Allez au contenu, Allez à la navigation

Colombie : une paix encore fragile

5 juin 2019 : Colombie : une paix encore fragile ( rapport d'information )

N° 548

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2018-2019

Enregistré à la Présidence du Sénat le 5 juin 2019

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées (1) par le groupe de travail sur l'émergence de la Colombie,

Par MM. Hugues SAURY, Gilbert-Luc DEVINAZ,

Co-présidents

Jean-Marie BOCKEL et Joël GUERRIAU,

Sénateurs

(1) Cette commission est composée de : M. Christian Cambon, président ; MM. Pascal Allizard, Bernard Cazeau, Robert del Picchia, Mme Sylvie Goy-Chavent, MM. Jean-Noël Guérini, Joël Guerriau, Pierre Laurent, Cédric Perrin, Gilbert Roger, Jean-Marc Todeschini, vice-présidents ; M. Olivier Cigolotti, Mme Joëlle Garriaud-Maylam, M. Philippe Paul, Mme Marie-Françoise Perol-Dumont, secrétaires ; MM. Jean-Marie Bockel, Gilbert Bouchet, Michel Boutant, Olivier Cadic, Alain Cazabonne, Pierre Charon, Mme Hélène Conway-Mouret, MM. Édouard Courtial, René Danesi, Gilbert-Luc Devinaz, Jean-Paul Émorine, Bernard Fournier, Jean-Pierre Grand, Claude Haut, Mme Gisèle Jourda, MM. Jean-Louis Lagourgue, Robert Laufoaulu, Ronan Le Gleut, Jacques Le Nay, Rachel Mazuir, François Patriat, Gérard Poadja, Ladislas Poniatowski, Mmes Christine Prunaud, Isabelle Raimond-Pavero, MM. Stéphane Ravier, Hugues Saury, Bruno Sido, Rachid Temal, Raymond Vall, André Vallini, Yannick Vaugrenard, Jean-Pierre Vial, Richard Yung.

INTRODUCTION

Après des décennies d'un conflit armé qui a fait plus de 8 millions de victimes, après des années de difficiles négociations, la Colombie a signé en novembre 2016 un accord de paix avec la principale guérilla du pays, celle des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), qui a semblé ouvrir la voie à une pacification du pays.

Cet accord, qui représente une forme inédite de règlement d'une crise sous l'égide de la communauté internationale, a marqué un tournant dans l'histoire de la Colombie, permettant une baisse du niveau de violence dans le pays et une amélioration significative de son image.

Pourtant, cet accord ne fait pas encore consensus, tant les années de violence ont marqué la société colombienne et rendu difficile l'acceptation d'une paix avec les ennemis d'hier. La réticence qui s'était exprimée en octobre 2016 à travers la victoire du non au referendum sur l'accord perdure aujourd'hui. La société colombienne et la classe politique restent divisées au sujet de l'accord et une partie d'entre elles continue à ne pas y adhérer, ce qui constitue un facteur de fragilité.

Deux ans et demi après sa signature, où en est l'application de cet accord et où en est la paix en Colombie ? C'est ce que vos rapporteurs ont cherché à établir dans le cadre de cette mission.

Cette interrogation les a conduits à examiner les avancées des différentes dispositions de l'accord de paix, dont l'ambition et le périmètre vont bien au-delà du simple désarmement des ex-combattants, de leur réinsertion économique et sociale et du jugement de leurs crimes. Ce texte très complet prévoit, en effet, une réforme globale du pays, incluant l'accès à la terre et la sécurisation de la propriété foncière, le développement économique et social des zones périphériques, la modernisation de la vie politique, la lutte contre les drogues et substances illicites....

Si la plupart des observateurs s'accordent à reconnaître que la mise en oeuvre de l'accord enregistre des progrès, plus ou moins importants selon les volets, des tendances inquiétantes se dessinent qui pourraient bien compromettre une paix encore fragile.

Il en est ainsi de la recrudescence des violences commises par les groupes armés à l'encontre des populations civiles dans les zones auparavant affectées par le conflit, et notamment l'assassinat d'un nombre croissant de « leaders sociaux et défenseurs des droits », qui sont les porte-paroles de ces populations.

Par ailleurs, la politique de lutte contre les drogues et substances illicites ne produit pas les résultats escomptés, la Colombie n'ayant jamais autant produit et exporté de cocaïne. Or, le narcotrafic alimente les groupes armés illégaux qui contrôlent les zones périphériques et constitue un obstacle à leur stabilisation sécuritaire et à leur développement, qui est aussi un défi majeur pour le pays.

Enfin, la crise politique qui affecte actuellement le Venezuela représente un risque de déstabilisation majeur pour la Colombie, qui en subit les conséquences économiques mais aussi la charge de l'accueil sur son territoire de près d'un million et demi de réfugiés.

Dans ce contexte fragile, une volonté politique forte, une impulsion positive du gouvernement colombien, appuyées par la communauté internationale, apparaît comme un facteur déterminant pour réussir la mise en oeuvre de l'accord et, plus largement, consolider la paix.