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Séance du 13 février 2012 (compte rendu intégral des débats)

Article 6
Dossier législatif : projet de loi portant réforme des ports d'outre-mer relevant de l'État et diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne dans le domaine des transports
Article 8

Article 7

I. – Dans les conditions prévues à l’article 38 de la Constitution, le Gouvernement est autorisé à prendre par voie d’ordonnance, dans un délai de six mois à compter de la publication de la présente loi :

1° Les dispositions relevant du domaine de la loi nécessaires pour l’application du règlement (CE) n° 216/2008 du Parlement européen et du Conseil, du 20 février 2008, concernant des règles communes dans le domaine de l’aviation civile et instituant une Agence européenne de la sécurité aérienne, et abrogeant la directive 91/670/CEE du Conseil, le règlement (CE) n° 1592/2002 et la directive 2004/36/CE ;

2° Les mesures nécessaires pour :

a) Instituer ou modifier un système de sanctions pénales et administratives en cas de méconnaissance du règlement de l’Union européenne mentionné au 1° et des dispositions prises en application du même 1° ;

b) Adapter aux caractéristiques et contraintes particulières des départements et régions d’outre-mer, des collectivités territoriales de Guyane et de Martinique et du Département de Mayotte les dispositions prises en application du 1° ;

c) Adapter aux caractéristiques et contraintes particulières de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin les dispositions prises en application du 1° ;

d) Étendre, avec les adaptations nécessaires, à la Nouvelle-Calédonie, à la Polynésie française, à Wallis-et-Futuna et aux Terres australes et antarctiques françaises les dispositions prises en application du 1°, sous réserve des compétences dévolues à ces collectivités.

II. – Le projet de loi de ratification de cette ordonnance est déposé devant le Parlement dans un délai de six mois à compter de sa publication.

Article 7
Dossier législatif : projet de loi portant réforme des ports d'outre-mer relevant de l'État et diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne dans le domaine des transports
Article 9

Article 8

Le code des transports est ainsi modifié :

1° Les articles L. 1421-3 et L. 1422-4 sont complétés par une phrase ainsi rédigée :

« Les frais de gestion des procédures de reconnaissance de la capacité professionnelle et de délivrance des documents relatifs à cette reconnaissance sont à la charge des candidats, selon les modalités fixées par ce décret. » ;

2° Après l’article L. 3113-2, il est inséré un article L. 3113-3 ainsi rédigé :

« Art. L. 3113-3. – Les modalités selon lesquelles, en application du règlement mentionné à l’article L. 3113-2, les autorités compétentes délivrent les autorisations d’exercer la profession de transporteur par route, suspendent ou retirent ces autorisations sont fixées par le décret prévu à l’article L. 3113-1. » ;

3° Après l’article L. 3211-2, il est inséré un article L. 3211-3 ainsi rédigé :

« Art. L. 3211-3. – Les modalités selon lesquelles, en application du règlement mentionné à l’article L. 3211-2, les autorités compétentes délivrent les autorisations d’exercer la profession de transporteur par route, suspendent ou retirent ces autorisations sont fixées par le décret prévu à l’article L. 3211-1. »

Article 8
Dossier législatif : projet de loi portant réforme des ports d'outre-mer relevant de l'État et diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne dans le domaine des transports
Explications de vote sur l'ensemble (début)

Article 9

Le 6° du I de l’article L. 211-7 du code de l’environnement est complété par les mots : « des eaux terrestres et marines, y compris les pollutions marines orphelines ».

M. le président. Sur les articles du texte élaboré par la commission mixte paritaire, je ne suis saisi d’aucun amendement.

Quelqu’un demande-t-il la parole sur l’un de ces articles ?...

Le vote est réservé.

Vote sur l'ensemble

Article 9
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Explications de vote sur l'ensemble (fin)

M. le président. Avant de mettre aux voix l’ensemble du projet de loi dans la rédaction résultant du texte élaboré par la commission mixte paritaire, je donne la parole à M. Robert del Picchia, pour explication de vote.

M. Robert del Picchia. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je tiens tout d’abord à saluer la réforme proposée par le Gouvernement, qui vise à adapter la réforme portuaire de 2008 aux ports des départements d’outre-mer relevant de l’État et donc à mieux répondre aux exigences de performance et de compétitivité qu’imposent l’évolution du commerce maritime international et la concurrence avec les ports étrangers. Ce projet de loi est indéniablement une chance pour l’économie ultramarine.

