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29 octobre 1998 : Assurons l'avenir de l'assurance ( rapport d'information )

 

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III. UN ACCROISSEMENT DE LA VULNÉRABILITÉ DES ACTEURS

L'accroissement de la concurrence sur tous les segments de l'assurance a laminé les marges d'acteurs déjà structurellement fragiles.

La concentration de l'offre a contribué à diminuer cette intensification concurrentielle au niveau national sans conduire toutefois à une amélioration sensible de la rentabilité du secteur.

A. DES ACTEURS STRUCTURELLEMENT FRAGILES

1. Le lourd héritage des nationalisations

Comme le souligne le rapport du Commissariat Général du Plan20(*), la politique de nationalisation des compagnies d'assurance a conduit à sacrifier le souci de la rentabilité et de la solvabilité au profit d'une recherche de la part de marché et au détriment de la spécialisation des acteurs. Les groupes publics sont en réalité devenus des investisseurs institutionnels, outils d'une stratégie non intrinsèquement économique. En outre, la fragilité de certains groupes dans le cadre d'une compétition mondiale accrue a été largement sous-estimée.

Par ailleurs, la succession rapide de dirigeants, qui n'étaient pas nécessairement issus du monde de l'assurance, a eu pour conséquence un manque de continuité stratégique qui a pesé sur les performances et la qualité de la gestion ainsi que sur la mobilisation des personnels et des cadres. L'UAP a ainsi connu six présidents en vingt ans.

A l'inverse, la continuité stratégique de la direction d'AXA est probablement un des ingrédients de sa réussite exceptionnelle, comme le soulignait M. Jean-Louis Bellando, Secrétaire Général de la Commission de contrôle des assurances, lors de son audition devant le groupe de travail.

Le Commissariat Général du Plan cite également l'exemple d'AIG présidé par Maurice R. Greenberg, qui a été créé en 1919 et n'a connu jusqu'à présent que deux dirigeants. Il est le groupe d'assurance le plus rentable au monde (avec une rentabilité financière des fonds propres de 15 %) et la première capitalisation boursière mondiale dans l'assurance avec 90 milliards de dollars.

Compte tenu de l'érosion de leur efficacité, la part des encaissements des sociétés nationalisées est ainsi passée de 50 % au moment de la nationalisation à 38 % en 1968.

En outre, avant son rachat par AXA, le ratio sinistres sur primes de l'UAP était de 77 % contre 71 % pour AXA, rien ne justifiant a priori un tel différentiel sauf une gestion moins rigoureuse.

2. Une éviction lente des marchés du risque industriel et des grands comptes

Comme l'observe le Commissariat Général du Plan, " on se ferait une idée vraisemblablement embellie de l'assurance française à partir de la considération de sa bonne position sur le marché des particuliers et des risques de masse et de la considération complémentaire selon laquelle le marché des particuliers génère, en France du moins, 80 % du total des primes encaissées ".

Le CGP relève en effet que la France est en grave récession sur la couverture des divers risques de l'entreprise et même, quoique dans une bien moindre mesure, sur celle des particuliers.

L'assurance française occupe en effet une position très défensive sur le marché des risques industriels sur lequel la compétition internationale est très vive. Aux risques dont la couverture échappe à la loi du grand nombre, les acteurs français préfèrent les risques couverts par des produits standardisés dont le prix est l'élément de différenciation le plus important.

A tel point que le positionnement des groupes étrangers sur le marché du risque crédit menacerait l'indépendance industrielle française selon le Commissariat Général du Plan qui évoque le retard technique, le manque d'innovation et la frilosité générale des acteurs français à l'égard des grands risques. En assurance-vie également, les acteurs les plus innovants se situent en Grande-Bretagne.

Or, " la haute technologie de l'assurance est du côté du risque industriel ou du risque du transport et le dynamisme d'un marché dépend largement de la capacité durable des offreurs sur ces segments de marché. Par ailleurs, une maîtrise suffisante de ces marchés est une des clés de la compétitivité internationale dans la mesure où la composante assurance du commerce international et des projets internationaux est loin d'être négligeable ", écrit le CGP.

Cette éviction des marchés du risque industriel et des grands comptes est renforcée par le rachat des grands courtiers français par les grands cabinets de courtage anglo-saxons qui accélère la " délocalisation " de la gestion des risques de l'entreprise. En effet, comme l'observe le Conseil de la concurrence21(*), la prédominance de l'activité des sociétés étrangères dans l'assurance de dommages " n'est sans doute pas sans lien avec la prépondérance exercée par les courtiers d'origine étrangère, en particulier dans le secteur de la couverture des grands risques ".

Dans ce dernier secteur, les parts de marché détenues par des sociétés d'origine étrangères seraient les suivantes :

- risques crédit : 84 %

- risques industriels : 50 %

- transports gros risques : 40 %

Des obstacles réglementaires et fiscaux semblent également expliquer la faible présence des sociétés d'assurance française sur ces marchés. En particulier, les groupes industriels français rencontrent des difficultés à implanter leurs filiales " captives " de réassurance en France.

Au total, et en dépit de l'accroissement du poids des compagnies françaises sur le marché de la réassurance à travers la SCOR et AXA RÉ, on observe un déplacement des centres de décision en matière de risques industriel vers Zürich, Munich et Londres.

Le positionnement de l'assurance française se révèle également non optimal au regard des marchés où la densité et la pénétration de l'assurance sont les plus élevés (Europe du Nord notamment).

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