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Étude de législation comparée n° 201 - octobre 2009 - Le port de la burqa dans les lieux publics

 

Service des études juridiques (Octobre 2009)

NOTE DE SYNTHÈSE

En France, après la polémique suscitée par « l'affaire du voile » et l'adoption de la loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics, la question du port du voile intégral dans les lieux publics occupe désormais une place importante dans le débat public.

Le voile intégral désigne plusieurs types de vêtement, en particulier la burqa et le niqab. La burqa, qui est le vêtement traditionnel des tribus pachtounes d'Afghanistan, recouvre entièrement la femme en dissimulant les yeux derrière un grillage, mais elle laisse apparaître les mains, qui peuvent néanmoins être couvertes par des gants. Le niqab est un drap noir complété par une étoffe placée devant le visage qui ne laisse apparaître qu'une fente pour les yeux. Il est surtout porté au Moyen-Orient, notamment en Arabie saoudite.

Au cours de l'année 2008, plusieurs éléments de réponse ont été apportés à la question du port du voile intégral dans l'espace public.

Ainsi, un arrêt du Conseil d'État du 27 juin 2008 a confirmé le refus de la nationalité française à une Marocaine qui portait la burqa au motif qu'elle avait adopté « une pratique radicale de la religion incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe de l'égalité des sexes ».

Saisie d'une demande d'avis, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité a déclaré, le 15 septembre 2008, que l'interdiction du port de la burqa dans le cadre d'une formation linguistique obligatoire en vertu d'un contrat d'accueil et d'intégration était conforme aux exigences des articles 9 et 14 de la Convention européenne des droits de l'homme, au motif que « la burqa porte une signification de soumission de la femme qui dépasse sa portée religieuse et pourrait être considérée comme portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche d'intégration et d'organisation de ces enseignements ». Elle a également mis en avant des exigences de sécurité publique ainsi que la protection des droits et libertés d'autrui.

En outre, le 23 septembre 2008, M. Jacques Myard, député, a déposé, une proposition de loi visant à lutter contre les atteintes à la dignité de la femme résultant de certaines pratiques religieuses dont l'objet est d'ériger en infraction pénale le port d'un voile sur le visage empêchant toute reconnaissance ou identification.

Le débat a pris une ampleur nouvelle en juin 2009. Le 9 juin 2009, M. André Gérin, député, et plusieurs de ses collègues ont déposé une proposition de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national.

Le 22 juin 2009, dans son discours devant le Congrès réuni à Versailles, le président de la République s'est emparé de ce sujet et a déclaré : « Le problème de la burqa n'est pas un problème religieux, c'est un problème de liberté, de dignité de la femme [...]. Je veux le dire solennellement, elle [la burqa] ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République.»

Le 23 juin 2009, une mission d'information parlementaire a été instituée par la Conférence des présidents de l'Assemblée nationale. Son objectif est d'établir « un état des lieux de la pratique du port du voile intégral en France » et d'examiner également ses « conséquences concrètes dans la vie sociale » ainsi que « son articulation avec les principes de la République française, et, en particulier, celui de la liberté et de la dignité des femmes ». La mission d'information envisage de rendre son rapport et ses recommandations au plus tard à la fin du mois de janvier 2010.

Dans ces circonstances, il a paru utile d'examiner si les autres pays européens avaient adopté des dispositions normatives sur le port du voile intégral et si la question y suscitait un débat public. Les pays retenus pour cet examen sont les suivants : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Suisse.

Dans la suite du texte, conformément à l'usage courant en France, le mot « burqa » a été retenu pour désigner tout type de voile intégral.

L'analyse comparative montre que :

aucun pays ne s'est doté de règles nationales sur le port de la burqa dans les lieux publics ;

- en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, il existe des interdictions de portée limitée ;

- dans tous les pays européens, le port de la burqa dans les lieux publics suscite des controverses plus ou moins vives.

1) Aucun pays ne s'est doté de règles nationales sur le port de la burqa dans les lieux publics

Cependant, l'interdiction générale de la burqa dans l'espace public a été évoquée - voire envisagée - successivement aux Pays-Bas, en Suisse et au Danemark.