Je voudrais ensuite saluer l’attitude responsable de la commission mixte paritaire, qui, dans sa sagesse, a réintroduit la seconde partie du projet de loi initial, c’est-à-dire les dispositions d’adaptation de la législation au droit de l’Union européenne dans le domaine des transports. Ces dispositions ont pour dénominateur commun de contribuer à l’amélioration de la sécurité et de faciliter les formalités administratives ou l’exercice des activités des opérateurs économiques concernés. Elles visent trois directives et trois règlements européens relatifs au domaine des transports maritime, routier et aérien.

La commission mixte paritaire a estimé qu’il y avait bel et bien urgence à mettre la législation de notre pays en conformité avec les exigences européennes et qu’il était nécessaire, pour achever les transpositions, de compléter le projet de loi par l’adoption des projets d’ordonnances. Elle a donc rétabli les articles habilitant le Gouvernement à prendre par ordonnances certaines dispositions urgentes, permettant ainsi à la France de respecter ses engagements communautaires dans le domaine des transports. Nous nous en félicitons et nous saluons, par ailleurs, l’initiative de nos collègues députés, qui ont réduit de manière importante les délais d’habilitation initialement proposés.

Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe de l’UMP apportera son entier soutien à ce projet de loi.

M. le président. Personne ne demande plus la parole ?…

Conformément à l’article 42, alinéa 12, du règlement, je mets aux voix l’ensemble du projet de loi dans la rédaction résultant du texte élaboré par la commission mixte paritaire.

(Le projet de loi est définitivement adopté.)

Explications de vote sur l'ensemble (début)
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11

 
Dossier législatif : projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France
Discussion générale (suite)

Commémoration le 11 novembre de tous les morts pour la France

Adoption des conclusions d’une commission mixte paritaire

Discussion générale (début)
Dossier législatif : projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France
Article 1er

M. le président. L’ordre du jour appelle l’examen, à la demande du Gouvernement, des conclusions de la commission mixte paritaire chargée d’élaborer un texte sur les dispositions restant en discussion du projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France (texte de la commission n° 317, rapport n° 316).

Dans la discussion générale, la parole est à M. le rapporteur.

M. Pierre Charon, en remplacement de M. Marcel-Pierre Cléach, rapporteur pour le Sénat de la commission mixte paritaire. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, Marcel-Pierre Cléach ne pouvant être présent parmi nous, il m’incombe de vous présenter les conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France.

Cette commission, réunie le 31 janvier dernier, est parvenue à un accord sur la rédaction du texte voté par le Sénat le 24 janvier. Dès lors, l’article 1er est complété par un alinéa, adopté par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur la proposition de notre collègue Alain Néri, qui précise : « Cet hommage ne se substitue pas aux autres journées de commémoration nationales ». Par ailleurs, l’article 3, qui prévoit l’application du présent texte sur l’ensemble du territoire de la République, est rédigé dans les termes adoptés par la Haute Assemblée.

Je me réjouis, comme tous les membres de la commission mixte paritaire, que nous soyons parvenus à un accord sur un projet porteur de sens. Celui-ci a permis de rassembler la majeure partie de la représentation nationale afin de rendre hommage à ceux qui ont sacrifié leur vie pour leur pays, pour sa liberté, pour son indépendance et pour les valeurs de la République.

Je tiens à remercier le président de la commission des affaires étrangères, Jean-Louis Carrère, le rapporteur, Marcel-Pierre Cléach, ainsi que vous-même, monsieur le ministre, du travail accompli en commission, qui a abouti à un large consensus et recueilli l’assentiment de nos collègues députés.

Je vous invite donc, mes chers collègues, à voter le projet de loi dans les termes adoptés par la commission mixte paritaire.

Les questions de mémoire, d’hommage et de reconnaissance de la Nation envers ceux qui l’ont servie hier doivent transcender les polémiques politiciennes. C’est dans cet esprit que le Président de la République a souhaité ce projet de loi.

Après avoir travaillé et exprimé leurs convictions, les sénateurs et les députés sont parvenus à trouver un accord. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Ceux qui sont tombés pour la France méritaient que la Nation leur rende hommage. Ils méritent ce soir notre vote unanime ! (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'UCR. – M. le président de la commission des affaires étrangères applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Patrick Ollier, ministre auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je vous demande de bien vouloir excuser le ministre de la défense et des anciens combattants, Gérard Longuet, qui est actuellement à Singapour, ainsi que le secrétaire d’État auprès du ministre de la défense et des anciens combattants, Marc Laffineur.

