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20ème ANNIVERSAIRE DE L'ABOLITION DE LA PEINE DE MORT EN FRANCE
Récit de lexamen du projet de loi au Sénat par Robert Badinter
(Extraits de " Labolition ")
" Javais refusé de recourir à la procédure durgence. Il aurait été paradoxal de linvoquer, sagissant dun débat qui durait depuis deux siècles. Mais, si le Sénat rejetait le texte ou lamendait, il faudrait recourir à la navette et, faute daccord entre les deux Assemblées, imposer, en dernière lecture, la volonté de la majorité des députés. Cette éventualité me déplaisait, car elle donnerait à labolition le caractère dune loi votée à larraché.
( ) Au sein de la docte Commission des lois du Sénat, les affrontements se succédaient. ( ) En bref, à la veille du débat au Sénat, tout nétait que confusion, hormis la conviction générale que le texte serait rejeté. Comment ? Sous quelle forme ? " A quelle sauce la peine de mort sera-t-elle mangée au Sénat " interrogeait Libération.
( ) Plus que dans les discours qui se succédaient à la tribune, je percevais, lors des suspensions de séance, une animation singulière dans les couloirs et les salons velours et or du Sénat. De petits groupes animés se formaient, se défaisaient, des conciliabules se tenaient dans les embrasures. La buvette, haut lieu de la tradition républicaine, bruissait de rumeurs. De singulières affinités réunissaient des adversaires politiques qui partageaient les mêmes convictions sur labolition. La liberté de vote étant assurée, je voyais renaître en ces heures la République
parlementaire de jadis, avec ses jeux et ses délices. ( ) Pour que la passion règne au Parlement, encore faut-il que le résultat soit incertain, et lenjeu important. Ces deux conditions étaient réunies ce jour-là lors du débat sur labolition au Sénat.
( ) A la reprise des débats, le mercredi matin, la partie se joua. ( ) Chacun savait que si lamendement dEdgar Faure [maintien de la peine de mort uniquement pour les crimes les plus odieux] était rejeté, la voie était ouverte à labolition. Le moment était décisif. Le groupe socialiste demanda un scrutin public. Leffervescence régnait dans les couloirs et la salle des pas perdus tandis que le scrutin se déroulait à la tribune. Enfin, le président de séance, Robert Laucournet, donna le résultat : lamendement était rejeté par 172 voix contre 115. Les applaudissements éclatèrent, y compris dans les travées de droite. Larticle premier La peine de mort est abolie fut adopté aussitôt par un scrutin public à la majorité de 160 voix contre 126. Les applaudissements reprirent de plus belle. Dès lors, la partie était jouée. Tous les amendements déposés par les adversaires de labolition furent retirés. Cest par un simple vote à main levée que la loi fut définitivement adoptée. Il ny aurait pas de navette, pas de seconde lecture.
Je regardai lhorloge : il était douze heures et cinquante minutes, ce 30 septembre 1981. Le vu de Victor Hugo " labolition pure, simple et définitive de la peine de mort " - était réalisé. La victoire était complète. "
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