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Proposition de résolution sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises

14 novembre 2012 : Financement des régions ultrapériphériques françaises ( rapport )

Rapport n° 126 (2012-2013) de M. Serge LARCHER, fait au nom de la commission des affaires économiques, déposé le 14 novembre 2012

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N° 126

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2012-2013

Enregistré à la Présidence du Sénat le 14 novembre 2012

RAPPORT

FAIT

au nom de la commission des affaires économiques (1) sur la proposition de résolution européenne de MM. Roland du LUART, Georges PATIENT et Serge LARCHER, présentée en application de l'article 73 quinquies, relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020 et sur la proposition de résolution européenne de M. Georges PATIENT, présentée au nom de la commission des affaires européennes en application de l'article 73 quater du Règlement, sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises,

Par M. Serge LARCHER,

Sénateur

et TEXTES DE LA COMMISSION

(1) Cette commission est composée de : M. Daniel Raoul, président ; MM. Martial Bourquin, Gérard César, Alain Chatillon, Daniel Dubois, Pierre Hérisson, Joël Labbé, Mme Élisabeth Lamure, M. Gérard Le Cam, Mme Renée Nicoux, MM. Thierry Repentin, Robert Tropeano, vice-présidents ; MM. Claude Bérit-Débat, Bruno Retailleau, Bruno Sido, secrétaires ; M. Gérard Bailly, Mme Delphine Bataille, MM. Michel Bécot, Mme Bernadette Bourzai, MM. François Calvet, Roland Courteau, Claude Dilain, Alain Fauconnier, Didier Guillaume, Pierre Hérisson, Michel Houel, Mme Élisabeth Lamure, MM. Serge Larcher, Jean-Jacques Lasserre, Jean-Claude Lenoir, Philippe Leroy, Mmes Valérie Létard, Marie-Noëlle Lienemann, MM. Michel Magras, Jean-Claude Merceron, Jean-Jacques Mirassou, Jackie Pierre, Ladislas Poniatowski, Daniel Raoul, Mme Mireille Schurch, MM. Yannick Vaugrenard, François Vendasi.

Voir le(s) numéro(s) :

Sénat :

93, 112 et 113 (2012-2013)

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Le 30 octobre dernier, au terme des travaux engagés par la délégation sénatoriale à l'outre-mer sur la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques (RUP), nos collègues Roland du Luart et Georges Patient, ainsi que votre rapporteur, ont déposé, conformément à l'article 88-4 de la Constitution, une proposition de résolution européenne relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020. Le 7 novembre, la commission des affaires européennes a examiné cette proposition et l'a adoptée, à l'unanimité, sans modification.

Le 7 novembre également, notre collègue Georges Patient a déposé, au nom de la commission des affaires européennes, une proposition de résolution européenne sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises.

Au vu des problématiques majeures pour nos outre-mer traitées par ces deux propositions de résolution, il était indispensable que votre commission des affaires économiques se saisisse de ces deux textes.

La période actuelle est en effet décisive pour nos outre-mer au niveau européen, avec le cumul d'échéances cruciales que constituent les négociations sur le nouveau cadre financier pluriannuel de l'Union et le corpus réglementaire qui l'accompagne, la communication de la Commission européenne de juin dernier qui a présenté la stratégie de l'Union pour les RUP et l'échéance du 1er juillet 2014 pour l'octroi de mer.

Ces deux propositions de résolution européenne s'appuient sur le constat que les réalités de nos outre-mer sont très insuffisamment prises en compte par l'Union européenne, comme le Sénat l'a d'ailleurs souligné à plusieurs reprises au cours des dernières années. La communication de la Commission européenne et les propositions de cette dernière en matière de politique de cohésion sont de nouvelles illustrations de son désintérêt pour les RUP.

Dans ce contexte, ces deux propositions de résolution européenne constituent, aux yeux de votre commission, des initiatives bienvenues et parfaitement complémentaires. On peut espérer qu'elles constitueront un soutien très utile au Gouvernement pour défendre la cause des RUP au niveau européen, si l'on considère le rôle joué par la récente expression sénatoriale dans les avancées obtenues dans le cadre de la réforme de la politique commune de la pêche.

I. UNE PÉRIODE DÉCISIVE POUR LES RÉGIONS ULTRAPÉRIPHÉRIQUES AU NIVEAU EUROPÉEN

Trois éléments font de la période actuelle une période décisive pour les régions ultrapériphériques (RUP) françaises au niveau européen :

- les négociations en cours sur le cadre financier pluriannuel de l'Union européenne (UE) pour la période 2014-2020 ;

- la publication en juin dernier par la Commission européenne d'une communication exposant la stratégie de l'Union pour les RUP ;

- l'expiration au 1er juillet 2014 de l'autorisation par le Conseil du régime de l'octroi de mer.

A. LES NÉGOCIATIONS SUR LE CADRE FINANCIER PLURIANNUEL DE L'UNION SONT D'UNE IMPORTANCE CAPITALE POUR LES RUP

Le 29 juin 2011, la Commission européenne a publié ses premières propositions sur le cadre financier pluriannuel pour 2014-2020.

Le 6 juillet 2012, elle a ajusté ces propositions afin de tenir compte de l'entrée prochaine de la Croatie dans l'Union et de données actualisées en matière de produit intérieur brut (PIB). Les négociations sont aujourd'hui en cours au Conseil. Le Conseil européen extraordinaire des 22 et 23 novembre prochain pourrait constituer un tournant : comme l'indique notre collègue Georges Patient, ce sommet « pourrait durer autant que nécessaire pour trouver un compromis final »1(*).

Les négociations sur le cadre financier pluriannuel sont essentielles pour l'avenir des régions ultrapériphériques françaises.

Le cadre financier fixera en effet le montant pour la période 2014-2020 des crédits d'engagement européens et leur répartition entre les différentes rubriques budgétaires. Il arrêtera notamment le montant que l'UE consacrera sur cette période à la politique de cohésion, politique vitale pour le développement de nos régions ultrapériphériques.

Comme l'indiquait la mission commune d'information sur la situation des départements d'outre-mer (DOM), que votre rapporteur a eu l'honneur de présider, « les quatre départements français d'outre-mer, en leur qualité de régions ultrapériphériques de l'Union européenne, bénéficient d'importants financements de l'Union européenne, et, en particulier, des fonds structurels »2(*).

Sur la période 2007-2013, les RUP françaises reçoivent ainsi une enveloppe de près de 3,2 milliards d'euros (contre environ 2,9 milliards sur la période 2000-2006) :

1,8 milliard d'euros au titre de l'objectif « convergence », destiné notamment aux régions de l'UE les moins favorisées, c'est-à-dire dont le PIB par habitant est inférieur à 75 % de la moyenne communautaire3(*) ;

482 millions d'euros au titre de l'allocation de compensation des contraintes des régions ultrapériphériques et des régions septentrionales : cette allocation, destinée à compenser les surcoûts liés aux handicaps structurels de ces régions, atteint 35 euros par habitant ;

900 millions d'euros au titre du Fonds social européen (FSE).

A l'heure où la présidence chypriote de l'Union entend proposer 50 milliards d'euros de coupes budgétaires, il convient de rappeler que les financements européens sont vitaux pour nos régions ultrapériphériques. Comme le soulignait la mission sénatoriale de 2009 sur la situation des DOM, ces financements jouent un rôle majeur « pour le développement économique des départements français d'outre-mer, notamment en termes d'infrastructures »4(*).

B. LA COMMUNICATION DE LA COMMISSION EUROPÉENNE DE JUIN 2012 A PRÉSENTÉ LA STRATÉGIE DE L'UNION POUR LES RUP

Le 20 juin 2012, la Commission européenne a publié une communication intitulée « Les régions ultrapériphériques de l'Union européenne : vers un partenariat pour une croissance intelligente, durable et inclusive », qui expose la stratégie de l'UE pour les régions ultrapériphériques (RUP).

Il s'agit de la troisième communication de la Commission sur ce sujet en moins de dix ans : elle prend en effet la suite de la communication du 26 mai 2004, intitulée « Un partenariat renforcé pour les régions ultrapériphériques », et de celle du 17 octobre 2008, intitulée « Les régions ultrapériphériques : un atout pour l'Europe ».

Dès le 14 juin 2010, le Conseil avait appelé à « adopter, le moment venu, une communication présentant une nouvelle stratégie pour les régions ultrapériphériques ». La communication devait initialement être présentée au début de l'année 2011. Elle n'a finalement été présentée que peu avant le Forum des RUP, qui s'est tenu à Bruxelles les 2 et 3 juillet 2012, et alors même que les négociations sur le nouveau cadre financier évoquées précédemment étaient déjà engagées.

Au-delà du contenu de cette communication, votre rapporteur regrette cette publication tardive qui est préjudiciable à la prise en compte des problématiques propres aux RUP.

Comme l'a indiqué M. Vincent Bouvier, délégué général à l'outre-mer, lors de son audition devant la délégation sénatoriale à l'outre-mer, « la communication de la Commission du 20 juin 2012 aurait sans doute été plus pertinente et plus utile si elle était venue plus tôt puisque, dès le 29 juin, la Commission présentait des propositions sur le cadre financier pluriannuel et, dès le 6 octobre, le paquet réglementaire ». M. Didier Robert, président du conseil régional de La Réunion, affirme à juste titre que « puisque la Commission a fait le choix délibéré d'élaborer son document après avoir adopté l'ensemble de ses propositions législatives et financières pour la période 2014-2020, la portée de la communication s'en trouve considérablement limitée »5(*).

C. LE 1ER JUILLET 2014 CONSTITUE UNE ÉCHÉANCE DÉCISIVE POUR L'OCTROI DE MER, ET DONC POUR LE FINANCEMENT DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES DES RUP FRANÇAISES

L'octroi de mer est une taxe spécifique aux départements d'outre-mer français (DOM), à l'exception de Mayotte. Il s'agit d'une des plus anciennes taxes du système fiscal français : son origine remonte en effet au « droit de poids » applicable au XVIIème siècle.

Il s'agit d'un impôt sur les marchandises, portant à la fois sur les importations de biens et sur les livraisons de biens produits localement. Les taux sont fixés par délibération du conseil régional pour ce qui concerne tant l'octroi de mer que l'octroi de mer régional, qui constitue une surtaxe limitée à 2,5 % et réservée au conseil régional. Le conseil régional peut par ailleurs décider d'exonérer totalement ou partiellement les livraisons de biens produits sur place, ceci afin de les favoriser par rapport aux produits importés.

L'octroi de mer constitue une ressource majeure pour les collectivités territoriales des DOM. Comme le relevait en 2009 la mission d'information sur la situation des DOM, le montant total des recettes atteignait 1,036 milliard d'euros en 2008 pour l'ensemble des DOM. Le tableau figurant ci-dessous illustre l'importance en valeur absolue de cette ressource pour les différentes collectivités territoriales.

RECETTES DE L'OCTROI DE MER DANS LES DOM EN 2007
(en millions d'euros)

 

Communes

Département

Région

Total

Guadeloupe

166,9

-

58,2

225,1

Guyane

68,9

276(*)

24,9

120,8

Martinique

190,1

-

69,1

259,2

La Réunion

274,2

-

74,2

348,4

Source : « Les DOM, défi pour la République, chance pour la France. 100 propositions pour fonder l'avenir », Ibid., p. 83.

Rapporté à l'ensemble des recettes de fonctionnement, l'octroi de mer représente, en moyenne, pour les communes des DOM, un tiers des recettes et, pour les régions d'outre-mer, entre 17 et 31 % des recettes.

PART DE L'OCTROI DE MER DANS LES RECETTES DE FONCTIONNEMENT
DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES DES DOM

 

Communes

Département

Région

Guadeloupe

30,1 %

-

28,6 %

Guyane

30,6 %

12 %

31,2 %

Martinique

38,3 %

-

31 %

La Réunion

28,2 %

-

16,9 %

Source : « Les DOM, Défi pour la République, chance pour la France. 100 propositions pour fonder l'avenir », Ibid., p. 84.

L'octroi de mer déroge au principe de libre circulation des marchandises dans le marché intérieur, et plus précisément aux articles 30 et 110 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE).

Par une décision du 22 décembre 1989, le Conseil a donc demandé au Gouvernement français de modifier cette législation pour taxer indistinctement les produits importés et ceux produits dans les DOM, tout en autorisant la France à exonérer, totalement ou partiellement, les productions locales pendant une durée de dix ans.

