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La suite d'une mission effectuée au Maroc du 30 septembre au 3 octobre 1999

 

CONCLUSION

Le Maroc vit un moment décisif de son évolution. Sur le plan interne, des changements se profilent qui vont déjà au-delà des seuls symboles. De nouvelles méthodes de gouvernement sont mises en place par le Roi dans la gestion de dossiers prioritaires. Celui-ci est attendu sur les nécessaires réformes qu'il a lui-même définies et qui devront concourir à réunir une société marocaine encore divisée entre riches et pauvres, hommes et femmes, ruraux et citadins.

Pour parachever la transition, toutefois, des changements concrets devront intervenir rapidement, faute de quoi, l'impatience d'une grande partie de la population pourrait être tentée de s'exprimer en dehors des structures politiques traditionnelles et risquerait alors d'affecter l'image de grande stabilité jusque-là donnée par le Royaume et qui tranche, sur ce point, avec ses voisins.

Sur le plan externe, à partir du 1er janvier 2000, le Maroc sera au rendez-vous de l'Union européenne, ce qui constituera pour le Royaume un défit économique et social de grande ampleur. Enfin, la nouvelle donne algérienne, qui pourrait débloquer bien des problèmes dans l'avenir, est encore aujourd'hui source d'incertitude et de perplexité à Rabat.

Ce sont pourtant ces deux dossiers de voisinage, avec son voisin européen au nord, d'une part, et avec l'Algérie, à l'est, d'autre part, qui détermineront, dans une large mesure, l'avenir du Maroc. Dans ces deux domaines, la France n'est pas sans influence et nos interlocuteurs comptent sur la détermination de notre pays pour les aider à relever ces défis.

EXAMEN EN COMMISSION

La commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées a examiné le présent rapport d'information lors de sa séance du mercredi 3 novembre 1999.

A la suite de l'exposé de M. Xavier de Villepin, président, Mme Paulette Brisepierre a formulé les observations suivantes :

- la délégation avait eu des entretiens particulièrement intéressants avec le président et des membres de la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM), l'organisation patronale marocaine ;

- le dossier de la pêche était essentiel pour le Maroc qui s'estimait victime de la bonne volonté dont il avait fait preuve lors de la conclusion des précédents accords ;

- le roi Mohammed VI avait récemment décidé la gratuité de l'enseignement primaire ;

- la question du Sahara occidental dépassait le cadre strictement marocain et l'Union européenne devait s'y intéresser davantage. La situation des réfugiés sahraouis à Tindouf n'était guère enviable. En revanche, le Maroc avait consenti, dans les " provinces sahariennes ", des efforts considérables.

M. Christian de La Malène a estimé que l'Europe ne devait pas pousser le Maroc à une occidentalisation telle qu'il y perde son identité spécifique.

M. Xavier de Villepin, président, a estimé que tel n'était pas l'objectif de l'Union européenne. En revanche, une certaine ouverture -à l'instar de ce qui avait pu se produire, sur le plan économique, en Tunisie- pouvait aider le Maroc à opérer les transformations nécessaires.

Mme Danielle Bidard-Reydet a salué l'évolution positive qui semblait se dessiner depuis l'avènement du roi Mohammed VI. Sur le référendum au Sahara occidental, elle a considéré que, malgré les difficultés, les décisions internationales devaient être appliquées. A défaut, comment répondrait-on au souhait des réfugiés de retourner dans leur pays ? Elle n'a pas partagé l'appréciation négative portée par Mme Paulette Brisepierre sur la situation des réfugiés sahraouis à Tindouf. Elle s'est enfin interrogée sur la production de stupéfiants au Maroc.

M. Xavier de Villepin, président, a indiqué que des actions étaient conduites pour tenter d'éradiquer la production de cannabis dans le Rif. Sur le référendum du Sahara occidental, il a estimé que, s'il devait tout de même avoir lieu, il importait de fixer un délai impératif. L'intérêt général commandait peut-être, a-t-il poursuivi, d'aboutir à une solution où il n'y ait " ni vainqueur, ni vaincu ". Il a reconnu que le Maroc avait consenti beaucoup d'efforts pour le développement futur de cette région et a considéré que, pour les amis du Maroc, comme la France, il s'agissait d'un dossier délicat. Il a estimé par ailleurs que l'hypothèse d'une transformation de la monarchie marocaine en un modèle " à l'espagnole " n'était pas réaliste compte tenu de la légitimité religieuse spécifique qui entoure le roi du Maroc.