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Météo-France

22 septembre 2021 : Météo-France ( rapport d'information )

III. L'ÉTABLISSEMENT DOIT CONTINUER À JOUER UN RÔLE MOTEUR EN FAVEUR DES COOPÉRATIONS EUROPÉENNE ET INTERNATIONALE

A. LE MODÈLE DE MÉTÉO-FRANCE CONTRIBUE À EN FAIRE UNE RÉFÉRENCE MONDIALE

1. Des contraintes particulières qui le distinguent de certains de ses homologues
a) Les comparaisons internationales doivent être considérées avec prudence

Le paysage des SMN se caractérise par sa grande diversité. Les comparaisons internationales doivent être effectuées avec prudence dans la mesure où elles doivent tenir compte d'une série de paramètres tels que les spécificités géographiques, climatiques et météorologiques de chaque pays. Les SMN doivent nécessairement adapter leur organisation et leurs moyens aux caractéristiques des territoires qui relèvent de leur ressort.

À ce titre, Météo-France doit intégrer un certain nombre de contraintes. La superficie importante du territoire français en est une. La diversité de l'hexagone en termes de reliefs et sa variété climatique constituent d'autres caractéristiques à prendre en considération. L'exposition régulière à des phénomènes météorologiques extrêmes aux conséquences potentiellement dramatiques tels que les pluies cévenoles n'est pas partagée par tous ses homologues. Enfin, la prise en compte des territoires d'outre-mer est une autre spécificité que le SMN français doit aussi intégrer dans son organisation.

b) Des statuts et des périmètres d'activité divers

Le statut et l'autonomie des services météorologiques varient selon les pays. À titre d'exemple, le MetOffice britannique, doté d'une large autonomie, dispose d'un statut de Trading Fund28(*), sous la tutelle du Department for Business, Energy and industrial Strategy. Le MetService néo-zélandais est une société privée à capitaux publics qui a pour objet de maximiser sa profitabilité. Plus proche du modèle français, le DWD allemand est une institution de droit public sous la tutelle du ministère fédéral des transports. Certains SMN sont intimement liés au ministère des armées. Les services italien et grec ont un statut militaire et dépendent de l'armée de l'air.

De ces statuts divers découlent des périmètres d'intervention variables en particulier concernant les activités commerciales. Ainsi, si les statuts des services britanniques ou néo-zélandais les incitent à développer les ressources propres issues de leur politique commerciale, le DWD allemand ou encore le service météorologique national des États-Unis29(*) se cantonnent à leurs missions de service public et ne peuvent délivrer des services relatifs à des marchés concurrentiels.

Au-delà de la question des services commerciaux, le périmètre des activités des SMN varie également en fonction des risques environnementaux qu'ils traitent en plus des risques proprement météorologiques. Ainsi, Météo-France assume un périmètre d'activités plus large que ses homologues allemand et britannique en assurant la gestion des risques feux de forêt et avalanche en métropole ou cyclonique en outre-mer.

Tous les SMN n'apportent pas un appui opérationnel aux forces armées. Si le MetOffice entretient des liens étroits avec l'armée britannique, le DWD allemand n'exerce pas d'activité opérationnelle au bénéfice de la bundeswehr. Si le MetOffice et le DWD ont été désignés, à l'instar de Météo-France, comme prestataire de services météorologiques exclusif de la navigation aérienne, ce n'est pas le cas de l'ensemble des SMN. Les missions de recherche météorologiques ne sont pas systématiquement internalisées au sein des SMN tandis que la mission de formation professionnelle initiale assurée par Météo-France à travers l'ENM apparaît comme une originalité. Enfin, seule une minorité de SMN exercent des missions de simulation climatique.

c) Si l'organisation de Météo-France est comparable à son homologue allemand, elle se distingue nettement de celle du MetOffice britannique

C'est à l'aune de l'ensemble de ces caractéristiques et des missions confiées à chacun d'eux que les comparaisons de moyens et d'organisation des SMN doivent être analysées.

Les effectifs en métropole de Météo-France (2 230) sont proches de ceux du DWD allemand (2 240) pour un réseau territorial également comparable, composé de sept centres interrégionaux en métropole pour le SMN français et six pour son homologue allemand, et un périmètre de missions plus élargi pour l'opérateur français30(*).

