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Le Sénat, Haute Cour de Justice sous la IIIe République : la sécurité des procès

Le caractère politique des affaires portées devant le Sénat constitué en Haute Cour de justice suscite un grand intérêt, tant dans la presse que dans l'opinion publique. Nombreux sont les spectateurs qui souhaitent assister aux audiences.

Le comte de Lur-Saluces

Afin de garantir la sécurité indispensable au bon déroulement du procès, le président de la Haute Cour doit faire appel aux forces de police. C'est ainsi que, le 11 novembre 1899, Armand Fallières, président du Sénat, charge le préfet de police Lépine de diriger le service d'ordre de la Haute Cour au Palais du Luxembourg. Outre la garde républicaine en faction à l'entrée, un commissaire et 3 inspecteurs sont affectés à la surveillance, secondés par 10 hommes de permanence à l'extérieur du palais, 90 dans la chapelle, 50 au piquet d'honneur et 50 à la caserne Tournon. A l'intérieur, 55 hommes sont répartis entre

les galeries et tribunes. En raison des audiences particulièrement tumultueuses, 3 nouveaux inspecteurs seront placés par la suite parmi les témoins assignés à parler.

Transformé pour la circonstance en institution judiciaire, le Palais du Luxembourg est rigoureusement fermé à toute personne qui n'est pas munie d'une carte spéciale. L'entrée se fait uniquement  par la porte principale de la rue de Tournon.

Des cartes d'accès et des laissez-passer ont été préalablement distribués aux grands corps d'État et aux sénateurs, qui peuvent ainsi inviter du public dans la limite des places attribuées. Par l'intermédiaire du syndicat de la presse parisienne, une accréditation spéciale et nominative est accordée aux journalistes et illustrateurs des grands journaux parisiens, régionaux et étrangers. L'attribution d'une carte de presse leur permet d'accéder à la tribune qui leur est réservée.

L'enceinte judiciaire est limitée à la salle des séances, la galerie des bustes, la salle des conférences, la buvette, la bibliothèque et les couloirs d'accès. Selon des consignes extrêmement précises du secrétaire général de la questure, l'accès à la salle des séances est réservé aux membres de la Haute Cour, aux greffiers et aux huissiers. Les sénateurs ne peuvent recevoir leurs visiteurs que dans le « parloir Jeanne Hachette. » Les couloirs avoisinant la salle sont accessibles aux fonctionnaires nommément désignés, au secrétaire général de la questure, au colonel et au médecin. 

Les tribunes et les galeries de la salle des séances sont partagées en différentes sections : 15 places sont mises à la disposition du Président de la République, 15 autres sont réservées au Président du Sénat, 19 au corps diplomatique, 18 aux ministres, 104 aux journalistes et 172 au public. 

Un service des « billets de galeries et de tribunes », spécialement mis en place par le secrétariat général de la questure, dirige chaque personne admise, selon un itinéraire strictement balisé. Visiteurs et témoins doivent avoir préalablement déposé au vestiaire obligatoire leur pardessus et « d'une manière générale, tout vêtement flottant », ainsi que leurs cannes ou parapluies et chapeaux.

Un plan d'urgence de fermeture des différentes portes est prévu en cas de déclenchement du dispositif d'alarme.

Des rapports de police quotidiens relatent les moindres incidents relatifs à la surveillance extérieure et intérieure du Palais. Les applaudissements, les manifestations de sympathie ou d'antipathie à l'égard des accusés ou des témoins valent à leur auteur l'expulsion du Palais après une réprimande dans les locaux de la questure.