C. LE RENONCEMENT À LA MAÎTRISE DES DÉPENSES EN 2000

1. Un objectif initial relativement ambitieux

L'année 2000 devait constituer une étape importante en matière d'évolution des dépenses de l'Etat.

En effet, dans la loi de finances initiale pour 2000, le gouvernement s'est fixé un objectif à la fois clair et relativement ambitieux eu égard à ses engagements antérieurs, et surtout à sa capacité à les respecter : la stabilisation en volume des dépenses de l'Etat.

Concrètement, cet objectif devait se traduire par une progression des dépenses de 15 milliards de francs (17,5 milliards de francs hors dette), égale à l'augmentation prévisionnelle des prix hors tabac (+ 0,9 %).

Par ailleurs, le gouvernement avait mis en avant un important effort d'économies, pour un montant de 34 milliards de francs, après 29 milliards de francs en 1998 et 31 milliards de francs en 1999. Votre rapporteur général, dans son rapport 16( * ) sur le projet de loi de finances pour 2000, avait toutefois relativisé ces économies, qui, en réalité, ne sont que des redéploiements de crédits, destinés à financer les priorités du gouvernement, et souvent réalisés au moyen d'abattements forfaitaires de crédits.

2. Un objectif abandonné de fait

Or, le gouvernement a décidé de rompre avec son engagement d'une stabilisation des dépenses de l'Etat en volume.

Certes, la position officielle du gouvernement n'a pas changé : le rapport qu'il a déposé en vue du débat d'orientation budgétaire confirme le " cap de la maîtrise des dépenses [de l'État] , qui seront stabilisées en volume en 2000 " .

En effet, le gouvernement a décidé de présenter un projet de loi de finances rectificative pour 2000, dès le printemps, dont l'objet est essentiellement de procéder à des baisses d'impôts d'un montant de 40,6 milliards de francs, grâce à la réévaluation des recettes de l'Etat à hauteur de 51,4 milliards de francs au total.

Mais le gouvernement a décidé de consacrer le complément des surplus de recettes fiscales à de nouvelles dépenses, soit plus de 10 milliards de francs. Votre commission estime que le financement de telles dépenses qui sont pour la plupart légitimes, doit, comme cela devrait être la règle, être financé par redéploiement de crédits. Elle vous fera des propositions en ce sens.

Ces dépenses nouvelles se répartissent comme suit :

- au titre du financement des réparations des dommages occasionnés par les différents sinistres ayant frappé la France au cours des derniers mois de l'année 1999 , qu'il s'agisse des inondations, du cyclone Lenny aux Antilles, de la marée noire provoquée par le naufrage de l'Erika, ou des tempêtes : 5,46 milliards de francs en dépenses ordinaires et crédits de paiement, auxquels il convient d'ajouter 2,83 milliards de francs en autorisations de programme, répartis conformément au tableau ci-après :



- au titre du financement de dépenses à caractère exceptionnel : 4,24 milliards de francs , auxquels il convient d'ajouter 1,94 milliard de francs en autorisations de programme ainsi répartis :



Enfin, les dépenses militaires font l'objet d'une ouverture nette de 310 millions de francs en crédits de paiement , et d'une annulation nette de plus de 1,2 milliard de francs en autorisations de programme , alors même que l'exposé des motifs du projet de loi de finances rectificative pour 2000 mentionne la réalisation de " divers mouvements de réallocation de moyens au sein du budget de la défense " .

Il convient du reste de souligner que seul le budget de la défense est concerné par les annulations de crédits dans le cadre du projet de loi de finances rectificative pour 2000, les budgets civils y échappant pour leur part totalement.

Plus précisément, les crédits de paiement donnent lieu à une ouverture de 2,7 milliards de francs et, dans le même temps, à une annulation de 2,39 milliards de francs.

Quant aux autorisations de programme, elles font l'objet d'une ouverture de 6,87 milliards de francs pour assurer le financement de 27  hélicoptères, mais d'une annulation concomitante de 8,07 milliards de francs, soit près de 9 % des crédits votés en loi de finances initiale.

Une fois encore, le gouvernement privilégie les dépenses de fonctionnement au détriment des dépenses d'investissement qui, elles, préparent l'avenir.

En effet, cette réduction importante des crédits d'équipements en cours d'exécution 2000 suscite de vives réserves de la part de votre commission. A l'occasion de l'examen du budget initial pour 2000, elle avait déjà souligné que, après l'embellie de 1999 consécutive à la " revue des programmes ", le niveau des crédits proposés en 2000 pour les titres V et VI ne permettait pas que soient respectées les dispositions de la loi de programmation.

Plus fondamentalement, le renforcement de cette tendance désormais lourde amène vraisemblablement nos forces à devenir, aujourd'hui, dans une proportion importante, équipées d'un matériel, soit obsolète, soit hors d'état de fonctionner, compte tenu de l'absence de pièces de rechange, et dont l'entretien s'avérera nécessairement de plus en plus coûteux et difficile.

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