L'organisation de Météo-France se distingue en revanche plus nettement de celle du MetOffice. Les effectifs de ce dernier s'élèvent à environ 1 920 agents pour un réseau territorial quasi inexistant. En effet, le SMN britannique se caractérise par une centralisation très poussée de ses activités et par une concentration sur ses missions de recherche qui occupent environ 521 agents contre 260 pour Météo-France. Il convient de préciser que les caractéristiques du territoire britannique n'exposent pas le MetOffice aux contraintes météorologiques avec lesquelles le SMN français doit composer et rendaient ainsi moins nécessaire le maintien d'une présence de proximité.

2. Météo-France est sur le podium des meilleurs SMN

Si le MetOffice est considéré comme la référence mondiale, Météo-France lui tient néanmoins la dragée haute sur certains appels d'offre. En Europe, l'opérateur français est sur la deuxième marche du podium avec le SMN allemand tandis que les services météorologiques européens sont considérés comme les références au niveau mondial.

Les appels d'offre remportés par Météo-France, son activité de recherche, les responsabilités internationales qui lui sont confiées par l'organisation météorologique mondiale (OMM) et sa contribution aux travaux du GIEC témoignent de la reconnaissance internationale de son expertise.

3. La France est l'un des seuls pays en Europe à posséder son propre modèle à aire globale, un atout stratégique à préserver

Si l'ensemble des SMN disposent de leur propre modèle à aire limité afin de produire des prévisions ciblées sur leur territoire national, localisées et à courte échéance, Météo-France fait partie des trois seuls services en Europe qui possèdent leur propre modèle à aire globale31(*) étendu à l'échelle de la planète32(*). Compte-tenu des coûts qui résultent de ce choix, la question s'est posée, et continue de se poser, de l'utilité pour Météo-France de conserver son propre modèle à aire globale.

Avec son modèle à aire globale d'une résolution de 9 km, le centre européen des prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) produit des prévisions de moyen-terme33(*) au bénéfice des SMN selon une fréquence bihebdomadaire. Les services qui ne disposent pas de modèles à aire globale utilisent ainsi les données fournies par le CEPMMT.

Malgré son coût, la possession d'un modèle à aire globale est un atout pour l'opérateur et pour la France à plusieurs titres. Premièrement, dans son propre modèle à aire globale, Météo-France assimile des observations plus nombreuses sur ses zones géographiques d'intérêt et adapte la fréquence de ses productions au plus proche de ses besoins opérationnels. Par ailleurs, les modèles AROME et ARPEGE sont exploités en cohérence par Météo-France et il existe des synergies entre eux qui permettent notamment d'affiner les prévisions régionales à échéances courtes. Un modèle à aire globale est également un atout stratégique pour la France et la capacité de ses armées à se déployer à travers le monde. Grâce au modèle AROME, Météo-France est en mesure d'apporter un soutien météorologique souverain aux troupes déployées sur des théâtres d'opérations étrangers. La possession d'un modèle à aire globale est également une condition pour réaliser des simulations climatiques à l'échelle de la planète. Le modèle AROME permet ainsi à Météo-France de contribuer aux travaux du GIEC. Enfin, le modèle global de l'opérateur accroit également son potentiel en matière de recherche.

Aussi, tant pour des raisons stratégique que de rayonnement international mais également pour que Météo-France puisse conserver son positionnement de référence parmi les SMN, son choix de conserver un modèle à aire globale en propre apparaît pertinent.


* 28 Correspondant au modèle des agences exécutives autonomes qui s'est particulièrement développé dans les années 1990 au Royaume-Uni pour gérer des services publics.

* 29 Le national weather service (NWS) placé sous l'autorité de la national oceanographic and atmospheric administration (NOAA).

* 30 Y compris concernant les activités de recherche majoritairement réalisées hors du périmètre du DWD en Allemagne.

* 31 Le modèle ARPEGE.

* 32 Les deux autres SMN qui disposent d'un modèle à aire globale en propre sont le MetOffice britannique et le DWD allemand.

* 33 De 4 à 15 jours.