquer les éléments leur permettant de le faire. Il est, dans ce contexte, important de clairement identifier les contraintes et obstacles auxquels ils sont confrontés et de trouver ensuite un moyen de lever ces obstacles. Il s'agit là d'un point essentiel, qui passe nécessairement par la diffusion de l'information auprès de la population.

Pour être efficaces, les décisions et mécanismes que nous promouvons doivent placer les citoyens en leur centre. Je pense notamment à la planification participative. Si nous voulons, par exemple, que nos villes soient durables, celles-ci doivent être conçues avec cette idée à l'esprit. Seuls les citoyens connaissent l'utilisation qu'ils vont faire de leur ville ; c'est pourquoi il faut les placer au coeur de la planification territoriale. Cela me paraît essentiel pour parvenir à la construction de cités durables.

Les citoyens sont aussi les premières victimes des nuisances, ne l'oublions pas. Ils sont, par exemple, exposés au bruit des éoliennes : il faut prendre cela en considération et travailler main dans la main avec eux pour trouver une solution, qui peut passer par un système d'indemnisation.

La question de l'appropriation des technologies est également un point important. Plusieurs intervenants ont évoqué aujourd'hui les expériences de compteurs intelligents et souligné que certains usagers s'y opposaient, craignant la divulgation de données privées. Or on peut éviter ce genre d'écueil si l'on communique davantage en amont.

Il en va de même pour les mesures politiques, dont certaines ne peuvent fonctionner sans une adhésion de la part des citoyens. Elles peuvent être améliorées et rendues plus robustes simplement en communiquant avec la population.

Au Danemark, nous avons, par exemple, mis en place une politique visant à installer des panneaux solaires sur les maisons. Cela n'a pas fonctionné car les incitations n'étaient pas suffisamment intéressantes pour les particuliers, qui ont estimé qu'il ne leur incombait pas de produire de l'énergie, mais que cela relevait plutôt des grandes entreprises. Les exemples de ce type sont légion.

Je pense, au regard de mon expérience de trois décennies, que la participation citoyenne peut fonctionner si l'on met en place les conditions adéquates. Nous savons, par exemple, comment faire participer les citoyens qui sont un peu à la marge. Il existe pléthore de méthodes sur lesquelles s'appuyer, référencées dans des rapports et expérimentées avec succès dans de nombreux pays, dans des contextes culturels différents.

Si nous possédons les méthodes, nous ne disposons toutefois pas forcément des ressources nécessaires. Si nous voulons vraiment récolter les fruits de cette participation citoyenne, cela requiert, en effet, tout à la fois du temps et de l'argent. Je pense qu'il est essentiel de se poser la question suivante : veut-on vraiment impliquer les citoyens et obtenir leur appui ? Si la réponse à cette double question est positive, alors il va falloir mettre la main à la poche. Il s'agit, à mon sens, d'un élément très important de la décision politique à l'avenir. Si nous décidons de nous engager dans cette voie, il faudra s'en donner les moyens.