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Projet de loi de finances pour 2003 : Technologies de l'information et Poste

 

CHAPITRE II -

LES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION
ENCORE DANS LA TOURMENTE

I. TOUJOURS DE FORTES TURBULENCES MALGRÉ UN NET DÉVELOPPEMENT DES USAGES

A. DE FORTES TURBULENCES

1. D'un excès boursier à l'autre

Les excès boursiers et l'endettement démesuré des entreprises de télécommunications ont finalement conduit à des dépréciations radicales d'actifs : l'indice européen des télécommunications Eurostoxx Telecom a baissé de 25 % au cours de l'année 2001 et le mouvement s'est accentué au premier semestre 2002. A titre d'exemple, on peut rappeler que le titre France Télécom a perdu 80 % de sa valeur depuis le début de l'année, après avoir perdu 50 % en 2001. Ayant atteint un point bas à 6,70 euros fin septembre, il cote aujourd'hui à un niveau inférieur de près de 50 % au prix de son introduction en bourse en octobre 1997 (27,75 euros).

Si certains avaient pu croire que les télécoms seraient épargnés par l'éclatement de la bulle Internet du printemps 2000, mettant en avant la caractère matériel de leurs infrastructures, par opposition au caractère virtuel des activités Internet, le secteur de l'industrie des télécommunications a, lui aussi, payé un lourd tribut en bourse. Ayant bénéficié de capitaux sans limites, sur le fondement d'anticipations trop optimistes qui ont fait perdre de vue aux investisseurs leurs responsabilités, les acteurs des télécommunications ont déployé des surcapacités. Alors qu'on parlait, il y a deux ans, d'un doublement du trafic Internet tous les deux mois, on n'envisage plus aujourd'hui qu'un doublement du trafic tous les ans.

Si la crise financière, que l'on pourrait qualifier d'aussi « délirante » que la bulle d'il y a seulement deux ans, est effective, la réalité du marché des télécommunications reste florissante. Ainsi, en France, le marché des télécommunications enregistrait encore une croissance à deux chiffres en 2001 (+ 13 %) dans un contexte boursier pourtant très tourmenté. De même, l'an dernier, on a encore vendu en France plus de mobiles qu'en 2000, malgré le « krach » des valeurs technologiques.

La débâcle financière du secteur des télécoms n'est donc pas imputable à l'état réel du marché mais à l'état des anticipations sur les perspectives de ce marché, et notamment de la troisième génération de téléphonie mobile (UMTS). De même que la bulle financière s'était nourrie d'anticipations exagérément optimistes -à voir le montant atteint par les prix des licences UMTS dans plusieurs pays européens-, de même la tourmente financière actuelle reflète-t-elle les incertitudes qui pèsent désormais sur l'UMTS. Les retards pris par le déploiement d'infrastructures 3G et les demandes de reports des opérateurs entretiennent ce climat de scepticisme quant au succès commercial de l'UMTS. La décision prise par la Commission européenne, en septembre dernier, d'autoriser plusieurs opérateurs à partager les coûts de construction des réseaux UMTS ne suffira sans doute pas, dans l'immédiat, à redonner confiance aux investisseurs.

Car, à force de persévérer dans la crise financière, le financement de la croissance du marché devient problématique. Suite à l'éclatement de la bulle « TMT » (Technologies Médias Télécoms), l'année 2001 a ainsi vu s'opérer une restructuration du marché des télécommunications, notamment en France : la difficulté des opérateurs à trouver des financements dans un contexte boursier déprimé a engendré un mouvement de consolidation capitalistique dont émergent quelques grands acteurs (Cegetel, Louis Dreyfus Communication, Tele2). Or il faut financer le développement de tous les nouveaux services qui seront disponibles sur les téléphones mobiles de troisième génération. Avec le transfert de données sans fil, il n'est plus seulement question de proposer de la voix, mais aussi et surtout des applications.

