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5. La coordination internationale des taxes sur le CO2 est néanmoins délicate
Le
débat relatif aux propositions européennes
d'écotaxe montre toutefois que, même coordonnée à
l'échelle internationale, la taxation peut modifier les conditions
concurrentielles au détriment des pays consommateurs ou producteurs
d'énergies riches en carbone, de sorte que l'instauration
coordonnée d'une écotaxe demeure délicate : la
plupart des pays de l'Union européenne s'accordent désormais sur
le principe d'une écotaxe (dont seraient exonérées
les énergies nouvelles), mais par sur l'assiette de cette taxe.
La Commission européenne avait en effet proposé au Conseil
en 1992, puis en mai 1995, une directive portant création d'une
écotaxe sur les produits énergétiques assise pour
moitié sur le contenu en carbone de ces produits (c'est-à-dire
sur le CO2), pour moitié sur leur contenu en énergie.
Le montant de cette taxe mixte CO2/énergie devait
être graduellement augmenté pour atteindre l'équivalent de
10 $ par baril.
PROPOSITION DE DIRECTIVE TAXE CO2/ÉNERGIE
AMENDÉE EN MAI 1995 :
TAUX OBJECTIFS POUR L'AN 2000 (TAUX
ÉQUIVALENTS À 10 $ PAR BARIL)
(EN
ÉCUS)
|
1 litre d'essence |
0,04487 |
|
1 litre de gazole |
0,05140 |
|
1 kg de GPL |
0,0625 |
|
1 kg de fuel lourd |
0,05737 |
|
1 litre de gaz naturel |
0,042 |
|
Produits énergétiques solides |
0,00937
Écu/kg de CO2 |
|
Électricité |
0,007ECU par Kw/h |
1. Le
niveau de la taxe serait fixé à 30 % de l'objectif la
première année, et atteindrait ensuite progressivement 100 % de
ce taux objectif.
Trois arguments justifiaient selon la Commission le choix d'une assiette
mixte 50 % CO2/50 % énergie :
- une assiette mixte incite à économiser l'ensemble des
énergies, donc favorise à long terme un développement
économique moins fondé sur l'utilisation intensive de
l'énergie ;
- une taxe assise uniquement sur le contenu en CO2 des
énergies aurait conféré un avantage comparatif excessif
à l'énergie nucléaire, alors même que les
externalités négatives liées à la filière
électronucléaire (déchets notamment) sont mal
maîtrisées. Le principe de précaution invitait donc, selon
la Commission, à diversifier l'approvisionnement
énergétique ;
- enfin, une taxe assise sur le seul contenu en CO2 des produits
énergétiques aurait donné un avantage très
important à la France33(*), dont la consommation d'énergie
repose largement sur les électricités hydraulique et
électronucléaire (qui n'émettent quasiment par de
CO2), au détriment des autres pays européens, dont
l'Allemagne, qui produisent leur électricité en majorité
à partir d'énergies fossiles (charbon, gaz). Cet avantage aurait
stimulé les exportations françaises d'électricité
électronucléaire, d'une part ; favorisé la
compétitivité intra-européenne des industries lourdes
françaises, d'autre part34(*).
Ce choix d'une assiette mixte CO2/énergie rencontrait
toutefois trois réserves :
- en premier lieu, la prise en compte des externalités négatives
présumées ou le " rétablissement de la
vérité des prix " dans la filière nucléaire,
ne peut être atteint de manière efficiente par la
fiscalité. Il vaudrait mieux astreindre les opérateurs à
provisionner rigoureusement les coûts de retraitement des
déchets et de démantèlement des centrales, comme le
suggère la Cour des comptes dans son dernier rapport annuel ;
- en second lieu, une assiette mixte réduit l'incitation à
substituer des énergies pauvres en CO2 à des
énergie riches en CO2. Une taxe mixte est donc moins
efficace à court terme qu'une taxe émise seulement sur le
CO2 ;
- enfin, une assiette mixte énergie/CO2 ne trouve
guère de fondements éthiques, car elle ne répond
guère aux principe pollueur/payeur.