Nous sommes aujourd’hui réunis pour examiner, dans sa version élaborée par la commission mixte paritaire, le projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France.

Le Président de la République avait annoncé le dépôt de ce texte le 11 novembre dernier, dans un discours prononcé sous l’Arc de triomphe. Aujourd’hui, sa parole est en passe d’être tenue, à la satisfaction des principales associations d’anciens combattants, des familles et des militaires d’active.

Ce résultat est aussi le fruit de la mobilisation de la Haute Assemblée ; le Gouvernement tient à la remercier.

Mesdames, messieurs les sénateurs, vous savez tous combien les questions de mémoire importent à la cohésion et même à la dignité de notre société. C’est pourquoi elles ne peuvent pas être réduites à des oppositions partisanes. Votre implication soutenue montre qu’elles jouent pleinement leur rôle fédérateur ; nous vous remercions vivement pour cela.

Après avoir été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, le projet de loi l’a été par le Sénat dans la version qui vous est soumise aujourd’hui. Je tiens donc à remercier le rapporteur, M. Cléach – je remercie également son remplaçant, M. Charon, qui a synthétisé avec brio les travaux de la commission mixte paritaire –, ainsi que le président de la commission, M. Carrère, d’avoir contribué à faire progresser le consensus.

La version du projet de loi qui vous est soumise comporte deux modifications notables par rapport au projet de loi initial, sans toutefois en modifier l’esprit : d’une part, il est précisé que le projet de loi s’appliquera sur l’ensemble du territoire de la République ; d’autre part, il est affirmé que l’ensemble des journées de commémoration nationales seront maintenues. Cette précision répond notamment à une préoccupation des associations patriotiques. À ce propos, je rappelle qu’il n’a jamais été question de supprimer des journées de commémoration ni de les hiérarchiser.

De même, l’héritage historique de la Grande Guerre continuera d’être honoré le 11 novembre. Le projet de loi est clair sur ce point : le 11 novembre demeure l’anniversaire de l’armistice de 1918. Reste que ce symbole devait évoluer, pour deux raisons principales.

La première est que le dernier poilu est mort en 2011 ; la perspective du centenaire de la Grande Guerre exige une approche renouvelée des commémorations.

La seconde est qu’il est nécessaire d’honorer la quatrième génération du feu. En effet, depuis la fin de la guerre d’Algérie, plus de six cents militaires sont morts pour la France. Or le calendrier républicain ne permettait pas jusqu’alors de leur rendre l’hommage qui leur est dû. Il n’était cependant pas question de créer une journée commémorative spécifique : comme l’a souligné la commission Kaspi, c’eût été fragmenter davantage notre mémoire collective, prendre le risque de la division et, finalement, de l’oubli.

L’esprit nouveau des commémorations du 11 novembre permettra de pallier le manque qui existe aujourd’hui tout en appelant à l’unité. Associer l’ensemble des générations du feu, c’est en effet souligner les valeurs qu’elles ont en commun, en particulier ce sens de l’engagement qui va jusqu’au sacrifice ultime.

Au cours des derniers mois, en Libye, en Côte d’Ivoire, nos armées ont mis leur professionnalisme, leur courage et leur réactivité au service de l’aspiration des peuples à la liberté et à la démocratie. En Afghanistan, elles agissent tout autant contre l’obscurantisme et pour la paix.

Parce que les combats que mènent les soldats d’aujourd’hui sont dignes de ceux de leurs aînés, la filiation entre les générations du feu sera désormais célébrée chaque 11 novembre. Ainsi, plus un mort pour la France, plus un sacrifice ne sera menacé par l’oubli, faute d’être associé à une journée particulière de notre calendrier républicain.

Dans le même esprit, le Gouvernement a soutenu, lors de l’examen du projet de loi en commission à l’Assemblée nationale, l’amendement visant à rendre obligatoire l’inscription des morts pour la France sur les monuments aux morts. Cette disposition constitue l’article 2 du projet de loi.

