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Colloque économique sur le Brésil



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Le témoignage d'un grand groupe

M. Edmond ALPHANDERY
Président du Conseil de surveillance de CNP Assurances

Je souhaiterais en préambule vous remercier de m'avoir invité à participer à ce très utile débat organisé par Ubifrance, le Sénat et les Conseillers du commerce extérieur. Je suis très heureux de vous dire quelques mots sur le Brésil, qui est un pays extrêmement attachant. Peu de Français revenus du Brésil n'ont exprimé l'envie d'aller plus avant dans leur expérience. Il m'arrive fréquemment de passer quelques jours au Brésil : j'en reviens toujours enthousiaste face à la gentillesse et à la qualité de l'accueil de la population. J'aimerais présenter le groupe CNP. Je vous expliquerai ensuite les raisons de notre implantation au Brésil, avant de parler des réalisations et des perspectives.

La CNP est une maison discrète, pourtant numéro un français avec près de 19 % de parts de marché. Nous sommes essentiellement un assureur vie, avec un modèle d'affaires très spécifique que nous exportons au Brésil. La CNP est un bancassureur, qui distribue ses produits par des réseaux bancaires. Il présente la spécificité de ne pas être propriétaire de ses réseaux. Nous retrouvons cette particularité au Brésil. La société vend ses produits via la Banque Postale et les Caisses d'Epargne. Les réseaux distributeurs sont à notre capital et ont donc deux raisons d'être actifs : des accords de commercialisation très rentables et leur présence au capital. Ils représentent en France 37 % du capital à eux deux, à parité, l'actionnaire de référence étant la Caisse des dépôts et consignations avec 40 %. Nous sommes donc une entreprise publique, à hauteur de 58 %, en additionnant la Caisse des Dépôts et la Poste. Nous avons gardé 51 %, côtés en bourse depuis 1998. Notre modèle d'affaires est très concentré, puisque nous produisons et gérons des produits d'assurance. Nous arrivons ainsi à une productivité très élevée avec un excédent récurrent de 1 milliard 200 millions d'euros l'année dernière. Ce chiffre nous place parmi les 25 entreprises les plus rentables de France avec seulement 4 000 personnes dans le monde.

La CNP est donc une entreprise très rentable, mais qui reste de taille modeste, ce qui explique son efficacité. De plus, nous sommes centrés sur notre métier, l'assurance vie. Notre développement international est récent, environ une dizaine d'années. Deux implantations significatives représentent à elles seules 80 % de notre chiffre d'affaires et de nos résultats : le Brésil, depuis 2001 et l'Italie. L'Italie représente en chiffre d'affaires une part plus importante mais en résultat, le Brésil est l'investissement le plus rentable.

J'aimerais évoquer les raisons qui nous ont conduits à nous installer au Brésil. Nous souhaitions nous développer dans un pays émergent et, au début des années 2000, l'environnement économique au Brésil était depuis longtemps en phase d'amélioration. J'ai été reçu par le Président CARDOSO que je connaissais pour avoir partagé avec lui des responsabilités ministérielles au début des années 90. Pour la CNP, le plan real, la maîtrise de l'inflation, l'attractivité de l'économie brésilienne et les perspectives en matière d'assurances offraient des possibilités de développement séduisantes. Nous avons également pu bénéficier d'une opportunité : l'un des deux principaux réseaux publics du Brésil, la CAIXA ECONOMICA FEDERAL, avait décidé de céder ses parts. Il s'agissait d'une participation majoritaire. Pourtant, le réseau continuait d'être un actionnaire minoritaire très significatif avec presque 50 % du capital. L'actionnaire majoritaire prenant la majorité du capital de CAIXA ECONOMICA SEGUROS devenait donc un partenaire de CAIXA ECONOMICA FEDERAL. Cette dernière distribuait les produits fabriqués par cette filiale, dans un des réseaux les plus puissants du Brésil, voire d'Amérique latine. Nous avons posé notre candidature et, après des négociations difficiles, avons été retenus.

Au départ, nous avons rencontré des difficultés de plusieurs ordres : en 2001, après un an sous la présidence LULA et l'arrivée du parti travailleur au pouvoir, l'on craignait un retour de l'inflation et une perturbation des équilibres macro-économiques. Il y a eu à l'époque spéculation très grande contre le real et la CNP a connu des difficultés. En effet, nous avions acheté notre participation dans un real qui s'était fortement déprécié. Des changements de personnel ont également eu lieu à la tête de CAIXA ECONOMICA FEDERAL qui nous ont inquiétés. J'ai personnellement sollicité un élargissement du conseil de CAIXA ECONOMICA SEGUROS où j'ai siégé, afin de restructurer les acquis.

Nous avons surmonté ces difficultés, grâce à l'intelligence des équipes et à l'excellente de la politique économique suivie par LULA, sérieuse et raisonnable. Ce dernier point, essentiel pour les investisseurs étrangers, a été un atout essentiel dans le succès de l'investissement.

De plus, nous avons su tisser d'excellentes relations avec les réseaux. Ceux-ci sont primordiaux puisqu'ils détiennent la moitié du capital. De la même façon, nous avons entretenu d'excellentes relations avec la CAIXA ECONOMICA FEDERAL, autre élément important du succès.

