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II. LA SITUATION DES RELATIONS FRANCO-CHINOISES

En décidant il y a quarante ans, le 27 janvier 1964, d'établir des relations diplomatiques avec Pékin, la France fut le premier grand pays occidental à reconnaître officiellement la Chine populaire. Cette antériorité, de même que certaines convergences de vues sur les dossiers internationaux, sont à la base d'un dialogue politique nourri, comme l'illustre la fréquence des visites bilatérales, et en tout dernier lieu la visite d'État en France du Président Hu Jintao. Toutefois, au delà des principes qu'il met en avant, ce partenariat ne se traduit que partiellement en avancées concrètes, notamment sur le plan économique.

A. LE DIALOGUE POLITIQUE : LA RECHERCHE D'UN PARTENARIAT AMBITIEUX

L'histoire des relations entre la France et la Chine populaire est jalonnée de « premières » diplomatiques : première visite d'un Chef d'Etat occidental en Chine en 1973 par le Président Pompidou, première visite en Occident d'un haut dirigeant chinois avec la venue à Paris, en 1975, de Deng Xiaoping, alors vice-premier ministre, premier accord de coopération culturelle et technique avec un pays étranger conclu avec la France en 1978. A sa modeste échelle, l'accord de 2002 sur les centres culturels constitue lui aussi une première.

Après un refroidissement de près de cinq années consécutif à la répression brutale des manifestations de la place Tian An Men (4 juin 1989), les relations ont été normalisées en 1994 et les contacts politiques bilatéraux de haut niveau ont repris à un rythme élevé.

Le Président de la République a souhaité renouveler et approfondir les relations franco-chinoises dans le cadre d'un partenariat global défini dans une déclaration conjointe adoptée lors de son séjour en Chine, le 16 mai 1997.

Cette déclaration fixe des objectifs ambitieux de rapprochement politique, économique et culturel : renforcer la multipolarité dans les relations internationales, réformer les Nations-Unies, promouvoir le désarmement, protéger l'environnement, lutter contre la criminalité, aider au développement, soutenir le commerce multilatéral, respecter la pluralité culturelle, institutionnaliser les consultations, intensifier la coopération commerciale, renforcer les échanges culturels.

Une déclaration conjointe franco-chinoise destinée à approfondir ce partenariat global stratégique a été signée par les chefs d'État des deux pays le 27 janvier 2004 à l'occasion de la visite d'état en France du Président Hu Jintao. Elle se situe dans la lignée de la déclaration de 1997 en y intégrant des éléments nouveaux liés aux évolutions de ces dernières années, en particulier au sujet du règlement des crises internationales, de la lutte contre la prolifération, des règles du commerce international, du développement durable et de la préservation de l'environnement, des actions de santé publique et de la lutte contre les épidémies.

Sur le plan politique, des positions convergentes entre les deux pays ont été constatées sur les questions internationales, en dernier lieu notamment sur la crise irakienne.

Un dialogue stratégique a été engagé sur les questions régionales, sur le désarmement et la non-prolifération. La Chine est impliquée dans les discussions sur le dossier nucléaire nord-coréen et l'on considère généralement que son intérêt réside dans un règlement conduisant Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire militaire. Elle est signataire des instruments internationaux de non-prolifération. Alors que des interrogations subsistaient sur le contrôle des exportations de biens sensibles, la Chine vient de demander à adhérer au Groupe des fournisseurs nucléaires qui rassemble 40 pays et dont les directives ont pour objet d'éviter les détournements à des fins militaires d'échanges de biens à usage civil. Elle a récemment annoncé son intention d'engager le processus de ratification du traité d'interdiction complète des essais nucléaires, qu'elle a signé en 1996. En revanche, la Chine est la seule des cinq puissances nucléaires reconnues à accroître son arsenal.

Dans la déclaration conjointe du 27 janvier 2004, le gouvernement français « confirme sa position constante sur l'unicité de la Chine. Il s'oppose à quelque initiative unilatérale que ce soit, y compris un référendum qui viserait à modifier le statu quo, accroîtrait les tensions dans le détroit et conduirait à l'indépendance de Taiwan. Il considère que les relations entre les deux rives du détroit doivent reposer sur un dialogue constructif afin de trouver un règlement pacifique à la question de Taiwan et d'assurer la stabilité et la prospérité dans la région ».

En matière d'environnement, les enjeux sont importants, car la Chine, partie au protocole de Kyoto sans être pour autant soumise à des objectifs contraignants, du fait de sa position de pays en développement, attend une aide occidentale pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, notamment en modernisant ses centrales à charbon.

Sur le plan de la sécurité, la toute récente visite en Chine du ministre français de l'intérieur a permis de conclure un accord de coopération portant sur l'immigration et la lutte contre la criminalité organisée. Par l'échange d'officiers de liaison et l'amélioration des procédures, il doit permettre de mieux lutter contre l'immigration clandestine, le trafic de stupéfiants, le blanchiment d'argent et la contrefaçon.

La question des droits de l'homme n'est pas absente des relations bilatérales. L'approche française en ce domaine se veut constructive. Elle s'est employée à établir un dialogue institutionnalisé entre la Chine et l'Union européenne qui donne lieu depuis 1997 et tous les six mois à des réunions sous l'égide de la présidence européenne. Certains résultats ont été obtenus puisque depuis lors, la Chine a signé les deux pactes fondamentaux des Nations-Unies, sur les droits économiques, sociaux et culturels, et sur les droits civils et politiques, ce dernier n'ayant toujours pas été ratifié. La Chine semble ainsi ne plus remettre en cause le concept même de droits de l'homme, qu'elle envisage d'inscrire prochainement dans sa Constitution. Le sujet est de nouveau mentionné dans la déclaration conjointe du 27 janvier 2004 qui souligne le « devoir des États de promouvoir et de protéger tous les droits de l'Homme et toutes les libertés fondamentales ».