Jusqu’à présent, l’inscription était laissée à la discrétion des maires. Désormais, tous les morts pour la France, sans exception, pourront recevoir cet hommage de la Nation. Graver leur nom dans le marbre est un symbole fort ; en particulier, c’est un geste important pour le deuil et la mémoire des familles.

Mesdames, messieurs les sénateurs, c’est parce que la France se fait une certaine idée de sa vocation dans le monde, c’est parce qu’elle se réclame de valeurs universelles et qu’elle se donne les moyens de les défendre qu’elle se doit d’être exemplaire dans la reconnaissance qu’elle porte à ses soldats.

Chacun d’entre nous doit sa liberté à ceux qui sont tombés sous les drapeaux. Chacun d’entre nous doit sa dignité à ceux qui acceptent de défendre nos valeurs par les armes. Le projet de loi nous invite à ne jamais l’oublier. C’est pourquoi le Gouvernement vous engage à lui apporter votre soutien unanime. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'UCR, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

M. le président. La parole est à M. Alain Néri.

M. Alain Néri. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le projet de loi, que nous allons sans doute adopter, peut-être dans une belle unanimité, répond à une préoccupation ancienne et légitime : pérenniser le 11 novembre après la disparition des derniers combattants.

Monsieur le ministre, vous avez rappelé que le dernier poilu, un Australien, était mort en 2011. Le dernier poilu français, Lazare Ponticelli, est décédé le 12 mars 2008. C’est leur génération qui a connu la première loi de commémoration nationale, fixée au 11 novembre par la loi du 24 octobre 1922.

Nous considérons qu’il est souhaitable que leur mémoire soit pérennisée et qu’on offre aux jeunes générations une leçon d’instruction civique par la continuation des manifestations du souvenir.

Comme vous le savez, seule nous chagrinait la crainte que l’on ne se dirige, lentement mais peut-être sûrement, vers un Memorial Day. À nos yeux, le risque existait qu’une manifestation unique ne conduise à la dilution et à l’affaiblissement de la mémoire des autres conflits.

Certes, on nous a répété qu’il n’en était pas question : M. le Président de la République l’a dit, ainsi que M. le secrétaire d’État auprès du ministre de la défense et des anciens combattants lorsque nous l’avons auditionné. Mais prudence est mère de sûreté, sans compter que, dans un passé récent, nous avons constaté que le 8 mai pouvait être envoyé aux oubliettes.

M. Alain Néri. Ce qui est arrivé une fois – à l’époque de M. Valéry Giscard d’Estaing, que je connais bien puisqu’il est de ma région – pouvant arriver une deuxième fois, on se dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir. J’ai donc pensé que ce qui allait sans dire irait encore mieux en le disant. S’il est vrai que nous sommes de passage, les uns et les autres, dans notre vie personnelle comme dans notre vie politique, les paroles s’envolent, mais les écrits restent !

M. Roland Courteau. Très bien !

M. Alain Néri. C’est pour ces raisons que nous avons déposé un amendement tendant à préciser de manière explicite qu’aucune date ne serait supprimée et que le nouvel hommage ne se substituerait pas aux autres journées de commémoration nationales. Nous voulions que soit ainsi gravé, dans le marbre de la loi, le respect de la journée de commémoration de chaque génération du feu.

Cet amendement que j’ai présenté en commission, au nom du groupe socialiste, ayant été adopté à l’unanimité, nous avons voté le projet de loi en première lecture.

En commission mixte paritaire, les députés ont adopté à l’unanimité la disposition introduite par cet amendement de précision, de garantie et de protection. En conséquence, nous avons tous voté le projet de loi amendé.

Monsieur le ministre, vous avez dit que la création d’un nouvel hommage le 11 novembre serait aussi l’occasion d’honorer la quatrième génération du feu. Vous avez raison ! Parmi ceux qui répondent à l’appel de la Nation et de la République, certains font le sacrifice suprême, celui de leur vie ; tous font le sacrifice de leur jeunesse.

Lorsque, malheureusement, un conflit éclate, ceux qui sont appelés à y participer partent toujours avec beaucoup d’émotion et de crainte. Chacun se demande : retrouverai-je mon village, mon quartier, ma famille ? Le départ est toujours un déchirement. Nous devons nous en souvenir et prendre en compte la nécessité d’honorer toutes les générations du feu.

Vous avez également dit que la création d’un jour spécifique risquerait de fragmenter la mémoire. Pour ma part, je crains plutôt que l’absence d’une telle journée ne conduise à la dilution de la mémoire et à son affaiblissement.

