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Projet de loi de finances rectificative pour 2008 : rapport - volume 1 : exposé général et examen des articles 1er à 31 quater

 

B. LES DIFFÉRENTS SCÉNARIOS DE FINANCES PUBLIQUES ENVISAGEABLES

1. Quelle croissance du PIB d'ici à 2012 ?

a) La croissance en 2009 : le consensus a-t-il raison d'être aussi pessimiste ?
(1) Une prévision de croissance de - 0,6 %, selon le consensus

Les prévisions de croissance du PIB pour 2009 se dégradent de manière continue depuis le début de l'année, avec une accélération depuis le mois de septembre. Ainsi, d'un peu moins de 2 % au début de l'année, le consensus pour la France n'était plus que de 1 % à la mi-septembre. Il est alors passé, en trois mois, à 0,5 %, - 0,1 % et, désormais, - 0,6 % (respectivement en octobre, novembre et décembre). Sur la vingtaine d'organismes pris en compte par la revue Consensus Forecasts, 5 prévoient pour 2009 une contraction supérieure à 1 point de PIB28(*).

Cette forte révision à la baisse des perspectives de croissance provient d'anticipations de plus en plus pessimistes en ce qui concerne l'économie des Etats-Unis. La prévision de croissance la plus basse pour l'économie des Etats-Unis en 2009 est celle de Merril Lynch, à - 2,5 %, soit 1,2 point de moins que le consensus. On rappelle que, selon les estimations usuelles, une croissance du PIB des Etats-Unis inférieure de 1 point réduit la croissance de l'économie française et européenne d'environ 0,5 point.

Une contraction de l'économie française en 2009 supérieure à un point de PIB ne peut donc être a priori exclue.

(2) Les plans de relance permettront-ils d'éviter une croissance négative en 2009 ?

Les prévisions du consensus ne prennent cependant pas en compte l'impact des plans de relance européens, qui viennent d'être annoncés.

Si l'on considère, comme indiqué ci-avant, que cet impact est de l'ordre d'un point de PIB (la France bénéficiant pour moitié de son propre plan de relance, et pour moitié de ceux de ses partenaires), la croissance du PIB de l'Union européenne et de la France pourrait se situer autour de 0 %, plutôt que de - 1 %.

b) Une croissance qui pourrait être durablement réduite

Pour les années 2010, 2011 et 2012, le gouvernement formule une hypothèse de croissance annuelle de 2,5 %, estimant que la faible croissance de 2009 serait « rattrapée » les années suivantes.

Cependant, les crises financières réduisent généralement la croissance pendant plusieurs années. Selon un article publié en février 2008 par Mme Carmen Reinhart et M. Kenneth Rogoff29(*), en moyenne, les 5 crises bancaires les plus graves des 30 dernières années se sont caractérisées par une croissance inférieure de plus de 5 points à celle du haut de cycle, et la croissance est demeurée bien inférieure à son niveau d'avant la crise pendant plus de 3 ans.

Si l'on suppose que la croissance du PIB est bien de - 0,7 % au dernier trimestre de 2008, comme le prévoit la Banque de France, une croissance trimestrielle nulle en 2009 et égale ensuite à son rythme tendanciel conduirait à une croissance de 1,4 % en 2010, et 2,2 % en 2011 et 2012.

Compte tenu des incertitudes économiques actuelles, un tel scénario peut être considéré comme relativement optimiste.

* 28 BNP-Paribas, Citigroup, Goldman Sachs, JP Morgan et Bank of America.

* 29 « Is the 2007 U.S. Sub-Prime Financial Crisis So Different ? An International Historical Comparison », 5 février 2008.