Ces réserves ont motivé l'opposition à la directive
de l'Espagne, et dans une moindre mesure de la France, cependant que le
Royaume-Uni se réclamait par principe hostile à une harmonisation
de la fiscalité, et craignait par surcroît des pertes de
compétitivité importante pour les industries consommant du
charbon.
Le projet de directive s'est ainsi trouvé bloqué. Le
Conseil a donc invité la Commission à reformuler des propositions
sur une base moins ambitieuse (cf. encadré).
|
NOUVELLE PROPOSITION DE DIRECTIVE DE LA COMMISSION -
augmenter les taux minimaux d'accise fixés par la directive
92/82/CEE pour certains produits énergétiques qui n'ont pas
été réévalués depuis lors ;
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|
NIVEAU
DES IMPÔTS INDIRECTS (AUTRES QUE LA TVA) |
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|
Impôts indirects au
|
Taux minima proposés pour 2002 |
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|
Super sans plomb (1000 l) |
625 |
500 |
|||||||||||
|
Essence sans plomb (1000 l) |
583 |
500 |
|||||||||||
|
Gazole-carburant (1000 l) |
362 |
393 |
|||||||||||
|
Gazole de chauffage (1000 l) |
79 |
26 |
|||||||||||
|
Fuel lourd1 (1000 kg) |
18 |
28 |
|||||||||||
|
Charbon (1 GJ) |
0 |
0,7 |
|||||||||||
|
Gaz naturel (1000 m3) |
13 2 |
25 |
|||||||||||
|
Électricité :
|
0,2
3
|
3
|
|||||||||||
|
1.
Teneur en soufre < 1 %.
|
|||||||||||||
|
EFFETS
À L'HORIZON 2005 DE LA DIRECTIVE PORTANT RESTRUCTURATION DE LA
FISCALITÉ ÉNERGÉTIQUE, SELON DIVERS MODÈLES
MACROÉCONOMIQUES, SOUS L'HYPOTHÈSE D'UNE AFFECTATION DES
RESSOURCES FISCALES SUPPLÉMENTAIRES À DES ALLÉGEMENTS DE
CHARGES SOCIALES
|
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|
Modèle Hermès1 |
Modèle GE1-E32 (2004) |
Modèle E3 ME3 |
|||||||||||
|
France |
UE |
France |
UE |
France |
UE |
||||||||
|
PIB |
0,01 |
0,06 |
0,02 |
0,02 |
0,09 |
0,20 |
|||||||
|
Emploi (en milliers) |
17 |
190 |
13 |
155 |
72 |
457 |
|||||||
|
Émissions de CO2 |
- 2,14 |
- 1,60 |
- 0,63 |
- 1,47 |
- 0,46 |
- 0,50 |
|||||||
|
1.
Modèle macroéconométrique, Bureau général du
Plan. Bruxelles et Erasme. Paris.
|
|||||||||||||
Selon la
Commission européenne cette directive réduirait les
distorsions de concurrence sur le marché intérieur qui
sont imputables aux différentiels de taxation de l'énergie.
En outre, l'augmentation des taux minima d'accises réduirait la
concurrence fiscale entre États membres, permettant de ce fait
aux États qui le souhaitent d'accroître la taxation des
émissions de CO2, sans souffrir de pertes de
compétitivité dissuasives.
Enfin, les propositions de la Commission se traduiraient par une hausse de la
taxation de certains produits énergétiques qui, quoique modeste,
pourrait contribuer à la maîtrise des émissions de
CO2, tout en stimulant légèrement la croissance et
l'emploi, selon les simulations macroéconomiques réalisées
par la Commission.
Votre rapporteur estime que l'adoption de cette Directive constitue un premier
pas indispensable.
Votre rapporteur souhaite par ailleurs qu'un compromis permette une
coordination plus ambitieuse de la fiscalité énergétique
à l'échelle de l'Union européenne.
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