Le régime des exonérations est arrivé à échéance le 31 décembre 2003 et la France a alors demandé la prorogation de ce régime dérogatoire.

Par une décision du 10 février 2004, le Conseil a autorisé la France à maintenir un régime d'octroi de mer prévoyant des exonérations ou des réductions de taxe en faveur des productions locales jusqu'au 1er juillet 20147(*). Le Gouvernement français s'est engagé à transmettre à la Commission, au plus tard le 31 juillet 2008, un rapport d'étape devant lui permettre de juger de l'impact réel du dispositif.

Ce rapport, remis à la Commission dans les délais impartis, a dressé un bilan positif du dispositif de l'octroi de mer, mais, comme l'indiquait la mission commune d'information sur la situation des DOM, « la Commission [a estimé] que le rapport d'étape (...) n'[était] pas assez étayé sur le plan de l'impact économique et social de l'octroi de mer »8(*).

L'échéance de 2014 approche à grands pas et elle est essentielle pour nos outre-mer. Comme l'indique notre collègue Georges Patient, « les vingt mois qui nous séparent du 1er juillet 2014 ne seront pas trop longs pour mener à bien ce dossier »9(*).

Votre rapporteur souligne que la balle est dans le camp du Gouvernement.

Comme l'a relevé M. Younous Omarjee, député européen, lors de son audition par la délégation sénatoriale à l'outre-mer le 11 octobre dernier, « la Commission européenne, contrairement à ce que l'on a pu entendre dire, ne veut pas la mort de ce dispositif. Elle a simplement demandé à la France d'en justifier la pertinence au regard des objectifs qui lui avaient été assignés, notamment en termes d'emploi ». Les Canaries disposent d'ailleurs d'une taxe, l'impôt AIEM10(*), assez semblable à l'octroi de mer.

Un rapport a été remis en mai 2012 au ministère des outre-mer par le cabinet Lengrand : il atteste que le régime de l'octroi de mer ne crée pas de distorsion de concurrence ou de situation de rente au profit des productions locales des DOM et il conclut que le différentiel d'octroi de mer permet de compenser une partie des handicaps structurels des entreprises locales de production. Le rapport propose plusieurs scénarios d'évolution du dispositif, de la reconduction de l'octroi de mer avec une simplification et une flexibilisation du dispositif, à l'évolution vers un système de TVA régionale permettant de maintenir un effort de soutien à la production locale.

Votre rapporteur martèle que cette échéance de 2014 est essentielle pour les régions ultrapériphériques françaises, et notamment pour le financement des collectivités territoriales des DOM qui sont déjà exsangues financièrement. C'est pour cette raison que la mission sénatoriale relative à la situation des DOM avait appelé en 2009 à « conserver impérativement, au-delà de l'échéance de 2014, le dispositif actuel de l'octroi de mer »11(*).

II. L'INSUFFISANTE PRISE EN COMPTE DES RÉALITÉS DES RUP PAR L'UNION EUROPÉENNE

A. L'UNION EUROPÉENNE IGNORE TROP SOUVENT LES SPECIFICITÉS DES RÉGIONS ULTRAPÉRIPHÉRIQUES

1. L'article 349 du TFUE permet la mise en oeuvre de mesures spécifiques aux régions ultrapériphériques

La spécificité des régions ultrapériphériques est reconnue par les traités européens depuis 1999. Cette reconnaissance s'est concrétisée par le paragraphe 2 de l'article 299 du traité instituant la Communauté européenne (TCE). L'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) a succédé à cet article.

L'ARTICLE 349 DU TFUE

« Compte tenu de la situation économique et sociale structurelle de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique, de la Réunion, de Saint-Martin, des Açores, de Madère et des îles Canaries, qui est aggravée par leur éloignement, l'insularité, leur faible superficie, le relief et le climat difficiles, leur dépendance économique vis-à-vis d'un petit nombre de produits, facteurs dont la permanence et la combinaison nuisent gravement à leur développement, le Conseil, sur proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen, arrête des mesures spécifiques visant, en particulier, à fixer les conditions de l'application des traités à ces régions, y compris les politiques communes. Lorsque les mesures spécifiques en question sont adoptées par le Conseil conformément à une procédure législative spéciale, il statue également sur proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen.

Les mesures visées au premier alinéa portent notamment sur les politiques douanières et commerciales, la politique fiscale, les zones franches, les politiques dans les domaines de l'agriculture et de la pêche, les conditions d'approvisionnement en matières premières et en biens de consommation de première nécessité, les aides d'État, et les conditions d'accès aux fonds structurels et aux programmes horizontaux de l'Union.

Le Conseil arrête les mesures visées au premier alinéa en tenant compte des caractéristiques et contraintes particulières des régions ultrapériphériques sans nuire à l'intégrité et à la cohérence de l'ordre juridique de l'Union, y compris le marché intérieur et les politiques communes. »

L'article 349 du TFUE permet donc la mise en oeuvre de mesures spécifiques en faveur des huit régions ultrapériphériques (RUP), ceci afin de tenir compte de leurs handicaps (éloignement, insularité, faible superficie, relief, climat, dépendance économique à l'égard d'un petit nombre de produits).

2. Mais l'article 349 du TFUE est très insuffisamment utilisé

Dans son rapport sur la proposition de résolution européenne visant à obtenir la prise en compte par l'Union européenne des réalités de la pêche des régions ultrapériphériques françaises, votre rapporteur soulignait que « l'article 349 constitue le Graal des RUP »12(*).

? L'article 349 demeure cependant aujourd'hui très insuffisamment utilisé.

Il a certes servi de fondement juridique à la mise en place d'un dispositif propre aux RUP, le Programme d'option spécifique à l'éloignement et à l'insularité (POSEI), qui a constitué « la première manifestation d'un traitement global et spécifique des RUP »13(*).

Conçu dans une logique plurisectorielle, le champ de ce programme a cependant été restreint à l'agriculture. Son bilan est salué par tous : aux yeux de la Délégation générale à l'outre-mer (DéGéOM), il s'agit ainsi d'un « instrument qui a fait ses preuves et constitue un exemple à suivre en matière de prise en compte des spécificités des RUP dans les politiques de l'Union »14(*). La Commission européenne estime quant à elle que « ce programme est adapté aux besoins des RUP et (...) [que] les ressources allouées ont permis la réalisation de ses objectifs »15(*).

? Mis à part le POSEI, très peu de dispositifs spécifiques aux RUP ont été mis en place et de très rares textes européens visent l'article 349 du TFUE.

Le constat de la sous-utilisation de l'article 349 est d'ailleurs très largement partagé :

- M. Pedro Solbes Mira a souligné, dans son rapport de 2011 remis à M. Michel Barnier, membre de la Commission européenne, que « l'article 349 du TFUE doit permettre de tenir compte des spécificités des RUP lors de la mise en oeuvre des politiques européennes. Cela étant, cette disposition n'a pas été pleinement mise en oeuvre jusqu'ici. Les particularités communes à toutes les RUP, mais aussi leurs réalités hétérogènes, ne sont pas toujours complètement prises en compte dans des domaines tels que les transports, l'énergie ou le commerce extérieur »16(*). Il estime par ailleurs que, « dans le cadre de la fixation d'une nouvelle stratégie pour le marché unique, il convient (...) de s'assurer de l'utilisation adéquate et systématique de l'article 349 du TFUE »17(*) ;

- le Parlement européen a souligné en 2012 que « l'article 349 du TFUE, qui prévoit l'adoption de mesures spécifiques visant à atténuer l'impact des caractéristiques de l'ultrapériphérie, devrait être plus utilisé et se voir conférer la portée juridique, institutionnelle et politique nécessaire pour assurer aux RUP une intégration juste et permettant leur développement économique et social au sein du marché intérieur et plus largement au sein de l'Union »18(*);

la Conférence des Présidents des RUP, enfin, réunie en septembre 2012 aux Açores, « exige l'application de la lettre et de l'esprit de l'article 349 du TFUE, base et fondement premier des interventions adaptées dans toutes les politiques de l'Union en faveur de nos Régions ; et s'inquiète particulièrement de sa faible mise en oeuvre ».

Interrogé par votre rapporteur, M. Serge Letchimy, président du conseil régional de la Martinique a bien résumé la situation : « l'article 349 du Traité sur le Fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) fait l'objet d'une lecture trop restrictive tant par la Commission que par le Conseil »19(*).

3. Le Gouvernement français a pris une initiative bienvenue afin d'obtenir l'utilisation « adéquate et systématique » de l'article 349 du TFUE

A l'occasion de la Conférence des présidents des RUP de septembre 2012, M. Victorin LUREL, ministre des outre-mer, a appelé à la mise en place d'un « cadre global approprié pour les interventions communautaires dans les RUP ».

Ce cadre global pourrait se concrétiser par un « règlement plurisectoriel en faveur du soutien aux filières d'avenir dans les RUP », c'est-à-dire certaines filières identifiées comme stratégiques et contribuant à leur désenclavement telles que les énergies renouvelables, les technologies de l'information et de la communication (TIC), les transports, le tourisme ou encore une filière bois en Guyane. Cela pourrait aboutir à la mise en place d'un programme - de type POSEI - d'aides aux entreprises et couvrant ces secteurs porteurs de croissance.

Cette initiative, que votre rapporteur salue, rejoint les préoccupations exprimées à maintes reprises par les représentants des RUP :

- le mémorandum de 2010 de l'Espagne, de la France, du Portugal et des régions ultrapériphériques indiquait ainsi que « pour l'avenir, et en particulier dans les secteurs dans lesquels les progrès ont été insuffisants (transports, insertion régionale, environnement, changement climatique, recherche et innovation...), un cadre d'intervention spécifique devrait être conçu, semblable à l'approche POSEI »20(*) ;

- lors de son audition par la délégation sénatoriale à l'outre-mer, M. Younous Omarjee, député européen, a estimé que le POSEI « est cantonné au secteur de l'agriculture alors que son champ d'application devrait être plus large et étendu à d'autres secteurs économiques, sa raison d'être consistant à compenser l'éloignement et l'insularité » ;

-  Mme Josette Borel-Lincertin, présidente du conseil régional de la Guadeloupe, estime quant à elle qu' « il nous faut élaborer (...) des Programmes d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI) spécifiques à nos potentiels, comme cela a été fait dans le domaine de l'agriculture »21(*) ;

- la Conférence des RUP a enfin souligné en septembre dernier que « à l'instar des programmes spécifiques déjà existants, comme le POSEI, d'autres cadres horizontaux spécifiques devaient être créés, dotés de moyens financiers supplémentaires adéquats, dans les domaines du transport, de l'énergie et du tourisme ».

Le ministre des outre-mer a également appelé de ses voeux la multiplication des déclinaisons sectorielles de l'article 349 afin de permettre l'adaptation des politiques européennes aux réalités des RUP.

Au-delà du secteur de la pêche, pour lequel le Sénat a, par une résolution de juillet 201222(*), appelé à une prise en compte, sur le fondement de l'article 349, des réalités des RUP françaises, il apparaît nécessaire que l'Union européenne prenne en compte les spécificités des RUP dans de nombreux autres domaines, tels quel :

les aides d'État : le a) du paragraphe 3 de l'article 107 du TFUE dispose que « peuvent être considérées comme compatibles avec le marché intérieur les aides destinées à favoriser le développement économique des régions dans lesquelles le niveau de vie est anormalement bas et dans lesquelles sévit un grave sous-emploi, ainsi que celui des régions visées à l'article 349, compte tenu de leur situation structurelle, économique et sociale ». Cet article justifie la prise en compte des spécificités des RUP : compte tenu de l'éloignement et de l'étroitesse des marchés, les aides aux entreprises des RUP ne peuvent en effet être considérées comme des menaces à la libre concurrence ;

les programmes horizontaux, tels que l'instrument financier pour l'environnement (LIFE), le programme « Horizon 2020 » pour la recherche ou le programme Erasmus : les RUP ont aujourd'hui beaucoup de difficulté à accéder à ces programmes. Il en est ainsi pour le programme Erasmus : la jeunesse des RUP françaises se trouve largement privée du bénéfice de ce programme car celui-ci ne prend pas en charge financièrement le transport de l'étudiant d'une RUP entre sa région et la capitale de son État membre.