M. Roland Courteau. C’est sûr !

M. Alain Néri. Après la première génération du feu, celle des poilus de 1914-1918, il y eut la deuxième génération, celle des combattants de 1939-1945.

À ce sujet, j’observe que l’idée n’est venue à personne de supprimer encore une fois le 8 mai… Errare humanum est, perseverare diabolicum ! Ce jour est celui de l’hommage rendu aux résistants et aux combattants qui ont permis le rétablissement de la République, cette République que l’État français de Vichy avait supprimée : il n’est pas mince l’hommage qu’il faut leur rendre !

J’ai été étonné de vous entendre passer subitement de la deuxième à la quatrième génération du feu, en oubliant la troisième.

M. Alain Néri. Or cette troisième génération du feu, comme les deux premières, a répondu à l’appel de la Nation. Certes, la mobilisation générale n’a pas eu lieu de la même façon : elle a été fragmentée par l’appel régulier du contingent – tous les deux mois – et son envoi en Algérie. Reste qu’elle mérite, au même titre que les autres, de se voir consacrer une journée historique et symbolique de recueillement, de mémoire et d’hommage. Aussi je souhaite que nous trouvions rapidement le moyen de commémorer le sacrifice de ceux qui ont eu vingt ans dans les Aurès. Ce sont aussi ceux qui ont sauvé la République en s’opposant au putsch des généraux félons d’Alger !

M. Roland Courteau. Il fallait le rappeler !

M. Alain Néri. À ce titre, ils méritent l’hommage unanime de la Nation.

Pendant des années, la troisième génération du feu a été quelque peu méprisée : on parlait d’« événement », de « pacification » ou encore de « maintien de l’ordre ». Il a fallu attendre le 10 juin 1999 pour que l’Assemblée nationale, à l’unanimité, reconnaisse que les événements d’Algérie constituaient bien une guerre. Étant rapporteur de la proposition de loi en cause, je m’en souviens parfaitement.

Le consensus sur cette idée s’est manifesté très rapidement. Le Sénat, le 5 octobre 1999, a émis, lui aussi à l’unanimité, le même vote que l’Assemblée nationale. Et le 18 octobre suivant, la loi a été promulguée.

Il serait grandement temps que la Nation reconnaisse enfin à la troisième génération du feu le droit à une journée spécifique de commémoration symbolique et historique, fixée au 19 mars.

MM. Robert Tropeano et Roland Courteau. Très bien !

M. Alain Néri. Le 19 mars 1962 est entré en vigueur le cessez-le-feu en Algérie. Le 19 mars prochain sera donc le cinquantième anniversaire de cet événement. Aujourd'hui, une chance historique s’offre à nous. Saisissons-la !

Le plus jeune de ceux qui, en réponse à son appel, ont offert leur jeunesse à la Nation pour défendre la République est aujourd'hui âgé de soixante-dix ans, le plus vieux de quatre-vingts ans. Je souhaite que la Nation rende leur honneur à ces combattants et fasse l’effort de leur offrir l’hommage qu’ils méritent, et ce non à titre posthume. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

À partir du moment où l’amendement que j’avais déposé au Sénat, au nom du groupe socialiste, a été adopté, décision confirmée en commission mixte paritaire, comme les membres de mon groupe, je voterai le projet de loi, qui, je l’espère, sera adopté à l’unanimité. Ainsi, nous montrerons notre attachement à la République et notre volonté d’unité de la Nation. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE et de l’UCR.)

M. le président. La parole est à Mme Cécile Cukierman.

Mme Cécile Cukierman. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le texte résultant des travaux de la commission mixte paritaire sur le projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France entérine celui qu’a adopté notre assemblée le 24 janvier dernier.

Les membres du groupe CRC n’avaient pas voté ce texte, non par esprit de polémique, mais en raison d’un désaccord de fond.

La modification introduite par le Sénat au projet de loi voté par l’Assemblée nationale visait essentiellement à compléter l’article 1er et à préciser que cet hommage ne se substituait pas aux autres commémorations nationales. À nos yeux, cette précision, adoptée sur l’initiative d’Alain Néri, certes indispensable, ne permet toutefois pas de lever toutes les ambiguïtés et toutes les craintes suscitées par le projet de loi, élaboré dans la précipitation.

