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20 mai 1998 : Transgéniques : pour des choix responsables ( rapport d'information )

 

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2. Une affaire " mal engagée " en Europe

Les circonstances n'ont pas été très favorables aux biotechnologies, qui ont occupé subitement le devant de l'actualité, à l'automne 1996, lorsque les importations de cultures transgéniques américaines furent bloquées dans les ports européens.

A cette date, l'opinion et les institutions européennes étaient encore secouées par la traumatisme de l'encéphalopathie spongiforme bovine. Surtout, le consommateur n'avait pas été suffisamment informé de l'existence de cette technologie, qu'il a découverte brutalement, alors que son avènement était prévisible depuis une décennie environ. Sans doute industriels comme décideurs portent-ils une part de responsabilité dans cette situation.

Enfin, la maladresse du discours tenu par certains industriels et le choix peu pertinent des premiers produits transgéniques commercialisés n'ont sans doute pas arrangé les choses : sans s'appesantir à nouveau sur la présence malheureuse de gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques, soulignons que les produits autorisés ne comportent pas de bénéfice direct pour le consommateur et que, développés par des firmes agro-chimistes étrangères -et, intervenant surtout dans l'alimentation animale-, ils ont été ressentis comme un pas de plus en direction d'un productivisme à tous crins, incriminé par l'inconscient collectif comme le principal responsable des accidents sanitaires.

Mais l'appréciation de l'opinion est, bien sûr, plus nuancée que le tableau schématique qui vient d'en être fait.

3. Une opinion publique européenne divisée

Décrypter l'état de l'opinion publique européenne vis-à-vis des OGM est un exercice périlleux, source de vives controverses, tellement complexes sont les réactions des Européens.

Une appréciation globale des biotechnologies par l'opinion publique dans les quinze pays de l'Union européenne

La Commission européenne a financé une enquête d'opinion sur ce thème, l'étude " Eurobaromètre ", qui s'est déroulée en octobre et novembre 1996, auprès de 16.000 personnes, soit plus de 1.000 par pays.

La Commission commentait ainsi les résultats de cette enquête :

" LES EUROPÉENS ET LA BIOTECHNOLOGIE : UNE RELATION COMPLEXE "

" Un Européen sur deux estime que la biotechnologie améliorera notre mode de vie dans les vingt prochaines années. Plus de 80 % des Européens estiment que la biotechnologie est utile pour améliorer la détection de maladies héréditaires et la production de médicaments. Mais trois Européens sur dix seulement seraient prêts à acheter des fruits génétiquement modifiés s'ils avaient meilleur goût.

[...]

D'une façon générale, l'opinion publique européenne considère les développements de la biotechnologie comme relativement importants : sur une échelle allant de 1 (" pas du tout important ") à 10 (" extrêmement important "), la moyenne s'établit, pour l'échantillon de personnes interrogées, à 6,45. Ce score est le plus élevé en Suède, aux Pays-Bas et en Grèce.

[...]

Dans tous les Etats membres, les deux applications jugées les plus utiles sont l'exploitation de la biotechnologie moderne pour la production de médicaments et pour le développement de tests génétiques en vue de détecter certaines maladies. A l'inverse, les deux développements jugés en moyenne les moins utiles sont l'application de la biotechnologie moderne dans la production d'aliments et l'introduction de gènes humains dans des animaux pour produire des organes en vue de leur transplantation à l'homme.

[...]

Moins d'un Européen sur quatre estime que la réglementation actuelle est suffisante pour protéger les gens de tout risque lié à la biotechnologie moderne.

C'est aux partis politiques, à l'industrie et aux organisations religieuses que les Européens font le moins confiance pour " leur dire la vérité en ce qui concerne la biotechnologie moderne ".

Source : Communiqué de presse de la DG XII


Les résultats de cette enquête ont fait l'objet d'une interprétation79(*), publiée dans la revue " Nature " en juin 1997. Cette analyse (controversée) aboutit au classement suivant des opinions publiques des différents pays :

CLASSEMENT GLOBAL DES OPINIONS PUBLIQUES DES ETATS EUROPÉENS

Opposition forte

Opposition

Opinion partagée

Soutien

Soutien fort

Autriche

Allemagne

Luxembourg

Danemark

Suède

France

Italie

Irlande

Pays-Bas

Grande-Bretagne

Finlande

Grèce

Belgique

Espagne

Portugal

Source : D'après l'analyse coordonnée par M. Bauer, J. Durant et G. Gaskell, Nature, 1997, citée dans la revue " Biofutur ", nov. 97.

Le degré d'adhésion aux biotechnologies dépend cependant des applications considérées. Ainsi, parmi les quinze Etats membres, la même analyse établissait-elle le classement suivant :

CLASSEMENT DES OPINIONS PUBLIQUES DES ETATS EUROPÉENS PAR SECTEUR

 

Réticence

Soutien mitigé

Soutien décidé

Secteur médical


Aucun Etat

2 Etats

13 Etats

Secteur agricole et agro-alimentaire

5 Etats

6 Etats

4 Etats

Animaux transgéniques

11 Etats

1 Etat

3 Etats

Source : Ibid

En France

Une enquête d'opinion80(*) réalisée en mai 1997 auprès d'un échantillon représentatif de 1.004 personnes, à la demande des professionnels du maïs81(*), a donné les indications suivantes sur l'état de l'opinion :

- une connaissance limitée du sujet :

. Les biotechnologies : 41 % n'en ont pas entendu parler, 63 % ne savent pas ce dont il s'agit et 52 % ne savent pas comment les juger.

. Les OGM : 93 % n'en ont jamais entendu parler.

. Les plantes génétiquement modifiées sont mieux identifiées que les OGM : 22 % déclarent ne pas en avoir entendu parler, mais 44 % des sondés savent qu'en introduisant un gène dans la plante, on obtient des plantes génétiquement modifiées avec de nouvelles qualités.

- des craintes et une contradiction :

. 54 % des sondés pensent que les biotechnologies présentent des risques (39 % quelques risques et 15 % beaucoup de risques).

. Mais 56 % estiment qu'elles sont importantes pour l'avenir (38 % assez importantes, 18 % très importantes).

Un autre sondage82(*), réalisé les 27 et 28 février dernier, indiquait, quant à lui, que :

. 27 % des personnes interrogées se déclarent prêtes à consommer des aliments génétiquement modifiés ; 2 % ne se prononcent pas et 71 % ne sont pas prêts à en acheter pour leur consommation personnelle ;

. 60 % pensent que la consommation d'aliments transgéniques est dangereuse pour la santé, 25 % ne le croient pas, 15 % ne se prononcent pas.

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