B. LES INITIATIVES RÉCENTES DU SÉNAT POUR SOUTENIR LES RUP

Votre rapporteur rappelle qu'à deux reprises au cours des deux dernières années, le Sénat a pris solennellement position sur des problématiques européennes essentielles pour les RUP. Il a ainsi adopté les deux résolutions suivantes :

- la résolution n° 105 (2010-2011) du 3 mai 2011 tendant à obtenir compensation des effets, sur l'agriculture des départements d'outre-mer, des accords commerciaux conclus par l'Union européenne ;

- la résolution n° 121 du Sénat (2011-2012) du 3 juillet 2012 visant à obtenir la prise en compte par l'Union européenne des réalités de la pêche des régions ultrapériphériques françaises.

Par ces deux résolutions, le Sénat a notamment appelé à une utilisation plus fréquente de l'article 349. Il a également vivement déploré l'incohérence de la politique commerciale avec les autres politiques sectorielles de l'Union :

- la politique commerciale de l'UE constitue en effet une menace pour l'économie des RUP : le Sénat a ainsi estimé qu'elle « [fait] courir un risque important à l'agriculture des régions ultrapériphériques françaises »23(*), comme l'ont montré les accords de libre échange conclus en mars 2010 par l'Union européenne, d'une part, avec la Colombie et le Pérou et, d'autre part, avec les pays d'Amérique centrale ;

- la politique commerciale constitue par ailleurs une entrave à l'intégration régionale des RUP. Comme le souligne le rapport Solbes, « c'est en veillant à ce que la réciprocité commerciale créée par les APE24(*) ne pénalise pas structurellement les économies des RUP que l'on pourra résolument faciliter l'intégration des RUP dans leur environnement régional »25(*).

Le Sénat a donc appelé à une mise en cohérence de la politique commerciale avec les autres politiques de l'Union, celle-ci passant par l'évaluation systématique et préalable des effets des accords commerciaux conclus par l'UE sur l'économie des RUP.

Il s'agit d'une préoccupation constante des élus des RUP ; ainsi Mme Josette Borel-Lincertin, présidente du conseil régional de la Guadeloupe, rappelle-t-elle « la forte préoccupation sur l'impact des accords internationaux au sein de nos micro-territoires » et souligne-t-elle que « la prise en compte des spécificités des régions ultrapériphériques (...) dans la politique commerciale de la Commission s'avère quasi-nulle »26(*)

Votre rapporteur souligne avec satisfaction que les initiatives du Sénat n'ont pas été sans effet.

Ainsi, en matière de pêche, le Conseil des ministres du 24 octobre 2012 a adopté une orientation générale sur les mesures susceptibles de bénéficier du soutien financier du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) pour la période 2014-2020 qui inclut dans ces mesures les « aides publiques à la flotte, et notamment des aides à la modernisation des navires », ainsi que des « aides à l'installation des jeunes pêcheurs et aquaculteurs ». Une avancée majeure a par ailleurs été obtenue pour les RUP : « l'extension à tous les DOM français du régime de compensation des coûts additionnels supportés par les pêcheurs et les aquaculteurs ultramarins en raison de leur éloignement »27(*).

Ces avancées, qui correspondent aux demandes formulées par le Sénat dans sa résolution de juillet 2012 précitée, sont déterminantes pour l'avenir du secteur de la pêche dans nos outre-mer.

Votre rapporteur souligne que ces résultats illustrent l'impact des prises de position de notre Haute assemblée, impact confirmé, lors de son audition devant la délégation sénatoriale à l'outre-mer, par M. Younous Omarjee. Ce dernier a ainsi indiqué que, « au Parlement européen, nous sommes très attentifs aux productions législatives de nos assemblées, et les résolutions du Sénat, comme celle de mai 2011 relative aux accords commerciaux avec les pays tiers, nous ont été très utiles ».

C. DEUX NOUVELLES ILLUSTRATIONS DE LA NON PRISE EN COMPTE DES RÉALITÉS DES RUP PAR LA COMMISSION EUROPÉENNE

1. La communication de la Commission de juin 2012, un document en net décalage avec les attentes des RUP

? La communication de la Commission européenne de juin 2012 comprend des orientations qui sont, pour votre rapporteur, globalement acceptables. La communication définit ainsi cinq axes pour la stratégie renouvelée de l'UE pour les RUP :

- l'amélioration de l'accessibilité au marché unique ;

- l'accroissement de la compétitivité ;

- le renforcement de l'intégration régionale ;

- le renforcement de la dimension sociale du développement des RUP ;

- l'intégration de la lutte contre le changement climatique dans toutes les politiques pertinentes.

Pour autant, le contenu de cette communication est redondant avec celui des deux communications précédentes. La communication de 2004 comprenait ainsi trois axes d'action : la réduction du déficit d'accessibilité des RUP, leur compétitivité et leur insertion régionale, trois thématiques qui figurent donc également dans la communication de 2012.

? Cette communication est surtout en net décalage avec les attentes des RUP. Ce florilège de réactions l'illustre :

- M. Didier ROBERT, Président du conseil régional de La Réunion, souligne ainsi que « les Présidents des régions ultrapériphériques ont manifesté solidairement [lors de la XVIIIème conférence des présidents des régions ultrapériphériques de l'Union européenne en septembre 2012] leur plus vive préoccupation face à la faiblesse de la stratégie européenne rénovée »28(*) ;

- dans sa déclaration finale, la Conférence des présidents des RUP a indiqué « [regretter] l'insuffisance manifeste de mesures concrètes et adaptées, ainsi que le calendrier tardif de son adoption, au regard des ambitions affichées » et « [contester] le choix de la Commission de s'appuyer uniquement sur le droit commun et [réaffirmer] à cet égard la pertinence des propositions contenues dans les Memoranda de 2009 et 2010 sur l'ultrapériphérie, notamment celles en faveur d'instruments sectoriels spécifiques »29(*) ;

- lors de leur audition par la délégation sénatoriale à l'outre-mer, les deux députés européens représentant les RUP françaises se sont montrés très critiques. M. Younous Omarjee a estimé que : « de communication en communication, aucune avancée majeure ne donne suite aux belles paroles », tandis que M. Patrice Tirolien a souligné que « cette communication (...) [est] un catalogue de bonnes intentions. Mais sans réelle ambition ».

La communication paraît effectivement en net retrait par rapport :

au Mémorandum de mai 2010 de l'Espagne, de la France, du Portugal et des RUP, intitulé « Une vision rénovée de la stratégie européenne à l'égard de l'ultrapériphérie » : ce document appelait à la valorisation des atouts des RUP et, dans le même temps, à la prise en compte de leurs contraintes. Il soulignait le nécessaire équilibre entre les volets interne et externe des politiques de l'Union. Il préconisait d'adapter les politiques de l'UE et de mettre en place des instruments sectoriels spécifiques aux RUP ;

au rapport de M. Pedro Solbes Mira qui appelait notamment à une systématisation de l'utilisation de l'article 349 du TFUE.

? Ce document illustre surtout les contradictions de la stratégie de l'Union à l'égard des RUP.

La Commission fixe des objectifs stratégiques ambitieux pour les RUP, axés notamment sur « la compétitivité via la modernisation et la diversification des économies des RUP, l'investissement et l'innovation dans des secteurs présentant un potentiel de croissance élevé et/ou une forte valeur ajoutée (...) »30(*).

Elle se félicite, comme dans ses communications précédentes, des atouts dont disposent ces régions, résultant notamment de leur situation géographique et de leurs richesses naturelles, et va jusqu'à « reconnaître leur valeur pour l'UE dans son ensemble »31(*). Elle souligne la nécessité de valoriser ces atouts dans le développement d'une « croissance intelligente, durable et inclusive » et de « tenir compte des spécificités et contraintes » des RUP mais n'évoque que bien peu les nécessaires politiques de rattrapage : or, comme indiqué précédemment, les RUP constituent des régions en retard de développement, à ce titre éligibles jusqu'à ce jour à l'objectif « convergence » de la politique de cohésion.

La Commission reconnaît également pour la première fois que « chaque RUP est différente et des pistes spécifiques doivent être envisagées pour chacune d'entre elles »32(*). Les RUP ne constituent pas en effet un ensemble homogène : c'est d'ailleurs pour cette raison que les parlementaires ultramarins soulignent régulièrement qu'il n'existe pas un mais des outre-mer. Cependant, cette reconnaissance de la diversité des situations reste théorique dans la mesure où la Commission, loin d'envisager en conséquence une adaptation de ses politiques et de leurs instruments, se contente d'inviter chaque région à « trouver sa propre voie vers une prospérité accrue, en fonction de ses particularités »33(*).

2. Les propositions de la Commission en matière de politique de cohésion témoignent d'un désintérêt pour les RUP

Dans le cadre de ses propositions qui devraient être examinées par le Conseil européen extraordinaire des 22 et 23 novembre 2012, la Commission européenne propose une baisse d'environ 43 % de l'allocation spécifique pour les régions ultrapériphériques. Elle propose ainsi de ramener de 35 à 20 euros par habitant le montant de cette allocation.

Par ailleurs, elle proposait initialement que, pour les régions les moins développées, catégorie dont relèveront dorénavant les RUP françaises, 50 % du FEDER soient consacrés à trois objectifs :

- la recherche et innovation ;

- la compétitivité des PME ;

- la promotion d'une économie à faible teneur en carbone.

Le Conseil européen a décidé l'ajout d'un quatrième objectif : l'amélioration de l'accès aux technologies de l'information et de la communication (TIC), de leur utilisation et leur qualité.

Ce « fléchage » des fonds européens, - ou cette « concentration thématique » pour reprendre la terminologie européenne - est clairement inadapté aux réalités des RUP.

Les RUP doivent bien entendu prendre leur part à la stratégie « Europe 2020 » mais le retard accusé par certaines régions en termes d'infrastructures justifie de moduler l'intensité de cette participation, sur le fondement de l'article 349 du TFUE.

Comme le soulignaient nos collègues Simon Sutour et Yann Gaillard en 2011, « l'investissement des fonds structurels dans ces territoires doit pouvoir s'orienter vers les besoins locaux prioritaires, notamment en infrastructures, même si ces besoins ne correspondent pas précisément aux objectifs de la stratégie Europe 2020 que la Commission européenne souhaite voir poursuivis à travers la politique de cohésion »34(*).

Interrogé par votre rapporteur, M. Rodolphe Alexandre, président du conseil régional de la Guyane, souligne quant à lui que « la concentration imposée dans le prochain règlement FEDER (...) est absolument insoutenable pour des territoires en rattrapage tels que la Région Guyane, et risque de se traduire malheureusement par une forte sous-consommation des crédits. Comment demander à [la Guyane] de prioriser l'utilisation des crédits du FEDER sur ces quatre thèmes, alors que dans le même temps une proportion non négligeable d'habitants de notre territoire n'a même pas encore accès à l'eau et l'électricité ? »35(*). Autrement dit, « les objectifs assignés par la communication de la Commission sont, pour nombre d'entre eux, en inadéquation avec les réalités de nos populations, et les priorités de nos politiques publiques »36(*).

Le Parlement européen a adopté une position très proche en 2012, en soulignant que « la nécessité d'orienter les objectifs de la stratégie Europe 2020 vers l'exploitation de leurs potentiels et vers la croissance des secteurs d'excellence ne permet toutefois pas de faire l'impasse ni sur les obstacles structurels auxquels ces régions sont confrontées ni sur le rôle fondamental de développement joué par les secteurs traditionnels »37(*).

Il convient de noter par ailleurs que, s'agissant des crédits européens pouvant être mobilisés au titre de la coopération territoriale, la réforme de la politique de cohésion proposée par la Commission prévoit un assouplissement utile des conditions d'accès à ces fonds.

Cependant, certaines dispositions risquent de freiner l'intégration des DOM dans leur environnement géographique : il est en effet prévu que les crédits de coopération transfrontalière ne puissent être mobilisés au-delà de 150 kilomètres des frontières de l'Union. Il est inconcevable qu'une telle limite puisse être opposée aux RUP insulaires qui sont parfois éloignées de plusieurs centaines de kilomètres de tout continent.

III. DEUX PROPOSITIONS DE RÉSOLUTION EUROPÉENNE COMPLÉMENTAIRES, QUI CONSTITUENT UN SOUTIEN UTILE AU GOUVERNEMENT

Dans ce contexte européen décisif pour les RUP et en s'appuyant sur le constat de l'insuffisante prise en compte des réalités des RUP par l'UE, deux initiatives parallèles et complémentaires ont été prises au sein de notre Haute assemblée :

- nos collègues Roland du Luart et Georges Patient, ainsi que votre rapporteur, ont déposé, dans le cadre des travaux de la Délégation sénatoriale à l'outre-mer, une proposition de résolution européenne « de réaction » à la communication de la Commission européenne38(*) ;

- notre collègue Georges Patient a déposé, au nom de la commission des affaires européennes, une proposition de résolution sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises39(*).