Le troisième facteur de réussite est d'avoir nommé à la Direction des personnes très compétentes qui ont su créer un très bon climat et donner aux Brésiliens le sentiment d'un réel partenariat. Nous avons travaillé de façon très étroite avec eux et ils ont eu le sentiment de participer à une aventure commune

Aujourd'hui, les résultats parlent d'eux-mêmes : la part de marché initiale de 3,5 % a été multipliée par 2, nous sommes passés du 11ème au 5ème rang des entreprises d'assurances brésiliennes. La valeur des parts a été multipliée par 4 ou 5 entre 2001 et 2008. De plus, le chiffre d'affaires s'élève à 4 milliards de reals et a été multiplié par 4. Le résultat net du groupe CAIXA SEGUROS était de 27 millions de reals en 1997 et est passé à 561 millions actuellement. Ces chiffres flatteurs s'expliquent simplement par une bonne gestion de l'entreprise avec les Brésiliens, au sein d'un marché de l'assurance historiquement porteur. Nous faisons également de l'assurance dommage, surtout automobile au Brésil. Nous avons fait notre métier correctement, exporté notre savoir faire : nous savons mobiliser les réseaux, former nos vendeurs. Nous avons montré que cette opération était celle d'un gagnant/gagnant, qui a permis aux Brésiliens de gagner de l'argent, à part égale. Nous avons assuré le développement de la société sur la durée avec un contrat sur 20 ans, qui doit se terminer aux environs de 2021.

Sept ans après, nous pouvons dire qu'il s'agit d'un succès à tous points de vue. Succès avant tout économique : dans un pays en croissance comme le Brésil, il faut mobiliser l'épargne, si possible longue, comme je l'ai dit au Ministre des Finances. Succès financier, car les gains sont importants, avec une rentabilité deux fois plus élevée au Brésil qu'en France. Enfin, c'est une réussite humaine : la souscription de la plupart de nos salariés brésiliens à l'augmentation de notre capital en est la preuve. Nous réalisons beaucoup d'efforts pour que tout le personnel de l'entreprise ait le sentiment d'un véritable partenariat.

J'aborde maintenant les perspectives : nous sommes très confiants sur la stabilité de l'environnement économique et politique, facteur essentiel pour des investisseurs étrangers. L'alternance a montré que le cap restait inchangé : les politiques ont compris l'intérêt de ne pas toucher à la politique budgétaire et macro-économique. J'ai la conviction qu'il s'agit d'un acquis mais aussi d'un atout indispensable pour promouvoir le progrès social.

Nous sommes donc optimistes quant à l'après LULA. Cette confiance en l'économie brésilienne nous incite à y investir davantage et le pays est un des axes importants des projets de développement de la CNP. Nous trouvons trois catégories d'assureurs : ils peuvent être très conséquents, moyens comme nous ou regrouper une multitude de petites entreprises. Aujourd'hui, nous souhaitons évoluer vers la catégorie supérieure, après une expérience pleinement réussie. Je suis très heureux d'avoir pu en témoigner devant vous de mon expérience et vous remercie de votre attention.

M. Hervé LE ROY

Merci Monsieur le Ministre. Nous allons ouvrir un débat et répondre aux questions de la salle.

De la salle

J'appartiens à CMA- CGM, groupe français de transport maritime en containers, installé au Brésil où nous nous développons. Malgré une hausse des importations, nous avons constaté, au premier trimestre 2008, une chute inhabituelle des exportations brésiliennes, de 2 % par rapport à 2007. Je souhaiterais quelques commentaires à ce sujet et les perspectives qui s'offrent.

M. Hervé LE ROY

Le Brésil est dans une logique de réduction significative de sa balance commerciale, dont l'excédent devrait passer de 40 milliards de dollars en 2007 à environ 17 en 2008. Deux raisons expliquent ce phénomène : le niveau des importations restera important, lié à la volonté de renouveler les capacités de production du pays, tandis que celui des exportations devrait diminuer. Ainsi, en 2007, les importations avaient augmenté de 33 % et les exportations seulement de 17 %. Le chiffre du premier trimestre ne devrait pas se confirmer, les exportations brésiliennes devant tourner à un rythme de 10  % environ en valeur.

M. Jean-Paul BETBEZE

La tendance est solide et un retournement de conjoncture apparaît peu probable. Cependant, songeons que nous allons entrer dans un ralentissement des pays émergents qui ne pourront pas continuer de croître à 10 ou 12 %. Ce phénomène aura pour avantage de permettre de limiter l'inflation et la hausse des taux d'intérêt mondiaux. Nous sommes aujourd'hui dans une phase de rééquilibrage : l'économie mondiale est engagée dans la lutte contre l'inflation, après avoir fortement craint la déflation. Il s'agit une transition et le Brésil, qui n'a pas subi la crise des sub primes, connaît lui aussi cette phase intermédiaire. Nous restons donc confiants.

M. Luiz PEREIRA DA SILVA

Il est bon de voir que les trois économistes sont en accord ! Le Brésil connaît un léger ralentissement du volume de ses exportations, largement compensé par les commodities et une détérioration de son compte courant. Cela est le cas de nombreux pays émergents, en raison du ralentissement de l'économie mondiale. Un rééquilibrage des taux de change au niveau mondial est vraisemblable. Il permettra un meilleur équilibre global entre les grandes zones monétaires et une harmonisation du développement des grandes zones d'activités économiques.

M. Hervé LE ROY

Je vous propose une pause d'une dizaine de minutes.

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