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B. LE REDRESSEMENT DE LA SOCIÉTÉ APRÈS UNE PÉRIODE DE CRISE

La loi de privatisation n° 93-923 du 19 juillet 1993 mentionnait la compagnie nationale Air France parmi les sociétés pour lesquelles « sera transférée du secteur public au secteur privé la propriété des participations majoritaires détenues directement ou indirectement par l'Etat soit dans les entreprises figurant sur la liste annexée à la présente loi, soit dans toute société dont l'objet principal serait de détenir directement ou indirectement une participation dans une entreprise figurant sur cette liste ».

Ainsi, la compagnie nationale Air France se trouvait-elle, dès 1993, sur la liste des entreprises publiques « privatisables ». Pour autant, sa santé financière excluait alors l'ouverture de son capital dans de bonnes conditions pour l'Etat et pour la compagnie.

Le gouvernement s'est engagé, au début de l'année 1999, dans une opération d'ouverture du capital, au terme de laquelle l'Etat n'a conservé que 54 % du capital de la société3(*), selon les conditions posées par la loi n° 98-546 portant diverses dispositions d'ordre économique et financières du 2 juillet 1998, autorisant l'Etat à mettre en oeuvre un accord d'échange salaires-actions pour les pilotes de la compagnie, et à porter de 10 % à 15 % la part du capital mise sur le marché réservée aux salariés.

C. UNE SITUATION ENVIABLE DANS UN MARCHÉ PARTICULIÈREMENT MOROSE

Air France a constitué, avec quelques années de retard sur ses principaux concurrents européens, une alliance globale baptisée Skyteam avec pour partenaire majeur, la compagnie américaine Delta Air Lines.

L'alliance a été créée par un accord exclusif signé le 22 juin 2000 par Air France, Delta Air Lines, Aeromexico et Korean Air. Deux nouveaux membres, la compagnie tchèque CSA et la compagnie italienne Alitalia, ont ensuite intégré cette alliance. L'alliance Skyteam a obtenu, le 18 janvier 2002, du département américain des transports, l'approbation de sa demande d'immunité antitrust, ce qui permet aux compagnies membres d'approfondir leurs accords de coopération commerciale, et de coopérer très étroitement sur leurs réseaux transatlantiques.

L'alliance Skyteam permet à Air France d'étendre son réseau et ses possibilités de commercialisation sans mettre en oeuvre des moyens supplémentaires. Ainsi, la coopération avec la compagnie américaine Delta Air Lines permet à Air France de desservir plus d'une centaine de lignes au départ de l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, en plus des villes desservies en propre par la compagnie.

L'alliance Skyteam représente un trafic de 204 millions de passagers transportés annuellement, une flotte de près de 1.200 avions et environ 170.000 salariés. Avec environ 7.000 vols quotidiens, l'alliance Skyteam dessert plus de 500 destinations dans plus d'une centaine de pays.

Les alliances entre transporteurs aériens permettent d'accroître considérablement l'offre de transport aérien et de réaliser des économies d'échelle en terme de coût d'exploitation. Le mode de coopération le plus utilisé dans le cadre des alliances est celui du partage de code et de la fusion des programmes de fidélité. Les alliances visent à conquérir des parts de marchés au détriment des autres alliances et des compagnies non intégrées dans une alliance.

Parmi les vingt premières compagnies aériennes mondiales figurent huit compagnies nord-américaines, cinq européennes et sept de la région Asie Pacifique. On remarquera que neuf des résultats d'exploitation sont négatifs, dont sept des huit compagnies nord-américaines, l'exception étant la compagnie « low-cost » Southwest.

En ce qui concerne les comparaisons de productivité, les services de la direction générale de l'aviation civile (DGAC), alors interrogés par votre rapporteur pour avis, en sa qualité de rapporteur spécial, dans le cadre de la discussion de la loi de finances pour 2004, ont indiqué que « pour ce qui concerne la productivité des entreprises de transport aérien, les comparaisons restent difficiles à établir sachant que l'indice retenu, la quantité de TKT (passagers et fret) évaluée par employé4(*), peut recouvrir des modes de production différents. Ainsi, certaines compagnies ont plus ou moins recours à l'externalisation de leurs activités au sol (les transporteurs y ayant le plus recours se trouvent en mesure d'afficher une meilleure productivité pour une quantité donnée de TKT). De la même manière, la structure du réseau n'est pas sans influence sur cet indice de productivité ; pour une quantité donnée de TKT, le transporteur disposant d'un réseau, dans lequel les liaisons long-courrier dominent, peut dégager une meilleure productivité que celle d'un concurrent disposant d'un réseau majoritairement moyen-courrier ».

A l'heure actuelle, Air France est donc la 6ème compagnie mondiale de transport aérien pour le chiffre d'affaires, et l'une des plus rentables, en dépit de conditions particulièrement défavorables pour le secteur, grâce aux efforts déployés depuis dix ans par les salariés.

La société Air France a en effet mieux résisté que la plupart des compagnies aériennes à la crise mondiale du secteur aérien. Plusieurs raisons peuvent être invoquées :

- la qualité et la position géographique favorable du « hub » de Roissy Charles-de-Gaulle ;

- une flotte d'appareils modernes ;

- les bonnes performances de l'alliance Skyteam ;

- un réseau diversifié qui a permis de compenser la baisse du trafic atlantique par une présence renforcée sur l'Afrique et l'Asie.

* 3 La part du capital de 54 % détenue par l'Etat résulte de l'ouverture du capital, mais également de la dilution du capital (création d'actions nouvelles liée à l'exercice de bons de souscription d'actions et à la conversion d'obligations remboursables en action) et de la distribution d'actions gratuites aux salariés.

* 4 A noter que la productivité peut également s'évaluer en considérant les sièges kilomètres ou tonnes kilomètres « offerts » (SKO et TKO) au lieu de « transportés» (PKT et TKT).