A. LES DEUX INITIATIVES PARALLÈLES

1. La proposition de résolution initiée par la délégation sénatoriale à l'outre-mer sur la stratégie de l'UE pour les RUP

La Délégation sénatoriale à l'outre-mer, que votre rapporteur a l'honneur de présider, a souhaité prendre position sur le dossier majeur de l'avenir des RUP au sein de l'Union européenne et s'est saisie de la communication de la Commission européenne de juin 2012.

Elle a désigné deux rapporteurs, nos collègues Roland du Luart et Georges Patient, et a entendu le 11 octobre 2012 les deux députés européens représentant les RUP, MM. Younous Omarjee et Patrice Tirolien, ainsi que M. Vincent Bouvier, délégué général à l'outre-mer.

La proposition de résolution européenne n° 93 (2012-2013) constitue l'aboutissement de ces travaux.

Elle formule tout d'abord un certain nombre de constats. Parmi ces derniers, on peut relever notamment que la proposition de résolution :

- souligne que la communication de la Commission européenne constitue la troisième communication définissant la stratégie de l'UE pour les RUP en moins de 10 ans (alinéa 16) ;

- rappelle que l'article 349 du TFUE permet la mise en oeuvre de mesures spécifiques aux RUP afin de tenir compte de leurs réalités (alinéa 18) ;

- souligne que le POSEI est le seul véritable exemple d'instrument dédié aux RUP et que sa vocation initiale était plus large que le seul secteur de l'agriculture (alinéa 19) ;

- réaffirme la position constante du Sénat selon laquelle la politique commerciale de l'UE ne prend aucunement en compte les spécificités des RUP et constitue de ce fait une menace pour leur économie et une entrave pour leur intégration régionale (alinéa 20).

Nos collègues Roland du Luart et Georges Patient formulent ensuite plusieurs propositions de positions. La proposition de résolution :

- souligne le décalage entre la communication de la Commission européenne et les attentes des RUP (alinéa 22) ;

- relève les contradictions inhérentes à cette communication, liées notamment au fossé existant entre les objectifs stratégiques ambitieux fixés par la Commission et la nécessité de politiques de rattrapage, la politique de cohésion devant permettre de combler les retards des RUP en matière d'équipements structurants (alinéas 23 et 24) ;

- demande, dans ces conditions, l'assouplissement de la « concentration thématique », par le biais d'un quatrième objectif prioritaire laissé au libre choix de chaque région et de l'abaissement du taux de concentration (alinéa 26) ;

salue l'initiative du ministre des outre-mer lors de la Conférence des présidents des RUP en faveur d'un cadre global approprié pour les interventions communautaires dans les RUP (alinéa 29) ;

- appelle à ce qu'une attention particulière soit accordée à Mayotte dans le cadre de sa transformation en RUP et à ce que cette collectivité puisse bénéficier, sur le fondement de l'article 349 du TFUE, de larges dérogations (alinéa 32) ;

réaffirme une nouvelle fois, s'agissant de la politique commerciale, la nécessité de mise en cohérence des politiques de l'Union afin que les RUP ne soient plus la variable d'ajustement de leurs contradictions (alinéa 34).

2. La proposition de résolution de la commission des affaires européennes sur le financement des régions ultrapériphériques

Parallèlement à l'initiative de la Délégation sénatoriale à l'outre-mer, notre collègue Georges Patient a déposé, au nom de la commission des affaires européennes une proposition de résolution portant sur le financement des régions ultrapériphériques françaises et abordant deux dossiers majeurs : la politique de cohésion et l'octroi de mer.

Dans cette proposition de résolution, notre collègue Georges Patient formule plusieurs constats :

l'article 349 du TFUE permet un traitement spécifique en faveur des RUP, notamment en matière de politique fiscale et de conditions d'accès aux fonds structurels (alinéa 10) ;

les fonds européens contribuent de façon importante au développement des DOM (alinéa 11) ;

l'octroi de mer soutient la production locale de ces territoires (par le biais du différentiel entre les taux internes et externes), tout en constituant une part prépondérante des recettes fiscales des DOM (alinéas 12 et 13)

Cette proposition de résolution formule ensuite des prises de position, s'agissant de la politique de cohésion :

le cadre financier pluriannuel 2014-2020 doit illustrer la reconnaissance des RUP comme un atout pour l'UE, conformément à la communication de la Commission européenne de juin 2012 (alinéa 15) ;

- les taux de programmation des fonds structurels dans les DOM étant proches de ceux de l'Hexagone, la prétendue incapacité des RUP à consommer les fonds européens ne peut être un argument pour justifier une baisse des crédits destinés à ces régions (alinéa 16) ;

le niveau de l'allocation spécifique pour les RUP doit être maintenu et les RUP doivent être exonérés de toute conditionnalité et de tout fléchage pour l'utilisation de cette allocation (alinéas 17 et 18) ;

- la proposition de résolution européenne demande un « assouplissement de la concentration thématique », afin que les fonds structurels puissent réellement contribuer à financer les infrastructures dont les RUP ont besoin : la concentration thématique pourrait ainsi porter sur quatre et non plus trois objectifs, le quatrième devant être laissé au libre choix des régions (alinéa 20) ;

- elle appelle à ce que l'enveloppe budgétaire qui sera consacrée à Mayotte ne vienne pas en diminution de l'enveloppe prévue pour les RUP françaises (alinéa 25).

S'agissant de l'octroi de mer, la proposition de résolution européenne formule un certain nombre de recommandations qui s'adressent davantage au Gouvernement français qu'aux instances européennes. Parmi ces recommandations, la proposition de résolution :

- s'inquiète de l'incertitude quant à l'avenir de l'octroi de mer à seulement vingt mois de l'échéance du 1er juillet 2014 (alinéa 29) ;

- appelle le Gouvernement à entamer dès à présent le dialogue avec la Commission sur ce dossier (alinéa 30) ;

- suggère au Gouvernement de ne pas se borner à demander la prolongation de l'octroi de mer, et de présenter à la Commission européenne plusieurs options d'évolution, à l'exemple de la piste de la TVA locale (alinéas 31 et 32).

B. DEUX INITIATIVES BIENVENUES ET COMPLÉMENTAIRES QUI CONSTITUENT UN SOUTIEN AU GOUVERNEMENT

Votre rapporteur pour avis estime que les deux propositions de résolution constituent deux initiatives pleinement complémentaires.

Les contributions écrites transmises à votre rapporteur par les présidents des quatre conseils régionaux ultramarins - et qui figurent en annexe du présent rapport - confirment que :

la période est décisive pour les RUP au niveau européen ;

les propositions de la Commission en matière de politique de cohésion sont clairement inadaptées aux réalités des RUP et leur application sans modification serait même catastrophique pour ces régions ;

la communication de la Commission européenne est un document décevant, en retrait par rapport aux attentes de nos RUP et qui illustre la faible prise en compte des spécificités des RUP au niveau européen.

A la lecture de ces différentes contributions écrites, votre rapporteur ne peut que souligner la parfaite harmonie qui caractérise les deux propositions de résolution européenne et la position exprimée par la Conférence des présidents des RUP et plus particulièrement par les RUP françaises.

Par ailleurs, votre rapporteur souligne que ces deux propositions de résolution constituent un soutien utile au Gouvernement français dans le contexte de négociations qui s'annoncent difficiles à Bruxelles et, pour ce qui concerne l'octroi de mer, un appel à la mobilisation du Gouvernement.

Votre rapporteur souhaite formuler plusieurs observations complémentaires :

? Comme il l'avait indiqué dans son rapport sur la proposition de résolution européenne visant à obtenir la prise en compte des spécificités de la pêche des RUP françaises au niveau européen, il confirme que « l'article 349 du TFUE constitue le Graal des RUP »40(*).

Ce Graal reste cependant largement virtuel, comme cela a été exposé précédemment. Votre rapporteur ne peut donc qu'être en accord avec le député européen Younous Omarjee qui a indiqué devant la délégation sénatoriale à l'outre-mer : « la priorité des priorités, c'est l'article 349 et son champ d'application ».

En effet, la priorité du Gouvernement français doit être la reconnaissance par la Commission de la portée de cet article et « l'utilisation adéquate et systématique » de cet outil, pour reprendre les termes du rapport de M. Pedro Solbes Mira. Ce fondement juridique, inscrit dans le traité, doit permettre non seulement des dérogations mais également la mise en place de dispositifs dédiés afin de prendre en compte les contraintes particulières des RUP.

Votre rapporteur salue donc l'initiative lancée aux Açores par le ministre des outre-mer. Il se réjouit par ailleurs que notre collègue député Serge Letchimy se soit vu confier par le Gouvernement une mission portant sur l'article 349 du TFUE.

? S'agissant de la politique commerciale, votre rapporteur souligne que la proposition de résolution européenne initiée par la délégation sénatoriale à l'outre-mer reprend la position exprimée à plusieurs reprises par le Sénat.

Il souligne que la communication de la Commission européenne se borne à réaffirmer de bonnes intentions qui n'ont jamais été suivies d'effet et ne correspondent cependant en rien à la réalité de la politique commerciale menée par l'Union.

Il rappelle ainsi que, dès sa communication de 2004, la Commission européenne affirmait : « en ce qui concerne les nouveaux accords préférentiels de l'UE avec d'autres pays tiers, la Commission effectuera une analyse d'impact des effets de ces accords sur l'économie des régions ultrapériphériques »41(*). Il est donc troublant - et révélateur - de trouver huit ans plus tard des déclarations similaires dans la communication de la Commission.

? S'agissant de la politique de cohésion, votre rapporteur relève que les taux de programmation et de consommation des fonds structurels sont, contrairement à une idée répandue, du même ordre dans les DOM que dans l'Hexagone, comme l'a judicieusement souligné notre collègue Georges Patient dans l'exposé des motifs de la proposition de résolution qu'il a déposée au nom de la commission des affaires économiques.

Source : Proposition de résolution européenne n° 113 (2012-2013), p. 6.

Ces données démontrent que la prétendue faible capacité des RUP à consommer les fonds européens n'est pas vérifiée et qu'elle ne peut donc en aucun cas constituer une réduction des crédits accordés à ces régions.

? S'agissant enfin de l'octroi de mer, votre rapporteur souligne que la proposition de résolution européenne déposée par notre collègue Georges Patient au nom de la commission des affaires européennes constitue un appel à la mobilisation du Gouvernement.

Votre rapporteur regrette que ce dernier ne se soit pas davantage préoccupé, au cours du quinquennat écoulé, de l'avenir de l'octroi de mer. Comme l'indiquait en effet la mission commune d'information sur la situation des DOM, « la prorogation de ce régime par l'Union européenne dépend avant tout de la volonté de la France de le défendre »42(*). Il fait donc confiance au Gouvernement - et notamment aux ministres des outre-mer et des affaires européennes - pour s'investir totalement sur ce dossier essentiel pour nos outre-mer.

Votre rapporteur est cependant sceptique quant à la faisabilité de la mise en place d'une TVA régionale, mentionnée dans la proposition de résolution européenne déposée par la commission des affaires européennes, du fait des éléments portés dès 2009 à la connaissance de la mission commune d'information sur la situation des DOM43(*) :

- tout d'abord, l'octroi de mer ne pèse que sur les marchandises et pas sur les services. Le remplacer par une hausse de la TVA reviendrait donc à taxer davantage les services en outre-mer, secteur majeur pour le développement économique, alors même que la problématique de la vie chère est un enjeu essentiel pour nos concitoyens ultramarins. En outre, cet impôt, insusceptible d'être modulé par produit, ne pourrait jouer le rôle de préservation des productions locales ;

- ensuite, le produit de l'octroi de mer a été, on l'a vu, d'un peu plus d'un milliard d'euros en 2008, soit plus que le produit de la TVA dans les trois DOM où elle est applicable (900 millions d'euros). Le remplacement de l'octroi de mer conduirait à plus du doublement des taux de TVA et conduirait à étendre la TVA en Guyane ;

- enfin, l'adaptation du régime de la TVA aux DOM nécessiterait de longues négociations avec la Commission européenne, puisqu'il s'agit de l'impôt le plus intégré au niveau européen, tandis que le régime de l'octroi de mer est plus souple.