La situation des équipementiers de télécommunications en Europe est également critique. Pâtissant de l'endettement considérable de leurs clients (les opérateurs), ils peinent à bâtir leurs projets d'investissements dans un climat aussi incertain. En outre, leurs bilans sont dégradés du fait que les créances qu'ils ont consenties à certains opérateurs aujourd'hui protégés par la loi américaine sur les faillites (chapitre 11) -Qwest, Global Crossing et Worldcom- ont dû être passées en pertes. Leur financement se trouve ainsi compromis par l'état de leurs bilans et par le marasme sur les marchés financiers.

Surtout, le marché mondial des équipements, lui, est en baisse : la situation des opérateurs est telle que certains réduisent leurs investissements dans les réseaux GSM existants, si bien que les ventes d'équipements diminuent. L'Idate prévoit que le marché mondial des équipements chutera à 288,2 milliards de dollars en 2002, contre 297,6 en 2001 et que la baisse pourrait se poursuivre jusqu'en 2004. Le marché des terminaux mobiles chuterait, quant à lui, jusqu'à 42,45 milliards de dollars en 2004 (contre 45,55 en 2002), pour ne repartir qu'en 2005. Dans le même temps, le chiffre d'affaires des équipements d'infrastructures mobiles chuterait d'environ 10% par an jusqu'en 2004. Plusieurs équipementiers annoncent déjà des pertes opérationnelles pour 2002, bien que certains (comme Nokia) aient relevé une reprise de la demande de terminaux en Europe en juillet et en août 2002.

Les carnets de commande des équipementiers peinent à se remplir en raison de l'arlésienne que constitue l'UMTS -dont le déploiement profiterait aux fabricants de matériel de réseau (connexions radio, commutateurs, routeurs « coeurs de réseaux »), de logiciels applicatifs et de terminaux mobiles-. En effet, l'été 2002 a été « meurtrier » pour l'UMTS, puisqu'il a vu les opérateurs espagnol Telefonica et finlandais Sonera annoncer le 24 juillet le gel de leurs investissements UMTS dans leur co-entreprise allemande Quam, Orange Suède demander un report de trois ans du déploiement des réseaux UMTS dans ce pays, Vodafone annoncer un retard d'un an pour le Royaume-Uni et l'Allemagne... Le report du lancement de l'UMTS au Royaume-Uni par l'opérateur hong-kongais Hutchison Whampoa, qui se voulait pionnier en Europe, vient aussi d'être annoncé. Toutefois, la saturation, annoncée pour 2004, des réseaux GSM pourrait jouer en faveur du déploiement de l'UMTS.

En attendant des jours meilleurs (en 2005 ?), tous les équipementiers ont considérablement réduit leurs effectifs, certains jusqu'à 50 % voire 60 %, comme Nortel ou Lucent. Alcatel aura, pour sa part, divisé par deux ses effectifs entre 2000 et 2003.

Pour sortir de l'impasse, notamment imputable à la « gestion » -si l'on peut dire !- du dossier « UMTS » par la Commission européenne et les procédures d'enchères anglaises et allemandes, il faut trouver le moyen de donner une impulsion européenne à l'UMTS et de retrouver la confiance des investisseurs. C'est la raison pour laquelle, il y a quelques semaines, le Président de la République française a proposé à nos partenaires européens d'entreprendre une action volontariste afin de sortir de l'ornière le secteur des télécommunications.

La France suggère d'examiner les possibilités d'aide au financement pour les phases précommerciales de déploiement du réseau, voire pour le déploiement lui-même, ainsi que pour la recherche et développement en matière de télécommunications, selon des modalités apparentées au programme Eureka de financement de la recherche. Elle envisage également le réexamen du calendrier de déploiement des réseaux, l'allongement de la durée des licences voire l'octroi, aux opérateurs, de la possibilité de céder, voire de revendre, les licences comme des actifs. Enfin, elle exprime le souhait d'une harmonisation entre les modalités de partage des infrastructures et d'une meilleure couverture des territoires.