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Une crise en quête de fin - Quand l'Histoire bégaie

9 février 2017 : Une crise en quête de fin - Quand l'Histoire bégaie ( rapport d'information )

PREMIÈRE PARTIE : LA MÉCANIQUE DES CRISES

« Je ne suis qu'un banquier faisant le travail de Dieu. »

Lloyd Blankfein, P-DG de Goldman Sachs

Entretien au Sunday Times - 8 novembre 2009

I. LE FINANCEMENT DE L'ÉCONOMIE ET LES BANQUES

A. LE DOUBLE CIRCUIT D'ALIMENTATION MONÉTAIRE DE L'ÉCONOMIE

Très schématiquement, l'économie est alimentée en monnaie par deux sources : le circuit financier de recyclage de l'épargne et le système bancaire.

1. Le circuit financier

Pour faire simple, disons que ce système recycle l'épargne - ce qui n'a pas été consommé - pour qu'elle ne reste pas économiquement stérile - la fameuse « trappe » à liquidité de Keynes. Y interviennent les bourses et plateformes d'échanges, l'ensemble des acteurs de marchés, qui commercialisent auprès du public les actions et les obligations émises par les entreprises à la recherche de financements.

Ce schéma hypersimplifié est celui qui correspond au principe, passé en maxime grâce à Helmut Schmidt : « Ce sont les bénéfices d'aujourd'hui qui font les investissements de demain et les emplois d'après-demain. » Sans l'intervention des banques, ce circuit ne produit ni valeur ni monnaie. Il se contente de recycler et éventuellement de redistribuer entre les participants les sommes qui le traversent. Utile dans tous les cas de figure, cette intervention est d'autant plus indispensable que la part des revenus réinjectée dans le circuit financier est faible. Comme on le verra2(*), c'est ce qui s'est produit avec l'abandon du « pacte fordiste » et la montée des inégalités. L'endettement des entreprises, du travailleur-consommateur et des budgets publics est alors venu compenser les pertes de revenus du travailleur-consommateur.

2. Le circuit bancaire

Le système bancaire a, pour sa part, le privilège, qualifié à tort de régalien puisque ce sont des banques privées qui l'exercent, de créer de la monnaie, simplement en inscrivant un dépôt dans la colonne « passif » de son bilan et un prêt dans sa colonne « actif ». Comme le dit l'adage, dans une économie monétarisée : « Les prêts font les dépôts. » En d'autres termes, la monnaie scripturale fait le crédit3(*).

Dès lors que l'État décide de privatiser banques, entreprises ou équipements publics, ce privilège accordé aux banques commerciales devient une formidable machine à transférer, à crédit et par remboursement sur les bénéfices futurs, le patrimoine public dans des mains privées. De quoi rester admiratif !

La garantie de cette nouvelle monnaie, ce sont les dépôts des clients de la banques - salaires et économies des particuliers, trésorerie des entreprises -, ses fonds propres et les emprunts contractés auprès d'autres banques ou d'investisseurs.

L'entrepreneur pourra réaliser ses investissements, payer les employés supplémentaires avec cet argent sorti du néant. La banque recevra des intérêts pour ce service. Au final, le prêt remboursé et le dépôt dépensé disparaîtront des lignes de comptes de la banque mais des richesses et des revenus nouveaux auront été créés entre-temps.

Donc, contrairement au principe d'Helmut Schmidt, ce sont non pas seulement, loin de là, les bénéfices d'aujourd'hui qui créent la richesse de demain mais le crédit. Cette maxime n'est pas un théorème économique mais un slogan politique permettant de justifier la limitation de la part réservée aux salaires dans le partage de la valeur ajoutée produite chaque année.


* 2 Voir infra, dans la troisième partie, le développement intitulé « La nouvelle lutte des classes et l'obsolescence démocratique ».

* 3 Voir infra.