Votre rapporteur estime par ailleurs qu'évoquer cette piste dans un document qui s'adresse en priorité aux instances européennes pourrait laisser supposer que le Sénat renonce à la pérennisation de l'octroi de mer après le 1er juillet 2014, pérennisation pourtant souhaitée par les élus locaux et par la mission commune d'information de 2009.

En conséquence, votre commission a adopté un amendement de votre rapporteur à la proposition de résolution européenne sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises, afin, d'une part, de réaffirmer la nécessité pour le Gouvernement d'entreprendre un dialogue avec la Commission européenne pour assurer prioritairement la pérennisation de l'octroi de mer et, d'autre part, de supprimer toute référence à la TVA locale, sans pour autant fermer la porte à l'étude d'un dispositif alternatif qui, à terme et après évaluation rigoureuse de son impact, pourrait être envisagé.

A l'initiative de votre rapporteur, votre commission a adopté trois autres amendements de précision sur cette même proposition de résolution européenne.

Lors de sa réunion du 14 novembre 2012, la commission des affaires économiques, sous la présidence de M. Daniel Raoul, président, a examiné le rapport de M. Serge Larcher sur la proposition de résolution européenne n° 112 (2012-2013) relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020 et sur la proposition de résolution européenne n° 113 (2012-2013) sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises.

Elle a adopté à une large majorité :

la proposition de résolution relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020 sans modification, dont le texte figure ci-après ;

une nouvelle rédaction de la proposition de résolution sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises, dont le texte figure ci-après.

ANNEXE I - PROPOSITION DE RÉSOLUTION RELATIVE À LA STRATÉGIE EUROPÉENNE POUR LES RÉGIONS ULTRAPÉRIPHÉRIQUES À L'HORIZON 2020 - TEXTE DE LA COMMISSION

Le Sénat,

Vu l'article 88-4 de la Constitution,

Vu les articles 107, paragraphe 3, et 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne,

Vu la communication « Un partenariat renforcé pour les régions ultrapériphériques » présentée par la Commission européenne le 26 mai 2004,

Vu la communication « Les régions ultrapériphériques : un atout pour l'Europe » présentée par la Commission européenne le 17 octobre 2008,

Vu le rapport du Sénat n° 519 (2008-2009) fait au nom de la mission commune d'information sur la situation des départements d'outre-mer,

Vu le mémorandum conjoint des régions ultrapériphériques, « les RUP à l'horizon 2020 », signé le 14 octobre 2009 à Las Palmas de Gran Canaria,

Vu le mémorandum de l'Espagne, de la France, du Portugal et des régions ultrapériphériques signé le 7 mai 2010 à Las Palmas de Gran Canaria,

Vu les conclusions du Conseil Affaires générales du 14 juin 2010,

Vu la résolution n° 105 du Sénat (2010-2011) du 3 mai 2011 tendant à obtenir compensation des effets, sur l'agriculture des départements d'outre-mer, des accords commerciaux conclus par l'Union européenne,

Vu le rapport « Les régions ultrapériphériques européennes dans le marché unique : le rayonnement de l'UE dans le monde » remis le 12 octobre 2011 par M. Pedro Solbes Mira, à M. Michel Barnier, membre de la Commission européenne, chargé du Marché Intérieur et des Services,

Vu la résolution du Parlement européen du 18 avril 2012 sur le rôle de la politique de cohésion dans les régions ultrapériphériques de l'Union européenne dans le contexte de la stratégie « Europe 2020 »,

Vu la communication « Les régions ultrapériphériques de l'Union européenne : vers un partenariat pour une croissance intelligente, durable et inclusive » présentée par la Commission européenne le 20 juin 2012 ;

Vu la résolution n° 121 du Sénat (2011-2012) du 3 juillet 2012 visant à obtenir la prise en compte par l'Union européenne des réalités de la pêche des régions ultrapériphériques françaises,

Vu la déclaration finale de la XVIIIe Conférence des Présidents des régions ultrapériphériques de l'Union européenne tenue les 13 et 14 septembre 2012 aux Açores,

Considérant que le document publié le 20 juin dernier par la Commission européenne constitue la troisième communication définissant la stratégie de l'Union européenne (UE) pour les RUP en moins de dix ans,

Considérant que, comme l'a souligné de façon récurrente la Commission européenne, les régions ultrapériphériques (RUP) constituent un atout pour l'Europe et que, selon les termes de sa communication du 20 juin 2012, « toute stratégie en faveur des RUP doit reconnaître leur valeur pour l'UE dans son ensemble »,

Considérant que l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) permet l'édiction de mesures spécifiques aux RUP afin de prendre en compte leurs contraintes propres que sont « leur éloignement, l'insularité, leur faible superficie, le relief et le climat difficiles, leur dépendance économique vis-à-vis d'un petit nombre de produits »,

Considérant que le bilan du programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI), mis en place sur le fondement de l'article 349 du TFUE, est salué par tous, que ce programme, né au début des années 1990, constitue le seul véritable exemple d'instrument dédié aux RUP pour le financement de politiques sectorielles et qu'il voit son champ cantonné à l'agriculture par la Commission européenne en dépit d'une vocation initiale plus large,

Considérant que la politique commerciale de l'UE, qui ne prend aucunement en compte les réalités des RUP, constitue une menace pour l'économie de ces régions et entrave leur intégration régionale,

Déplore que la Commission européenne ait adopté sa communication avec un retard préjudiciable alors qu'avaient été respectivement publiées, dès juin 2011, ses propositions sur le cadre financier pluriannuel et, en octobre 2011, celles sur le paquet réglementaire relatif notamment à la politique de cohésion,

Constate que cette communication, au contenu largement redondant par rapport aux deux précédentes, est en décalage aggravé avec les attentes régulièrement exprimées par les RUP et les recommandations du rapport de M. Solbes Mira,

Estime que cette communication souffre d'une double contradiction :

- Une contradiction interne, entre des objectifs stratégiques, certes ambitieux puisque axés sur la compétitivité et l'innovation, mais potentiellement irréalistes s'ils sont exclusifs de politiques de rattrapage, dès lors qu'ils s'appliquent aux régions les moins développées, au sens de la politique de cohésion, politique qui doit viser dans les RUP prioritairement à combler les retards en matière d'équipements structurants,

- Une contradiction externe, puisque la concentration thématique imposée pour bénéficier d'un soutien financier exclut des secteurs traditionnels des économies des RUP qui doivent pourtant constituer le socle de développement de ces régions, socle indispensable à l'émergence de secteurs innovants,

Demande en conséquence un assouplissement de la concentration thématique pour les RUP, en intégrant dans le taux de concentration un quatrième objectif prioritaire laissé au libre choix de chaque région et en abaissant ce taux à un niveau plus adapté aux réalités de ces régions,

Note avec intérêt l'affirmation de la Commission selon laquelle « chaque RUP est différente et des pistes spécifiques doivent être envisagées pour chacune d'entre elles », les RUP étant jusqu'à présent appréhendées comme un ensemble homogène alors même que certaines présentent des singularités, comme le caractère continental d'un vaste territoire pour la Guyane,

Considère, à l'instar du Parlement européen, que l'article 349 du TFUE est très insuffisamment utilisé par l'UE et déplore la portée restrictive donnée à cet article par la Commission européenne,

Salue l'initiative du Gouvernement français, annoncée par le ministre des outre-mer lors de la Conférence des Présidents des RUP des 13 et 14 septembre 2012, visant, d'une part, à élaborer un cadre global approprié pour les interventions communautaires dans les RUP, qui pourrait prendre la forme d'un « règlement plurisectoriel en faveur du soutien aux filières d'avenir dans les RUP », et, d'autre part, à multiplier les déclinaisons sectorielles de l'article 349, permettant ainsi l'adaptation des politiques européennes aux réalités des RUP, et en particulier l'instauration de dérogations aux normes européennes pour leur approvisionnement en provenance de pays voisins,

Estime également indispensable que la révision des lignes directrices des aides à finalité régionale soit mise à profit, sur le fondement de l'article 107, paragraphe 3, du TFUE, pour renforcer la prise en compte effective des particularités des RUP en matière d'aides d'État, par le biais du maintien des taux actuels d'intensité et de l'éligibilité des aides au fonctionnement, ainsi que par l'instauration d'un seuil de minimis spécifique,

Appelle à ce que les règlements relatifs aux programmes horizontaux, tels que l'instrument financier pour l'environnement (LIFE), le programme Erasmus ou le programme « Horizon 2020 », permettent, sur le fondement de l'article 349 du TFUE, un accès privilégié des RUP à ces programmes, notamment par le biais d'un accompagnement approprié des porteurs de projets ou d'appels à projet spécifiques,

Estime qu'une attention particulière doit être accordée par la Commission européenne à Mayotte, dans le cadre de la transformation de cette collectivité en RUP, et que l'article 349 du TFUE justifie l'octroi de larges dérogations à cette collectivité,

Relève que les objectifs affichés dans la communication par la Commission européenne de prise en compte des réalités des RUP dans la mise en oeuvre des politiques sectorielles, au premier rang desquelles la politique commerciale, constitueraient un changement de cap radical par rapport à son orientation actuelle dont on ne pourrait que se féliciter,

Appelle une nouvelle fois à la mise en cohérence entre elles des politiques européennes afin que les RUP ne constituent plus la variable d'ajustement de leurs contradictions.

ANNEXE II - PROPOSITION DE RÉSOLUTION SUR L'UNION EUROPÉENNE ET LE FINANCEMENT DES RÉGIONS ULTRAPÉRIPHERIQUES FRANÇAISES - TEXTE DE LA COMMISSION

Le Sénat,

Vu l'article 88-4 de la Constitution,

Vu l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne,

Vu la décision du Conseil du 10 février 2004 relative au régime de l'octroi de mer dans les départements français d'outre-mer et prorogeant la décision 89/688/CEE,

Vu la décision de la Commission du 23 octobre 2007 autorisant le régime d'aide d'État de l'octroi de mer (C (2007) 5115 final),

Vu le rapport n° 519 (2008-2009) de la mission commune d'information outre-mer du Sénat « Les DOM, défi pour la République, chance pour la France, 100 propositions pour fonder l'avenir »,

Vu la résolution européenne du Sénat n° 65 (2011-2012) du 5 février 2012 sur les propositions de règlements relatifs à la politique européenne de cohésion 2014-2020,

Vu la proposition de règlement du Conseil fixant le cadre financier pluriannuel pour la période 2014-2020 présentée par la Commission européenne le 29 juin 2011 (COM (2011) 398 final) et sa modification en date du 6 juillet 2012 (COM (2012) 388 final),

Vu la communication de la Commission européenne : « Les régions ultrapériphériques de l'Union européenne : vers un partenariat pour une croissance intelligente, durable et inclusive » du 20 juin 2012 (COM (2012) 287 final),

Considérant le traitement spécifique que l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne prévoit pour les régions ultrapériphériques, notamment en matière de politique fiscale et de conditions d'accès aux fonds structurels ;

Considérant l'importante contribution qu'apporte le soutien financier européen au développement des départements d'outre-mer français ;

Considérant le soutien que le différentiel entre les taux internes et externes de l'octroi de mer dans les RUP permet d'apporter à la production locale de ces territoires ;

Considérant la part prépondérante que représentent les recettes issues de l'octroi de mer dans les recettes fiscales des DOM ;

- Concernant la politique de cohésion et le cadre financier pluriannuel 2014-2020 :

Souhaite que le cadre financier pluriannuel 2014-2020 traduise concrètement la reconnaissance des régions ultrapériphériques (RUP) comme un atout pour toute l'Union européenne, conformément à la communication de la Commission de juin 2012 ;

Fait valoir que les taux de consommation des fonds structurels dans les DOM sont du même ordre que dans l'hexagone et que, de ce fait, la capacité des RUP à consommer les fonds européens ne peut être sérieusement invoquée pour justifier une baisse des crédits alloués à ces régions ;

Demande le maintien, dans le cadre financier pluriannuel 2014-2020, de l'allocation spécifique pour les régions ultrapériphériques et à faible densité de population au niveau qui est le sien dans l'actuelle période de programmation ;

Défend un régime dérogatoire permettant d'exonérer de toute conditionnalité et de tout fléchage l'utilisation de cette allocation spécifique destinée à compenser les handicaps des RUP au titre de l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) ;