Aux Pays-Bas, les députés ont adopté le 20 décembre 2005 une proposition de résolution par laquelle ils demandaient au gouvernement d'édicter une interdiction générale de la burqa dans les lieux publics. En réponse à cette résolution, le gouvernement a désigné en avril 2006 un groupe de travail. Le rapport du groupe, publié en novembre 2006, recommande l'adoption d'interdictions applicables non pas de façon générale, mais seulement dans certains lieux ou dans certaines situations. Sur la base de ces conclusions, le gouvernement a annoncé la préparation d'un projet de loi sur l'interdiction du port de la burqa dans tous les établissements de l'enseignement primaire et secondaire.

En Suisse, le gouvernement fédéral, répondant à l'interpellation d'un député, a indiqué le 14 février 2007 qu'il n'envisageait pas d'interdire le port de la burqa, compte tenu notamment de la nécessité de respecter la liberté de confession, constitutionnellement garantie.

Au Danemark, le porte-parole du parti conservateur pour les questions relatives à l'intégration des étrangers - le parti conservateur fait partie de la coalition gouvernementale - s'est prononcé au cours de l'été 2009 pour l'interdiction du port de la burqa dans les lieux publics. Le gouvernement a alors désigné un groupe de travail chargé d'« explorer les moyens d'enrayer la popularité croissante de la burqa » et qui doit rendre ses conclusions avant la fin de l'année 2009.

2) Des interdictions de portée limitée existent dans plusieurs pays

Des interdictions sectorielles existent en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Des interdictions locales ont été édictées en Belgique et aux Pays-Bas.

a) Des interdictions sectorielles existent en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas

En Allemagne, dans les écoles publiques, le port de la burqa n'est actuellement toléré ni de la part des enseignantes ni de celle des élèves. En Belgique, certains établissements scolaires prohibent le port des signes religieux ostentatoires - parmi lesquels la burqa -, et le Conseil d'État considère cette interdiction comme légale. De même en Grande-Bretagne, le ministère de l'éducation a publié une circulaire relative à l'uniforme scolaire, qui permet aux conseils d'établissement, chargés d'élaborer le règlement intérieur, d'interdire la burqa. Aux Pays-Bas, où il n'existe pas encore de règles générales applicables dans l'enseignement, plusieurs établissements scolaires ont édicté des interdictions, lesquelles ont été considérées comme légitimes par la Commission pour l'égalité de traitement. Par ailleurs, la loi néerlandaise sur le transport des personnes permet aux entreprises de transport public d'adopter des règlements intérieurs limitant l'accès des passagers pour des raisons de sécurité, ce qui permet d'interdire le port de la burqa.

b) Des interdictions locales ont été édictées en Belgique et aux Pays-Bas

En Belgique, dans certaines communes, le port de la burqa en public est prohibé par des règlements de police, ces interdictions étant parfois assorties d'amendes. De même, aux Pays-Bas, plusieurs villes ont, pour des raisons de sécurité publique, adopté des arrêtés municipaux relatifs à l'interdiction du port de vêtements couvrant le visage.

En revanche, en Italie, où plusieurs élus municipaux avaient, sur la base des dispositions législatives relatives à l'interdiction du port de masques et de casques, pris des arrêtés interdisant le port de la burqa sur le territoire de leur commune, le Conseil d'État estime que de telles interdictions ne peuvent pas être générales, mais doivent être subordonnées à des « nécessités particulières ».

3) Dans tous les pays européens, le port de la burqa dans les lieux publics suscite des controverses en général limitées

Bien qu'il y ait peu de règles applicables au port de la burqa dans l'espace public, le phénomène suscite dans tous les pays retenus des controverses, souvent limitées.

L'exemple le plus révélateur est certainement celui de l'Autriche. L'islam y est reconnu depuis 1912, et le port de la burqa dans les lieux publics est admis. Toutefois, en mars 2008, le président d'un tribunal a procédé à l'expulsion de la salle d'audience d'une accusée qui comparaissait revêtue d'un voile intégral. À la suite de cet incident, plusieurs hommes politiques se sont exprimés publiquement en faveur de l'interdiction de ce vêtement.

Dans les autres pays, les incidents les plus récents provoqués par le port de la burqa ont également eu lieu dans des tribunaux. Pour cette raison, en Grande-Bretagne, l'organisme chargé de la formation des magistrats a publié en 2007 un code de bonnes pratiques sur le port du voile intégral dans les cours et tribunaux. Ce document, qui passe en revue les différentes personnes susceptibles de participer aux procédures, laisse aux magistrats le soin d'apprécier l'opportunité de demander le retrait du voile intégral en fonction des circonstances.