Les conclusions périodiquement adoptées par le Conseil de l'Union européenne témoignent cependant de la faiblesse des progrès concrets. Ainsi, le 18 mars 2003, le Conseil, outre l'absence de ratification du pacte international relatif aux droits civils et politiques, se déclarait « préoccupé par le non-respect des droits de l'homme..., le recours généralisé à la torture et à la détention arbitraire », tout comme « par le recours persistant à la rééducation par le travail », « par la répression de la liberté d`expression, de religion et d'association », « par la privation des droits religieux et culturels au Tibet », « par les violations des droits de l'homme dans le Xinjiang ». Le Conseil de l'Union européenne considérait également que la formule du dialogue sur les droits de l'homme n'était acceptable que si des progrès suffisants étaient réalisés et traduits dans les faits.

Le débat sur l'éventuelle levée de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine, décidé à l'échelon européen en 1989, est largement conditionné par les difficultés rencontrées sur le dossier des droits de l'homme. Lors du Conseil européen de Bruxelles, en décembre dernier, il a été décidé, à la demande notamment de la France et de l'Allemagne, d'inviter les ministres des Affaires étrangères des Quinze à réexaminer la question, mais l'on peut se demander si les appréciations seront unanimes sur ce point.

B. DES RELATIONS ÉCONOMIQUES DÉSÉQUILIBRÉES

En dépit de la proximité qu'entretient notre pays avec la Chine sur le plan politique, notre présence économique y demeure modeste. Il est vrai que dans le cadre de son ouverture économique, symbolisée par l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce, et de l'accroissement des échanges économiques avec l'étranger, les dirigeants chinois ont pratiqué la dissociation du commerce et de la politique, optant résolument pour la diversification de leurs approvisionnements.

Quelques chiffres permettent de saisir le poids que représente désormais la Chine dans l'économie mondiale. En 2002, la Chine a été le premier pays d'accueil pour les investissements directs étrangers et elle contribuait pour environ 5% au commerce mondial (4ème exportateur et 6ème importateur mondial), le commerce extérieur représentant la moitié du PIB chinois. L'essor de la production industrielle de la Chine a fait dire que celle-ci était désormais devenue « l'usine du monde ».

Les échanges avec la France ont profité de ce dynamisme économique mais ils ont augmenté moins vite que le flux global des investissements étrangers et des exportations vers la Chine.

La Chine représentait en 2002 le deuxième déficit commercial bilatéral de la France2(*) (7,9 milliards d'euros), alors que notre balance était excédentaire jusqu'en 1986. Les importations françaises s'élevaient en 2002 à 11,3 milliards d'euros et les exportations à 3,5 milliards d'euros, soit un taux de couverture à peine supérieur à 30%. De 1993 à 2002, nos exportations vers le Chine ont été multipliées par 2,5, mais nos importations l'ont été de 3,5.

La France a été en 2002 le 14ème fournisseur de la Chine (et le troisième exportateur européen, derrière l'Allemagne et l'Italie) mais notre part de marché se réduit régulièrement. Elle n'était que de 1,4% en 2002 contre 2,7% de 1997 à 19993(*).

L'essentiel de nos achats est constitué de biens de consommation manufacturés et de produits industriels intermédiaires ou d'équipement (habillement, électro-ménager). L'évolution de nos exportations est en grande partie conditionnée par la livraison de biens d'équipement, souvent dans le cadre de grands contrats, comme la livraison d'Airbus. Dans les autres domaines, tous les pays européens, à l'exception notable de l'Allemagne, peinent à préserver leurs parts de marché, l'accroissement des importations chinoises profitant assez naturellement à ses partenaires asiatiques, notamment la Corée et Taïwan.

Initié dans les années 1970, avec une coopération sur le programme électronucléaire chinois ou l'implantation de sociétés comme Alcatel ou Citroën, l'investissement français en Chine a fortement progressé ces dernières années, dans des secteurs aussi variés que la distribution, l'assurance, les biens de consommation, les transports ou l'environnement. Le premier secteur d'intérêt demeure celui de l'énergie, dans le cadre de la construction de nouvelles tranches nucléaires dans les centrales chinoises et de centrales électriques. Plus de 500 entreprises françaises différentes, employant 150.000 personnes, sont aujourd'hui recensées en Chine, mais la France n'est que le troisième investisseur européen en Chine.

La France est le 8ème investisseur en Chine, avec 1,2% du stock d'investissements directs étrangers. Elle se situe au 3ème rang européen derrière le Royaume-Uni (2,4%) et l'Allemagne (1,8%). En revanche, la Chine n'est que le 16ème pays de destination de nos investissements à l'étranger.

Le rééquilibrage des relations économiques est l'un des thèmes centraux des discussions bilatérales franco-chinoises, mais les facteurs monétaires et le poids des partenaires économiques régionaux l'ont plutôt contrarié au cours de la période récente.

* 2 Le premier étant avec l'Allemagne.

* 3 L'Allemagne détient 5,9% du marché chinois.

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