Il n’est pas inutile d’inscrire dans la loi que les autres commémorations nationales patriotiques ne sont pas remises en cause, car le risque demeure de les voir banaliser ou vider de leur sens. Cependant, graver dans le marbre de la loi une telle disposition ne suffira pas, selon nous, car le danger est plus grand. De surcroît, le fond du problème n’est pas là.

Légiférer sur une mesure émanant du Président de la République touchant à des symboles et à des valeurs aussi forts que la défense de la patrie ou le sens de la guerre aurait mérité un débat beaucoup plus large et plus approfondi. Les conflits qu’a connus notre pays n’ont pas tous eu les mêmes causes, et tous ceux qui y ont trouvé la mort n’ont pas tous perdu la vie pour de nobles raisons.

Alors que nous sommes à dix mois de la prochaine commémoration du 11 novembre 1918 et à deux ans du centenaire de la Grande Guerre, y avait-il urgence à légiférer sur cette question ? Surtout, modifier la signification, dans la mémoire collective, de l’armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale et la remplacer par un hommage indifférencié à tous ceux, civils et militaires, qui sont morts au cours de conflits de nature différente ne peut relever du simple travail législatif.

Nous craignons que cette procédure législative accélérée n’entretienne la confusion et l’oubli de la spécificité de toutes les guerres auxquelles notre pays a été confronté. Et pourtant, il est de notre tradition de rendre hommage aux anciens combattants de chaque guerre, à chaque date anniversaire historique de la fin de chaque conflit.

Dans notre esprit, il ne s’agit aucunement de faire un tri entre les « bonnes » et les « mauvaises » guerres ou de les hiérarchiser, selon une démarche chère au ministre de l’intérieur dans un autre domaine. Je ne remets bien sûr nullement en cause la force symbolique de la mention « mort pour la France » portée sur les actes de décès. Un soldat envoyé sur le théâtre d’un conflit par le gouvernement de la République et qui trouve la mort est toujours tué au nom de la France.

Pour les jeunes générations, nous ne voulons pas non plus que toutes les mémoires soient amalgamées, empêchant ainsi de réfléchir et de tirer les enseignements de chaque guerre.

Nous ne voulons pas davantage que, in fine, on accrédite l’idée selon laquelle peu importent les raisons pour lesquelles des militaires et des civils ont perdu la vie.

Nous ne voulons pas encore que, en confondant les mémoires et les événements, en amalgamant des engagements multiples qui n’ont pas la même portée historique et humaine, tout soit fondu dans une même condamnation abstraite de la guerre qui empêche de réfléchir sur ses causes.

En ne distinguant plus les situations, en confondant les conflits, on aboutit à une vision aseptisée de l’histoire et de la mémoire collective, vision qui ne permet plus de comprendre le passé et de construire lucidement l’avenir. Mais peut-être est-ce là l’objectif recherché…

En effet, désormais, la principale journée de commémoration se déroulera sur un fond de méconnaissance des contextes historiques de plus en plus répandue chez les jeunes générations. Si j’en juge par la place qui est accordée aux programmes d’histoire dans l’enseignement secondaire et qui se réduit comme peau de chagrin,…

M. Ronan Kerdraon. Malheureusement !

Mme Cécile Cukierman. … je pense même que derrière la disposition dont nous discutons se cache une volonté politique. Récemment d’ailleurs, les enseignants de cette matière s’en sont émus et ont vigoureusement protesté, notamment, contre le caractère optionnel de cet enseignement en terminale scientifique.

Ces dernières années, de nombreux travaux ont été menés sur le devoir de mémoire. Des pistes ont été explorées ; elles auraient pu faire l’objet d’un débat de fond et de décisions fortes. Au lieu de cela, un texte, très en retrait par rapport aux enjeux, est adopté en urgence.

Son seul objet, nous a-t-on dit, est de rendre hommage à tous ceux qui ont défendu la France, toutes générations confondues. Le problème n’est pourtant pas si simple et la méthode ne me semble pas adéquate.

Bien que nous soyons favorables à ce que soit rendu un hommage particulier aux soldats qui, sous mandat de l’ONU, œuvrent pour le respect du droit international et assurent le maintien de la paix dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler « les opérations extérieures », nous refusons d’amalgamer tous les conflits en un même souvenir. C’est la raison principale pour laquelle les membres du groupe communiste, républicain et citoyen restent opposés à l’adoption de ce texte.