Propose d'aligner le taux de cofinancement de l'allocation spécifique aux RUP sur celui de 85 %, prévu pour les autres fonds structurels dans ces régions ;

Soutient un assouplissement de la concentration thématique pour l'emploi des fonds structurels dans les RUP, afin que ces fonds contribuent à l'investissement dans les infrastructures locales dont ces régions continuent d'avoir besoin, et propose que soit intégré dans le taux de concentration thématique un quatrième objectif prioritaire laissé au libre choix de chaque région et que ce taux soit abaissé à un niveau plus adapté aux réalités locales ;

Souligne la nécessité de faciliter la coopération transfrontière en permettant aux RUP insulaires de pouvoir mobiliser les crédits, qui y sont destinés, au-delà de la limite prévue de 150 kilomètres ;

Appelle à une meilleure articulation entre le FEDER et le Fonds européen de développement pour faciliter les projets de coopération territoriale entre les RUP et les États voisins de ces régions ;

Fait observer que la nécessité reconnue par la Commission européenne de promouvoir l'intégration régionale des RUP n'est pas cohérente avec l'application stricte des normes européennes dans ces régions et appelle en conséquence des adaptations de ces normes afin de mieux prendre en compte les réalités locales ;

Estime que le mécanisme pour l'interconnexion en Europe que la Commission propose de créer dans le cadre financier 2014-2020 pourrait opportunément être mobilisé au profit des RUP afin de soutenir le déploiement des réseaux de transport, d'énergie et de télécommunications dans ces régions ;

Insiste pour que l'enveloppe budgétaire qui sera consacrée à Mayotte, qui deviendra RUP au 1er janvier 2014, ne vienne pas en diminution de l'enveloppe aujourd'hui prévue pour les RUP françaises ;

Juge nécessaire de préparer Mayotte à l'utilisation des fonds structurels et, à cette fin, d'assister ce département dans l'élaboration d'un plan global de développement auquel contribueraient ces fonds ;

- Concernant l'octroi de mer :

Recommande d'améliorer les moyens statistiques des DOM afin de fiabiliser l'évaluation de l'efficacité de l'octroi de mer au regard de son objectif premier, le développement local ;

S'inquiète de l'incertitude qui règne à seulement vingt mois de l'échéance du 1er juillet 2014, date à laquelle s'éteindra la prorogation, accordée par le Conseil en 2004, du régime de l'octroi de mer ;

Appelle le Gouvernement à entreprendre sans délai un dialogue avec la Commission européenne pour assurer prioritairement, sur le fondement de l'article 349 du TFUE, la pérennisation de l'octroi de mer après le 1er juillet 2014 et, le cas échéant, prévoir la mise en place d'un régime fiscal dérogatoire alternatif permettant de soutenir le développement des DOM sans fragiliser les recettes fiscales des collectivités territoriales.

ANNEXE III - EXAMEN EN COMMISSION (MERCREDI 14 NOVEMBRE 2012)

La commission examine le rapport et les textes de la commission sur la proposition de résolution européenne n° 112 (2012-2013) relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020 et sur la proposition de résolution européenne n° 113 (2012-2013) sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises.

M. Serge Larcher, rapporteur. - J'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui mon rapport sur les deux propositions de résolution européenne dont nous avons débattu la semaine dernière avec la commission des affaires européennes et la délégation sénatoriale à l'outre-mer, à savoir la proposition de résolution européenne, initiée par la délégation sénatoriale à l'outre-mer et déposée par nos collègues Roland du Luart et Georges Patient, relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020 et la proposition de résolution européenne, déposée par notre collègue Georges Patient au nom de la commission des affaires européennes, portant sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises.

Je souhaite tout d'abord vous rappeler ce que sont les régions ultrapériphériques (RUP) : on compte cinq RUP françaises (les quatre départements d'outre-mer ainsi que la collectivité de Saint-Martin, deux RUP portugaises (les régions autonomes des Açores et de Madère) et une RUP espagnole (la communauté autonome des Canaries). Enfin, Mayotte deviendra une RUP le 1er janvier 2014.

Les RUP font partie intégrante du territoire de l'Union européenne et le droit communautaire s'applique donc à elles. Elles se différencient en cela des pays et territoires d'outre-mer (PTOM), comme Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna ou la Nouvelle-Calédonie, sur le territoire desquels le droit communautaire ne s'applique pas.

Pourquoi ces deux propositions de résolution européenne ont-elles été déposées ? La réponse est simple : la période actuelle est décisive pour l'avenir des RUP.

Tout d'abord, les négociations sur le cadre financier pluriannuel de l'Union sont d'une importance capitale pour les RUP.

Le 29 juin 2011, la Commission européenne a publié ses premières propositions sur le cadre financier pluriannuel pour 2014-2020, autrement dit le budget de l'Union européenne pour les sept années à venir. Les négociations sont en cours depuis lors et le Conseil européen des 22 et 23 novembre prochain pourrait constituer un tournant.

Le cadre financier fixera notamment le montant que l'Union consacrera à sa politique de cohésion : il s'agit d'une politique vitale pour les régions ultrapériphériques.

Les RUP françaises ont ainsi bénéficié sur la période 2007-2013 de près de 3,2 milliards d'euros, dont 1,8 milliard d'euros au titre de l'objectif « convergence », qui vise les régions de l'UE les moins favorisées, et 484 millions d'euros au titre de l'allocation de compensation spécifique aux RUP et aux régions septentrionales.

Vous comprenez aisément pourquoi les négociations en cours représentent un enjeu majeur pour les RUP.

Ensuite, la Commission européenne a publié en juin dernier une communication intitulée « les régions ultrapériphériques de l'Union européenne : vers un partenariat pour une croissance intelligente, durable et inclusive ». Dans ce document, la Commission a présenté la stratégie de l'Union pour les RUP : il s'agit du troisième document de ce type en moins de dix ans.

Enfin, dernier élément de contexte, le 1er juillet 2014 constitue une échéance décisive pour l'octroi de mer.

Ce dernier est une taxe spécifique aux départements d'outre-mer : il s'agit d'un impôt sur les marchandises, permettant de taxer les importations et les productions locales - ces dernières étant cependant moins taxées.

La spécificité de cet impôt est qu'il finance les collectivités territoriales, le montant total des recettes atteignant plus d'un milliard d'euros. L'octroi de mer représente par exemple près d'un tiers des recettes des communes des DOM.

Or, l'octroi de mer déroge au principe européen de libre circulation des marchandises. En 2004, le Conseil n'a autorisé son maintien que jusqu'en 2014. Au vu des montants en jeu, l'avenir de l'octroi de mer est un sujet d'inquiétude pour tous les élus locaux des DOM.

Au-delà de ce contexte, les deux propositions de résolution interviennent alors que les représentants des RUP ne cessent de souligner que les réalités de ces régions sont insuffisamment prises en compte au niveau européen.

Un outil juridique existe pourtant : l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) qui permet la mise en oeuvre de mesures spécifiques en faveur des RUP, ceci afin de tenir compte de leurs handicaps.

Cet article est cependant très insuffisamment utilisé, comme l'ont souligné tant le Parlement européen dans une résolution datant d'avril 2012 que l'excellent rapport d'octobre 2011 de l'ancien ministre et ancien commissaire espagnol, M. Pedro Solbes Mira.

Seul un dispositif de soutien existe réellement : il s'agit du programme d'option spécifique à l'éloignement et à l'insularité, le POSEI. Il a été conçu dans une logique plurisectorielle mais son champ a été restreint à l'agriculture.

Dans ces conditions, on ne peut que saluer l'initiative prise par le Gouvernement français en septembre dernier. Le ministre des outre-mer a lancé une initiative à l'occasion de la Conférence des présidents des RUP, afin de mettre en place, je cite, « un cadre global approprié pour les interventions communautaires dans les RUP ». Ce cadre se concrétiserait par la mise en place d'un programme de type POSEI d'aides aux entreprises dans les filières d'avenir. Cette initiative rejoint les préoccupations exprimées à maintes reprises par les représentants des RUP.

Je souhaite également rappeler que le Sénat s'est prononcé solennellement à deux reprises au cours des deux dernières années sur la prise en compte des spécificités des RUP : en mai 2011, il s'agissait de demander la compensation des effets, sur l'agriculture des DOM, des accords commerciaux conclus par l'Union européenne avec des pays sud-américains ; en juillet 2012, il s'agissait d'obtenir la prise en compte par l'Union européenne des réalités de la pêche des RUP françaises.

A l'occasion de ces deux résolutions, le Sénat a appelé à une plus grande utilisation de l'article 349 et a dénoncé l'incohérence de la politique commerciale de l'Union avec les autres politiques sectorielles.

L'action du Sénat n'a d'ailleurs pas été vaine : en matière de pêche, le Conseil des ministres du 24 octobre 2012 a adopté une orientation générale qui comprend plusieurs avancées allant dans le sens de la création d'un véritable « POSEI pêche », qui correspondent aux demandes formulées par le Sénat dans la résolution de juillet 2012.

Cependant, la communication de la Commission de juin 2012 et les propositions de la Commission s'agissant de la politique de cohésion constituent deux nouvelles illustrations du défaut de prise en compte des réalités des RUP par la Commission européenne.

S'agissant de la communication de la Commission, elle est en net décalage avec les attentes des RUP. En tant que rapporteur, j'ai sollicité les présidents des quatre conseils régionaux des DOM : ces derniers sont unanimes dans leur critique de ce document, jugé sans ambition et sans mesures concrètes en faveur des RUP.

Plus précisément, ce document illustre les contradictions de la stratégie de l'Union à l'égard des RUP : la Commission reconnaît que ces régions constituent un atout pour l'Europe. Elle fixe des objectifs stratégiques ambitieux, en termes de compétitivité ou d'innovation, mais parle bien peu des politiques de rattrapage dont ces régions ont besoin.

S'agissant de la politique de cohésion, la Commission européenne propose notamment une baisse de 43 % de l'allocation spécifique aux RUP et que 50 % du FEDER soient consacrés à trois objectifs : la recherche, la compétitivité des PME et la promotion d'une économie à faible teneur en carbone. Sous l'impulsion du Conseil, un quatrième objectif a été ajouté : l'amélioration de l'accès aux technologies de l'information et de la communication (TIC).

Ce fléchage, ou cette « concentration thématique » pour reprendre le vocabulaire communautaire, est inadapté aux réalités des RUP. Comme l'indiquaient nos collègues Yann Gaillard et Simon Sutour dans un rapport fait en 2011 au nom de la commission des affaires européennes, je cite, « l'investissement des fonds structurels dans ces territoires doit pouvoir s'orienter vers les besoins locaux prioritaires, notamment en infrastructures ».

Les deux propositions de résolution interviennent donc dans ce contexte.

La proposition de résolution initiée par la délégation sénatoriale à l'outre-mer constitue un texte de « réaction » suite à la communication de la Commission européenne : elle souligne notamment le décalage entre la communication de la Commission européenne et les attentes des RUP ; elle note les contradictions inhérentes à cette communication, notamment le fossé existant entre les objectifs stratégiques très ambitieux et les nécessaires politiques de rattrapage ; elle demande l'assouplissement de la concentration thématique ; elle salue l'initiative prise par le ministre des outre-mer ; elle réaffirme, enfin, la nécessité d'une véritable mise en cohérence des politiques communautaires, et notamment de la politique commerciale avec les autres politiques communautaires.

S'agissant de la proposition de résolution de la commission des affaires européennes, les éléments suivants me paraissent particulièrement importants : le cadre financier pluriannuel 2014-2020 doit illustrer concrètement la reconnaissance des RUP comme un atout pour l'Europe, en cohérence avec la communication de la Commission européenne ; la proposition de résolution demande le maintien du niveau de l'allocation spécifique pour les RUP, ainsi que l'assouplissement de la concentration thématique ; s'agissant de l'octroi de mer, le texte invite le Gouvernement à entamer dès à présent le dialogue avec la Commission sur ce dossier ;

Au terme de mes travaux, j'estime que ces deux propositions de résolution sont deux initiatives bienvenues et pleinement complémentaires : elles constituent à mes yeux un soutien utile au Gouvernement dans le cadre des négociations en cours au niveau européen et, pour ce qui concerne l'octroi de mer, un appel à la mobilisation du Gouvernement.

