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Projet de loi relatif à l'action extérieure de l'État

 

B. UNE DIPLOMATIE D'INFLUENCE EN QUÊTE DE COHÉRENCE ET DE LISIBILITÉ

1. La nécessité d'un pilotage stratégique clair et d'un label unique pour l'action culturelle extérieure

Voyant leurs moyens amputés année après année, les agents du réseau culturel sont en proie à une démobilisation préoccupante. En l'absence de véritable vision stratégique et d'un projet mobilisateur, la restructuration en cours du réseau, marquée notamment par la disparition de plus de la moitié de nos instituts et centres culturels en Europe, est largement perçue par nos personnels en poste à l'étranger comme une débâcle de notre outil d'influence.

L'incompréhension des agents du réseau culturel et le sentiment qu'ils ont d'être mal utilisés sont, du reste, accentués par l'investissement massif que consentent à l'heure actuelle nos principaux concurrents dans la relance de leur diplomatie publique d'influence.

Les États-Unis ont fait du « soft power » la priorité de leur diplomatie. Le Royaume-Uni défend à l'étranger le concept de « cool Britannia » et s'appuie sur une institution désormais incontournable, à la marque bien identifiée, le British Council, dont le budget annuel pèse près de 627 millions d'euros. Le budget du Goethe Institut a augmenté, pour sa part, de 14 % en 2008, la diplomatie d'influence culturelle et linguistique s'appuyant sur le puissant Auswärtiges Amt, issu de la fusion des services du ministère allemand des affaires étrangères chargés de l'action culturelle extérieure avec ceux du ministère de la communication. À cela s'ajoute l'activisme des Instituts Cervantès espagnols qui participent avec succès au rayonnement de la langue espagnole en mobilisant les potentialités offertes par les nouvelles technologies numériques. Enfin, la Chine n'est pas en reste, puisque six Instituts Confucius ont été créés en France en l'espace de deux ans.

La présence culturelle de la France à l'étranger pâtit ainsi de longue date de l'absence d'un pilotage stratégique clairement identifié. Notre collègue Yves Dauge, dans son « Verbatim de la session du Haut conseil de la coopération internationale du 19 mars 2008 », déplorait que l'ancienne direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID) du Quai d'Orsay soit absorbée de façon excessive par des tâches lourdes de gestion quotidienne du réseau qui finissent par masquer son rôle principal de direction stratégique.

Afin de redonner à notre action culturelle extérieure la cohérence qui lui fait tant défaut, il a été décidé, en application des décisions du conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP) des 4 avril et 11 juin 2008 et conformément aux recommandations du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France4(*), de procéder à :

- la constitution d'une direction d'état-major, libérée de la lourdeur des tâches de gestion administrative et d'exécution, et chargée de la définition des orientations stratégiques, du pilotage et de la tutelle des opérateurs de notre diplomatie d'influence. Dans le cadre de la réorganisation du ministère des affaires étrangères, cette recommandation s'est traduite par la mise en place, en 2009, d'une direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats, issue du rapprochement de la DGCID et de la direction des affaires économiques et financières ;

- l'expérimentation de la fusion des SCAC et des EAF culturels au sein d' « espacesFrance » afin de réunir sur un même site et sous un label unique les moyens de notre politique d'influence culturelle, linguistique et intellectuelle, et par là-même d'en renforcer la visibilité. Il s'agit également, comme le souhaitait la commission du Livre blanc, de permettre « aux premiers de disposer de la souplesse de gestion et de l'autonomie financière des seconds tout en diminuant les coûts fixes de notre action culturelle » ;

- la réunion de l'ensemble des dimensions de l'influence intellectuelle à l'étranger au sein de trois opérateurs : l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), un opérateur chargé de l'action culturelle extérieure à partir de CulturesFrance et un opérateur intégré chargé de la coopération universitaire, scientifique et technique.

La mise en cohérence de nos outils d'influence culturelle, linguistique et intellectuelle à l'étranger autour de trois opérateurs doit ainsi constituer la prochaine étape de la réforme de l'action culturelle extérieure. Elle aura pour effet, en particulier, de sécuriser les crédits de notre diplomatie culturelle en les « sanctuarisant » sur des lignes budgétaires précises permettant de mieux identifier l'évolution des besoins en effectifs et en crédits d'intervention.

* 4 Rapport de la commission du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France, présidée par MM. Alain Juppé et Louis Schweitzer, publié en juillet 2008.