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Projet de loi de finances pour 2007 : Développement et régulation économiques

 

II. UNE CONTRE-PERFORMANCE FRANÇAISE POUR DES RAISONS MACRO MAIS AUSSI MICROÉCONOMIQUES

La contre-performance paradoxale de la France en 2005 est paradoxale à bien des égards. Comment s'explique-t-elle ?

A. LA FLAMBÉE DU PÉTROLE, À DEMI RESPONSABLE

La dégradation de notre solde commercial peut s'expliquer en partie grâce au renchérissement de notre approvisionnement énergétique.

L'augmentation de 9,7 Mds € de la facture énergétique, qui s'élève à 37,4 Mds € en 2005, en raison de la hausse du prix du pétrole (soit + 44 % en dollar) non compensée par la vigueur de l'euro, compte pour moitié dans l'aggravation du déficit commercial.

Le déficit énergétique ne constitue pas, néanmoins, la seule cause de l'aggravation du déficit commercial français.

D'une part, face à une hausse du prix du baril dont l'ampleur rappelle les chocs pétroliers des années soixante-dix, le poids du solde pétrolier dans le PIB (2,2 % en valeur) demeure cependant deux fois plus faible qu'au début des années quatre-vingt, témoignant de la moindre dépendance énergétique de l'économie française.

D'autre part, la flambée des cours pétroliers n'a pas compromis la vigueur du commerce international. La croissance réelle annuelle des exportations mondiales de marchandises a été en moyenne de 6 % en 2005. Cependant, les exportations françaises n'ont pas tiré parti de cette croissance en 2005.

B. UNE SPÉCIALISATION GÉOGRAPHIQUE ET SECTORIELLE CERTAINEMENT MOINS PORTEUSE QUE L'ALLEMAGNE

Sous l'angle du prix du baril et du taux de change de l'euro, tous les pays de la zone euro sont logés à la même enseigne, ou presque. Or l'Allemagne a eu tendance à augmenter ses parts de marché, alimentant sa croissance (encore modérée) grâce à la demande étrangère, tandis que la France trouve en 2005 et encore au début de 2006 dans la demande intérieure l'essentiel de sa propre croissance. Le différentiel de conjoncture entre les deux pays suffit-il à expliquer que la contribution du commerce extérieur à la croissance française soit désormais négative ?

Alors que le déficit énergétique augmentait, à partir de 2001, à peu près du même montant en Allemagne, les évolutions des balances commerciales divergeaient. Entre 2001 et 2005, les exportations allemandes progressaient plus vite que les importations, et ce à un rythme plus soutenu que celui du commerce mondial (cf. graphique ci-dessous)26(*). L'excédent commercial allemand s'accroissait tandis que la balance commerciale française devenait déficitaire début 2004, les importations enregistrant une croissance plus vigoureuse que les exportations françaises.

Hors énergie, l'excédent commercial allemand a été multiplié par 2,5 entre 2000 et 2005, celui de l'Italie a doublé tandis que le faible excédent commercial français hors énergie est resté stable.

ECHAPPÉE DES EXPORTATIONS DE BIENS ALLEMANDES

Pourquoi ce décrochage par rapport à l'Allemagne, confrontée, elle aussi, au renchérissement du pétrole ? L'évolution de la compétitivité-coût n'explique pas cet écart de performance : comme le montre le Conseil d'analyse économique (CAE) dans son dernier rapport, en date du 15 novembre 2006, intitulé « Evolution récente du commerce extérieur français » et signé de MM. Patrick Artus et Lionel Fontagné, les évolutions des coûts salariaux unitaires dans l'industrie manufacturière sont très voisines depuis dix ans en Allemagne et en France.

D'autres explications peuvent être trouvées.

1. Des exportations françaises encore trop tributaires de la demande de l'Union européenne

Malgré la vigueur de la croissance mondiale, la demande extérieure adressée à la France a crû à un rythme -+ 5,6 %- plus faible que le commerce international, freinée par la croissance modeste de nos partenaires européens.

En effet, les exportations françaises, tournées à 65 % vers l'Union européenne, où la croissance est relativement peu dynamique, ne bénéficient pas pleinement de la demande mondiale.

Alors que les exportations ont été soutenues vers les pays d'Asie (+ 16 %) et les Etats-Unis (+ 8,6 %), l'Afrique (+ 10,8 %) et l'Amérique latine (+ 11,6 %), les ventes à nos partenaires traditionnels sont restées peu dynamiques en 2005. Les exportations n'ont augmenté que de 1,3 % vers l'Allemagne et ont reculé de 1,3 % vers le Royaume Uni. La balance commerciale se dégrade depuis 2003 avec l'Allemagne, l'Irlande et la Belgique.

De fait, c'est vis-à-vis des pays de la zone euro que la balance commerciale se détériore le plus en 2005.

En dépit d'une augmentation des échanges avec les nouveaux pays membres, la France a ainsi enregistré son premier déficit commercial (de 9,5 milliards d'euros) avec la zone de l'Union européenne depuis dix ans, comme l'indique le tableau ci-dessous retraçant les échanges de biens de la France avec ses principaux partenaires27(*).

Faut-il en déduire que la structure de la spécialisation géographique de ses exportations défavorise la France ? Certes, l'Allemagne bénéficie d'une spécialisation géographique à l'exportation plus orientée vers les PECO et les pays émergents d'Asie. Toutefois, comme le relève le CAE, les écarts de poids de ces destinations dans les exportations totales de la France et de l'Allemagne sont trop faibles pour contribuer significativement à la meilleure performance allemande globale.

Ce que montre le CAE, c'est qu'à structure géographique identique à celle des exportations allemandes, la France aurait eu des exportations plus élevées mais à peine. En effet, il apparaît que l'accélération de la croissance et des importations dans les pays émergents, quand elle survient, profite à l'Allemagne et extrêmement peu à la France.

* 26 Source : Commerce extérieur Eurostat, calculs Insee, in Insee première n° 1097, Août 2006, précité.

* 27 Source : Comptes nationaux, Insee in Insee première, n° 1086, Juin 2006 « Les comptes extérieurs de la France en 2005 -Pénétration accrue des produits étrangers ».