Comme je vous l'indiquais, j'ai sollicité les présidents des quatre conseils régionaux d'outre-mer : à la lecture de leurs contributions, je ne peux que souligner leur parfaite harmonie avec les deux propositions de résolution.

Je souhaite formuler quelques observations complémentaires.

Tout d'abord, à mes yeux, l'article 349 constitue le véritable « Graal » des RUP. Il reste cependant quelque peu virtuel : la priorité du Gouvernement français doit donc être la reconnaissance par la Commission européenne de la portée de cet article et son « utilisation adéquate et systématique », pour reprendre les termes figurant dans le rapport de M. Pedro Solbes Mira ;

S'agissant ensuite de la politique commerciale, la proposition de résolution européenne reprend la position exprimée à plusieurs reprises par notre Haute assemblée. Je ne peux que rappeler l'impact potentiellement dévastateur de la politique commerciale de l'Union sur les petites économies ultramarines.

S'agissant de la politique de cohésion, je souhaite souligner que les taux de consommation des fonds structurels sont, contrairement à une idée répandue - notamment à Bruxelles - du même ordre dans les DOM que dans l'Hexagone. La prétendue faible capacité des RUP à consommer les fonds européens n'est donc qu'un mirage.

Enfin, s'agissant de l'octroi de mer, la proposition de résolution de la commission des affaires européennes s'adresse davantage au Gouvernement français qu'aux institutions européennes. Je regrette d'ailleurs que, sous le précédent quinquennat, celui-là se soit désintéressé de cette question pourtant essentielle pour les collectivités territoriales d'outre-mer.

Le texte de la commission des affaires européennes semble en effet renoncer à la prolongation de l'octroi de mer au-delà du 1er juillet 2014, ce qui constitue pourtant la position du Gouvernement actuel et le souhait des élus locaux ultramarins, pour privilégier des pistes alternatives dont la faisabilité et l'impact sur les populations et les collectivités ultramarines n'a pas été expertisée. La proposition de résolution pourrait donc affaiblir le Gouvernement dans ses négociations avec la Commission européenne.

S'agissant de la piste de la TVA régionale comme solution de substitution à l'octroi de mer, je suis ainsi sceptique : l'octroi de mer ne pesant pas sur les services, un tel remplacement conduirait à taxer les services, ceci dans un contexte où la vie chère est un sujet de préoccupation quotidien pour nos concitoyens ultramarins ; par ailleurs, le remplacement de l'octroi de mer conduirait à plus que le doublement du taux actuel de la TVA dans les trois départements où elle est applicable...

Je vous proposerai donc un amendement visant réaffirmer le souhait du Sénat de voir l'octroi de mer prolongé au-delà du 1er juillet 2014. Quoiqu'il en soit, la balle est aujourd'hui dans le camp du Gouvernement : il doit présenter à la Commission européenne un dossier solide justifiant le dispositif.

En conclusion, vous comprendrez aisément que je vous propose d'adopter ces deux propositions de résolution européenne, sous réserve de quelques modifications pour ce qui concerne le texte de la Commission des affaires européennes.

L'objectif est clair : pour reprendre les termes de M. Rodolphe Alexandre, président du conseil régional de la Guyane, il s'agit de mettre en place, je cite, « une Europe plus pragmatique, plus efficace, davantage au fait des préoccupations réelles des populations de ses régions ultrapériphériques et soucieuse d'y apporter des réponses adaptées ».

M. Daniel Raoul, président. - Une petite remarque suite au débat de la semaine dernière avec la commission des affaires européennes : il me semble que l'octroi de mer est une « super-TVA ». Alors que cette recette est essentielle pour les collectivités territoriales, elle n'est pas neutre dans le contexte des débats sur la « vie chère ».

M. Serge Larcher, rapporteur. - L'octroi de mer date de Colbert. Il pèse sur les produits importés mais aussi sur les produits locaux. Son produit finance les collectivités territoriales. Aux yeux de la Commission européenne, cette taxe peut apparaître comme un droit de douane : c'est pour cela que l'assiette a été élargie aux produits locaux.

L'octroi de mer ne pèse pas sur la valeur ajoutée. La TVA frappe à l'opposé tous les produits, y compris les services. Dans un contexte de vie chère, une éventuelle augmentation toucherait donc les services. Sachant que le produit de l'octroi de mer ne peut être obtenu que par plus qu'un doublement de la TVA, l'impact serait donc dévastateur sur l'économie et sur la population.

Il y a un autre problème : la TVA rentre dans les caisses de l'État. Comment s'assurer que cette recette sera reversée de façon pérenne aux collectivités territoriales ?

La Commission européenne n'est pas opposée au dispositif de l'octroi de mer. Un système équivalent existe d'ailleurs aux Canaries et les autorités nationales espagnoles ont pu démontrer l'utilité de ce dispositif. Le Gouvernement français, malgré la mobilisation des élus ultramarins, n'a produit en 2008 qu'un rapport lacunaire. La Commission est donc dans l'attente d'un rapport montrant que l'octroi de mer est utile. Nous sommes aujourd'hui dos au mur, alors même que plus du tiers des recettes des communes est financé par l'octroi de mer.

La proposition de résolution européenne de la commission des Affaires européennes s'adresse donc plus au Gouvernement qu'aux institutions européennes, pour ce qui concerne l'octroi de mer.

La commission passe ensuite à l'examen des deux propositions de résolution n° 112 (2012-2013) et n° 113 (2012-2013).

M. Michel Bécot. - Le groupe UMP s'abstiendra sur ces deux propositions de résolution.

M. Daniel Raoul, président. - Je m'étonne de cette décision, alors que M. Roland du Luart est un des auteurs de la proposition de résolution n° 112.

La proposition de résolution européenne n° 112 relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020 est adoptée sans modification.

M. Serge Larcher, rapporteur. - Je rappelle à nos collègues du groupe UMP que ces deux propositions de résolution européenne ont été adoptées, la semaine dernière, à l'unanimité de la commission des affaires européennes.

Puis la commission examine quatre amendements déposés par le rapporteur sur la proposition de résolution n° 113 (2012-2013).

Alinéa 16

M. Serge Larcher, rapporteur. - L'amendement COM-2 est un amendement de précision.

L'amendement COM-2 est adopté.

Alinéa 20

M. Serge Larcher, rapporteur. - L'amendement COM-1 vise à aligner les deux propositions de résolution européenne sur la question de la concentration thématique : il convient de demander la concentration exigée intègre d'un quatrième objectif prioritaire laissé au libre choix de chaque région et d'abaisser le taux de concentration à un niveau plus adapté aux réalités locales.

L'amendement COM-1 est adopté.

Alinéa 22

M. Serge Larcher, rapporteur. - L'amendement COM-3 est un amendement de précision.

L'amendement COM-3 est adopté.

Alinéa 30

M. Serge Larcher, rapporteur. - S'agissant de l'amendement COM-4, comme je l'ai dit précédemment, la proposition de résolution européenne déposée par la commission des affaires européennes porte notamment sur la problématique de l'octroi de mer. A mes yeux, il s'agit avant tout d'un sujet franco-français. Par ailleurs, la proposition de résolution semble renoncer à la prolongation de l'octroi de mer, pourtant souhaitée par les élus locaux ultramarins et qui avait été demandée par la mission sénatoriale de 2009 sur la situation des DOM. Le texte pourrait par ailleurs affaiblir la position du Gouvernement français face à la Commission européenne en suggérant la mise en place de dispositifs dérogatoires alternatifs dont la faisabilité technique et l'impact pour les populations et les collectivités ultramarines n'ont nullement été expertisés.

Cet amendement vise donc à réaffirmer qu'il convient que le Gouvernement obtienne la pérennisation de l'octroi de mer au-delà de 2014 ou, le cas échéant, la mise en place d'un régime fiscal dérogatoire alternatif permettant de soutenir le développement des DOM sans fragiliser les recettes fiscales des collectivités locales.

M. Daniel Raoul, président. - Pourquoi supprimer les alinéas 31, 32 et 33 ?

M. Serge Larcher, rapporteur. - Il convient de supprimer ces alinéas qui semblent renoncer à la pérennisation de l'octroi de mer et évoquent la solution de la TVA locale.

M. Daniel Raoul, président. - Pourquoi supprimer le dernier alinéa sur Mayotte ?

M. Serge Larcher, rapporteur. - La question de la mise en place de l'octroi de mer à Mayotte est un sujet franco-français. Mayotte deviendra une RUP en 2014. Il me semble inopportun d'indiquer dans une résolution que le Sénat s'interroge sur la mise en place de l'octroi de mer à Mayotte.

L'amendement COM-4 est adopté.

M. Serge Larcher, rapporteur. - Pour rassurer nos collègues de l'opposition, je souhaite rappeler que Mme Marie-Luce Penchard, ministre de l'outre-mer, disait en septembre 2011 : « il importe désormais de concentrer nos efforts sur la pérennisation de ce régime de l'octroi de mer ». Il y a donc une certaine continuité politique sur ce sujet.

La proposition de résolution n° 113 sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises, ainsi modifiée, est adoptée.

ANNEXE IV - DÉCLARATION FINALE DE LA XVIIIÈME CONFÉRENCE DES PRÉSIDENTS DES RÉGIONS ULTRAPÉRIPHÉRIQUES DE L'UNION EUROPÉENNE

Ce document est consultable en format pdf.

ANNEXE V - CONTRIBUTION DE MME JOSETTE BOREL-LINCERTIN, PRÉSIDENTE DU CONSEIL RÉGIONAL DE LA GUADELOUPE

Ce document est consultable en format pdf.

ANNEXE VI - CONTRIBUTION DE M. RODOLPHE ALEXANDRE, PRÉSIDENT DU CONSEIL RÉGIONAL DE LA GUYANE

Cayenne, le 22 octobre 2012

Le président de la Région Guyane

A

Monsieur le Sénateur-Maire de Mana

Objet : Position de la Région Guyane sur la communication de la Commission Européenne datée du 20 juin 2012, relative l'avenir des régions ultrapériphériques (RUP).

I. Constats transversaux

L'avenir des Régions ultrapériphériques dans le marché commun, et notamment le contenu des enveloppes budgétaires susceptibles de leur être allouées dans le cadre du prochain paquet budgétaire 2014/2020, ont fait l'objet d'intenses échanges entre les régions et les instances communautaires depuis plus de deux ans désormais (mémorandum conjoint des régions ultrapériphériques du 14 octobre 2009, mémorandum de la France, de l'Espagne et du Portugal du 7 mai 2010, publication en 2011 du rapport Solbes).

La communication de la Commission qui en résulte, conçue pour synthétiser l'ensemble des préconisations de la stratégie Europe 2020 destinée à soutenir le développement des Régions ultrapériphériques et à leur permettre de participer, au sein de l'Union européenne, à un processus de croissance « intelligente, durable, et inclusive », traduit à cet égard, en dépit de la qualité et de la précision des propositions formulées par les Régions, une grande rigidité de la DG Régio et un manque d'ambition dans l'élaboration des objectifs.

La pauvreté des réponses apportée est aussi bien constatée dans la formulation de propositions que dans la recherche de solutions aux effets des contraintes caractéristiques des RUP sur nos économies. Ainsi, les efforts de ces régions, pour faire face à la crise et contribuer au processus de convergence européen, ne sont pas soutenus avec des propositions réalistes et originales par la Commission européenne, en sa qualité d'institution porteuse de l'initiative législative.

Deux éléments viennent illustrer ce constat avec une particulière acuité :

· La «philosophie» qui sous-tend la communication de la Commission demeure l'accompagnement des régions dans la convergence vers le marché commun et la transposition progressive des instruments juridiques communautaires de droit commun (et non la prise en compte pérenne et la valorisation des spécificités des RUP avec le souci de l'adaptation des politiques et des outils). Aini, la transposition du droit commun est préférée à l'adoption de cadres sectoriels spécifiques permettant d'exploiter au maximum tout le potentiel de la base juridique offerte par l'article 349 du TFUE.

· La comunication intervient au moment où les propositions législatives sont déjà très avancées et donc les marges de manoeuvre réduites. Le rôle du Groupe Intrerservices RUP au sein de l'institution se révèle à cet égard inexistant.

II. Points positifs

Un certain nombre d'acquis apparaissent néanmoins préservés et certaines mesures annoncées semblent aller dans le bon sens,. Il en va ainsi à notre avis

- Du maintien des régimes dérogatoires d'aides d'Etat de l'article 107 ;

- De la meilleure prise affirmée en compte des contraintes d'accessibilité au marché commun, sans que les modalités pratiques ne soient toutefois précisées ;

- De l'ambition affichée au renouvellement des outils d'intégration régionale tels que les programmes de voisinage ou les accords de partenariat économiques ;

- De la possibilité ouverte de mettre en place un programme sectoriel bois au sein du FEDER (allocation spécifique de compensation des curcoûts), par transposition de la méthodologie POSEI (l'extension pure et simple du champ d'application du POSEI n'ayant pas été possible).

III. Constats négatifs persistants

En, dépit de ces quelques points positifs, la communication n'a malheureusement pas apporté de réponse aux questions essentielles soulevées par les RUP :

- 1). L'adaptation de la concentration thématique

La concentration imposée dans le prochain règlement FEDER de 50 % des crédits sur les 4 mesures earmarkées (recherche, innovation, nouvelles technologie et soutien à la compétivité) est absolument insoutenable pour des territoires en ratrappage tels que la Région Guyane, et risque de se traduire malheureusement par une forte sous-consommation de crédits. Comment demander à notre Région de prioriser l'utilisation des crédits du FEDER sur ces quatre thèmes, alors que dans le même temps une proportion non négligeable d'habitants de notre territoire n'a même pas encore accès l'eau et l'électricité ?

Il conviendrait à tout le moins d'obtenir la prise en compte d'une vision élargie de la notion « d'innovation », par exemple l'éligibilité aux financements de certaines techniques de construction ou de gestion en milieu équatorial au sein de programmes d'infrastructures de base. Les réponses attendues  sur ce point ne nous sont pas parvenues.

De même, la Région a clairement exprimé le souhait de préserver le financement de l'aménagement foncier comme l'un des axes majeurs de la politique de soutien à la compétitivité des PME / PMI. A ce stade, les programmes d'immobilier d'entreprise ne seraient pas éligibles sur cette nesure.

Enfin, il conviendrait d'obtenir l'inclusion des transports en commun urbains et ruraux dans la mesure de soutien à l'efficacité énergétique ;

- 2) Le maintien de l'enveloppe spécifique de compensation des surcoûts (FEDER RUP)

Il conviendrait que cette enveloppe puisse être restaurée au moins à hauteur des engagements budgétaires actuels sur le paquet financier 2014/2020, et qu'elle puise bénéficier d'une exonération aux principes de concentration thématique.

A ce stade, la baisse de l'enveloppe de 44 % ne semble pas remise en cause.

- 3) De manière plus transversale, la prise en compte des spécificités des Régions ultrapériphériques dans leur environnement normatif régional demeure fragile,

Le chantier des adaptations réglementaires requises pour favoriser l'insertion dans leur environnement régional n'a pas été ouvert de façon pertinente. Les modalités de coordination FED - FEDER envisagées et réaffirmées dans la communication du 20 juin demeurent aux stades d'idées et n'ont pas, à ce jour, trouvé de concrétisation opérationnelle.

Il conviendrait donc enfin d'amorcer une véritable démarche en vue de prendre en compte l'environnement normatif de nos territoires, et permettre, par exemple, aux camions brésiliens de franchir le Pont sur l'Oyapock et de circuler librement en Guyane.

- 4). Enfin, aucune indication n'est donnée non plus dans cette communication sur l'avenir de l'octroi de mer.

L'octroi de mer reste à ce jour un outil indispensable à la Collectivité régionale, tant du point de vue des recettes qu'il lui permet de collecter qu'en tant que levier destiné à soutenir la production locale ; les mentions de ce dossier au sein de la communication du 20 juin 2012 demeurent, à ce titre, particulièrement floues, voire inquiétantes.

IV. Conclusion

Il apparaît donc désormais urgent de poser les bases d'une réflexion de fond sur ce que sont, en réalité, les Régions ultrapériphériques; sur le rôle qu'elles peuvent être amenées à jouer au sein de l'Union européenne, et sur une articulation qui reste à optimiser entre elles et l'ensemble de l'Union.

Les Régions Ultrapériphériques sont des entités absolument hétérogènes, qui ont en commun de faire partie de l'Union européenne tout en ayant des spécificités et des handicaps structurels sans commune mesure avec les pays de l'Europe continentale.

Les constats précédents mettent en exergue une évidence : les objectifs assignés par la Communication de la Commission sont, pour nombre d'entre eux, en inadéquation avec les réalités de nos populations, et les priorités de nos politiques publiques.

Aussi, il a été demandé lors de la conférence des Présidents des RUP qui s'est déroulée début octobre 2012 aux Açores, à la Commission européenne, au Parlement, et aux Etats membres, d'accompagner la Région Guyane dans sa volonté d'affronter les difficultés les plus pénalisantes de notre territoire, et de s'interroger sur les orientations qu'elle pourra être amenée à prendre afin de permettre à ses habitants de pouvoir espérer, pour eux et pour leurs enfants, de bénéficier, un jour, d'une qualité de vie digne d'une véritable région européenne.

Malgré toutes ces réserves, la Guyane entend apporter toute sa contribution à la stratégie d'une croissance « intelligente, durable et inclusive » qui est celle de l'Europe 2020. Elle ne manque pas d'atouts pour ce faire, qu'il s'agisse du spatial, des nombreux programmes de recherche autour de la préservation et la valorisation de la biodiversité, ou encore de la dynamique d'innovation qui accompagne la structuration du tissu industriel, contribuant à sa compétitivité et à la création d'emploi. Il convient aussi de rappeler que la Guyane a été l'une des premières régions ultrapériphériques à se doter d'une stratégie régionale d'innovation.

La démarche avancée lors de la dernière conférence des régions ultrapériphériques, et que je vous remercie de relayer, est donc avant tout une démarche positive. Il s'agit d'un appel à une Europe plus pragmatique, plus efficace, davantage au fait des préoccupations réelles des populations de ses régions ultrapériphériques et soucieuse d'y apporter des réponses adaptées.

En tant qu'acteur résolu de la dynamique impulsée au sein de nos régions d'outre-mer, la phase finale de négociation du paquet financier 2014-2020 qui s'amorce, revêt une importance capitale vis-à-vis des arbitrages qui pourront être rendus dans le cadre de cette dernière ligne droite, où doivent aujourd'hui être mieux prises en compte les réalités singulières de la Guyane.

ANNEXE VII - CONTRIBUTION DE M. SERGE LETCHIMY, PRÉSIDENT DU CONSEIL RÉGIONAL DE MARTINIQUE

ANNEXE VIII - CONTRIBUTION DE M. DIDIER ROBERT, PRÉSIDENT DU CONSEIL RÉGIONAL DE LA RÉUNION

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* 1 Proposition de résolution européenne n° 113 (2012-2013) présentée au nom de la commission des affaires européennes en application de l'article 73 quater du Règlement, sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises, M. Georges Patient, p. 3.

* 2 « Les DOM, défi pour la République, chance pour la France. 100 propositions pour fonder l'avenir », Rapport d'information n° 519 (2008-2009) fait au nom de la mission commune d'information sur la situation des départements d'outre-mer, M. Éric Doligé, p. 214.

* 3 En 2009, le PIB par habitant de la Martinique était égal à 73,6 % de la moyenne communautaire, contre 68,4 % pour la Guadeloupe, 61,6 % pour La Réunion et 49 % pour la Guyane.

* 4 « Les DOM, défi pour la République, chance pour la France. 100 propositions pour fonder l'avenir », Ibid., p. 220.

* 5 Contribution écrite transmise à votre rapporteur.

* 6 La Guyane se distingue des autres DOM : le conseil général bénéficie, aux côtés des communes guyanaises, d'une partie du montant de l'octroi de mer.

* 7 Le nouveau régime prévoit que les exonérations et réductions doivent désormais s'insérer dans une stratégie de développement économique et social ; elles ne peuvent concerner qu'une liste détaillée de produits et doivent respecter des différentiels maximaux de taxation fixés pour chaque DOM.

* 8 « Les DOM, défi pour la République, chance pour la France. 100 propositions pour fonder l'avenir », Ibid., p. 229.

* 9 Proposition de résolution européenne n° 113 (2012-2013), Ibid., p. 12.

* 10 Arbitrio sobre los Importaciones y Entregas de Mercancias en las islas Canarias (AIEM).

* 11 Proposition n° 14, in : « Les DOM, Défi pour la République, chance pour la France. 100 propositions pour fonder l'avenir », Ibid., p. 87.

* 12 Rapport n° 616 (2011-2012) fait au nom de la commission des affaires économiques sur la proposition de résolution européenne de MM. Maurice Antiste, Charles Revet et Serge Larcher, présentée en application de l'article 73 quinquies du Règlement, visant à obtenir la prise en compte par l'Union européenne des réalités de la pêche des régions ultrapériphériques françaises, M. Serge Larcher, p. 31.

* 13 « Les RUP à l'horizon 2020 », Memorandum conjoint des régions ultrapériphériques, Las Palmas de Gran Canaria, 14 octobre 2009, p. 5.

* 14 Contribution écrite transmise aux auteurs de la proposition de résolution n° 93 (2012-2013).

* 15 « Les régions ultrapériphériques de l'Union européenne : vers un partenariat pour une croissance intelligente, durable et inclusive », Communication de la Commission européenne, 20 juin 2012, p. 10.

* 16 « Les régions ultrapériphériques européennes dans le marché unique : le rayonnement de l'UE dans le monde », M. Pedro Solbes Mira, 12 octobre 2011, p. 50.

* 17 Ibid., p. 52.

* 18 Résolution du Parlement européen du 18 avril 2012 sur le rôle de la politique de cohésion dans les régions ultrapériphériques de l'Union européenne dans le contexte de la stratégie « Europe 2020 ».

* 19 Contribution écrite transmise à votre rapporteur.

* 20 « Une vision rénovée de la stratégie européenne à l'égard de l'ultrapériphérie », Mémorandum de l'Espagne, de la France, du Portugal et des régions ultrapériphériques, Las Palmas de Gran Canaria, 7 mai 2010, p. 10.

* 21 Contribution écrite transmise à votre rapporteur.

* 22 Résolution du Sénat n° 121 (2011-2012) du 3 juillet 2012 visant à obtenir la prise en compte par l'Union européenne des réalités de la pêche des régions ultrapériphériques françaises.

* 23 Résolution n° 105 (2011-2011) du 3 mai 2011 précitée.

* 24 Accords de partenariat économique.

* 25 « Les régions ultrapériphériques européennes dans le marché unique : le rayonnement de l'UE dans le monde », Ibid., p. 43.

* 26 Contribution écrite transmise à votre rapporteur.

* 27 Communiqué de presse du ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche.

* 28 Courrier transmis à votre rapporteur.

* 29 Déclaration finale de la XVIIIème Conférence des présidents des régions ultrapériphériques de l'Union européenne, Açores, 12 et 13 septembre 2012.

* 30 « Les régions ultrapériphériques de l'Union européenne : vers un partenariat pour une croissance intelligente, durable et inclusive », Ibid., p. 6.

* 31 Ibid., p. 4.

* 32 Ibid., p. 3.

* 33 Ibid., p. 3.

* 34 « De nouvelles ambitions pour la politique européenne de cohésion après 2013 », Rapport d'information n° 266 (2010-2011) fait au nom de la commission des affaires européennes, MM. Yann Gaillard et Simon Sutour, p. 36-37.

* 35 Contribution écrite transmise à votre rapporteur.

* 36 Ibid.

* 37 Résolution du Parlement européen du 18 avril 2012 sur le rôle de la politique de cohésion dans les régions ultrapériphériques de l'Union européenne dans le contexte de la stratégie « Europe 2020 ».

* 38 Proposition de résolution européenne n° 93 (2012-2013) présentée en application de l'article 73 quinquies du Règlement, relative à la stratégie européenne pour les régions ultrapériphériques à l'horizon 2020.

* 39 Proposition de résolution européenne n° 113 (2012-2013) présentée au nom de la commission des affaires européennes en application de l'article 73 quater du Règlement sur l'Union européenne et le financement des régions ultrapériphériques françaises.

* 40 Rapport n° 616 (2011-2012), Ibid., p. 31.

* 41 « Un partenariat renforcé pour les régions ultrapériphériques », Communication de la Commission européenne, 26 mai 2004, p. 10.

* 42 « Les DOM, défi pour la République, chance pour la France », Ibid., p. 231.

* 43 Cf. Ibid., p. 86-87.